Hollande : + 21

L’embellie
(Photo AFP)

Tout le monde s’attendait à une hausse de la popularité de François Hollande (et de Manuel Valls), personne ne pensait qu’elle serait historique. Selon un sondage Ifop-Fiducial pour Paris-Match et Sud Radio publié ce matin, la cote du président de la République passe de 19 à 40 % et celle du Premier ministre gagne 19 points, à 61 %. Ce résultat exprime la satisfaction des Français devant leur gestion des actes terroristes de ce mois de janvier. 

LE RÉSULTAT obtenu par l’exécutif l’oblige à ne pas décevoir  l’électorat dans les semaines et les mois qui viennent. Il lui permet d’avoir les coudées franches lors des multiples initiatives qu’il est appelé à prendre. Il empêche l’opposition de le critiquer à l’excès. Il maintient pour le moment le consensus autour des libertés et des institutions. Cependant, la tâche du pouvoir est compliquée par le refus du monde musulman d’épouser les thèses françaises sur la laïcité. La récidive de Charlie Hebdo, qui aura tiré à sept millions d’exemplaires le numéro post-attentat, a embrasé les foules africaines et proche-orientales. Il ne fait pas de doute que les manifestations et les actes de violence contre des bâtiments français au Niger ou ailleurs ont été télécommandées par des fondamentalistes, mais les gouvernements de ces pays ne sont pas trop empressés de protéger les sites français, alors que leurs chefs d’État ou de gouvernement avaient parfois participé à l’immense marche républicaine du 11 janvier en France.

Un manque de gratitude.

C’est d’autant plus regrettable que des soldats français sont morts pour protéger les pays du Sahel africain du djihadisme. Nous sommes bien mal récompensés et nous sommes extrêmement vulnérables.  Le pouvoir ne peut pas dicter à Charlie Hebdo le contenu éditorial de ses journaux, surtout après le massacre, mais il n’est pas interdit de dire que la multiplicité des provocations envers l’islam auxquelles se livrent ses auteurs et dessinateurs va énormément compliquer la diplomatie française dans une vaste région du monde. En même temps que le pouvoir est plus fort pour agir contre le terrorisme parce qu’il dispose du soutien de la population, il sait que la France est devenue une cible de choix pour les fondamentalistes. Il est donc conduit à réprimer encore plus vigoureusement, à la fois à cause de la nature irréductible de l’ennemi, d’une liberté d’expression qui est une valeur française mais pas vraiment musulmane et de la nécessité où il est de ne pas paraître céder aux menaces.

M. Hollande entend tirer le plus grand profit politique de la période de grâce inattendue dont il bénéficie soudainement. Avant les attentats, il avait occupé le terrain,  tenu un discours d’espoir (que rien, dans la conjoncture ne validait) et exprimé un optimisme indestructible  sur l’avenir. Le voilà qui, à la faveur d’une tragédie nationale, apparaît comme le grand protecteur du peuple. Contrainte et forcée d’approuver la conduite de la crise par le gouvernement, l’opposition, qui avait prévu un regain de popularité du chef de l’État mais pas aussi vif, ne peut reprendre le combat partisan qu’avec doigté et finesse. Premier rendez-vous :  la discussion parlementaire autour de la loi Macron qui n’est pas vraiment l’épouvantail que la droite souhaite abattre en premier lieu.

Qu’en pensent les frondeurs ? 

Le couple exécutif  sera-t-il plus soutenu par l’opposition interne du PS ? Une fois passée l’heure du rassemblement, les chamailleries risquent de reprendre à propos de la  loi Macron, considérée comme un avatar du libéralisme du ministre de l’Économie. En outre, la lutte contre le terrorisme pose la question de la présence de Christiane Taubira au sein du gouvernement. Elle a, bien sûr, épousé étroitement la fermeté affichée par le président et par le Premier ministre. Est-elle prête pour autant à accompagner la répression sans laquelle il n’y aura pas de prévention de nouveaux attentats ? Elle a très bien vu que, du jour au lendemain, Manuel Valls, avec lequel elle entretient une relation pour le moins tendue, est devenu l’homme le plus populaire de France. On peut compter sur elle pour rappeler, avec talent, les vertus de la démocratie ; on ne peut compter que sur M. Valls (et Bernard Cazeneuve) pour traquer et arrêter les tueurs.

RICHARD LISCIA

 

 

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Une réponse à Hollande : + 21

  1. Robert SAINT-JACQIES dit :

    Il ne faut pas se méprendre, la récente popularité de MM. Hollande, Valls et Cazeneuve est actuelle et factuelle. Toute récupération à venir, en particulier de leur part, serait une erreur humaine, psychologique, stratégique et politique.
    Tout le mérite revient à nos forces de police et de gendarmerie dont l’organisation et l’efficacité ont été remarquables et remarquées. Pour le reste, ce fut le travail d’un bon préfet avec une bonne et légitime centralisation du ministère de l’Intérieur.
    Cette dramatique affaire dont les suites seront, sans doute, complexes et protéiformes, ne fait pas et ne fera pas l’avenir politique de ces messieurs.

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