Sarkozy repart à l’assaut

Sarkozy met fin à la trêve
(Photo AFP)

Nicolas Sarkozy a mis fin hier à la période de consensus national qui a suivi les attaques terroristes contre Charlie-Hebdo et contre l’Hyper Cacher. En effet, dans une intervention sur France 2, il a mis en doute l’efficacité du recrutement de nouveaux agents de sécurité en expliquant qu’il faudrait au total cinq ans pour les former. Il a donc proposé de donner aux personnels déjà en exercice de faire des heures supplémentaires. Il s’est déclaré choqué par le mot apartheid utilisé par le Premier ministre pour décrire la situation des quartiers dits sensibles.

ÉLU CHEF de l’UMP, l’ancien président est tout à fait dans son rôle quand il annonce sans le dire la fin de la trêve politique et critique l’action gouvernementale. Il est d’ailleurs mieux placé que personne pour démontrer que, entre les effets d’annonce et la dure réalité, il y a un large fossé. Il a tout à fait raison de dire que nous n’aurons pas 2680  policiers ou gendarmes en plus dans les semaines à venir. Le mot apartheid contribue certainement à une sorte de culpabilisation de la société française. L’intégration constitue un échec, mais le pays lui a consacré des sommes considérables qui témoignent de sa générosité.

Impatience.

La question la plus importante porte sur le timing de l’offensive lancée par M. Sarkozy. Il n’est pas sûr que le pays ait terminé son deuil. Il tire de l’unité nationale, pour brève qu’elle puisse être, un réconfort qu’il n’est pas habile d’effacer par un discours dur. En outre, l’argumentation de M. Sarkozy n’est pas toujours efficace : on ne sait pas si les forces de l’ordre et du renseignement, qui ont déjà à accomplir une tâche accablante, sont en mesure de faire des heures supplémentaires.  M.Sarkozy est en quelque sorte impatient. Il croit qu’il peut placer la polémique au niveau des attentats, alors qu’il y a encore suffisamment de problèmes en France, le chômage, l’absence de croissance, la perte de pouvoir d’achat, pour qu’il revienne sur ces sujets quand la question de la sécurité sera mise provisoirement entre parenthèses.

Mal préparé.

Mais il est convaincu que, en tant qu’ancien ministre de l’Intérieur, il est le mieux placé pour dire aux Français ce qu’il faut faire. Rien ne l’empêchait donc, pensait-il,  de porter le fer là où les Français se sont rassemblés autour de l’exécutif. Malheureusement pour lui, il s’y est très mal préparé. Il ne pouvait pas ignorer, par exemple, qu’une question lui serait posée, vidéo à l’appui, sur sa tentative, le dimanche 11 janvier, pour passer du troisième au premier rang du défilé. S’il n’avait pas une bonne réponse sur ce sujet, certes mineur, mais quand même explicite quant au caractère du personnage, il aurait mieux fait de ne pas s’exposer. Il s’est contenté de dire qu’il présidait un parti d’opposition qui a vocation à gouverner la France, ce que personne ne lui conteste. Il n’a pas de temps pour ces « politicailleries ». Mais c’est lui qui n’a pas su être discret pendant la marche républicaine, c’est lui qui franchi les rangs sous l’oeil des caméras, c’est cette vidéo qui a entraîné tous les sarcasmes des médias et d’Internet. C’est donc sur sa propre stature d’homme d’État qu’il doit poursuivre sa réflexion.

François Hollande ne va pas rester indéfiniment sur son petit nuage. L’aubaine que la tragédie terroriste lui a offerte n’est pas un filon qu’il pourra exploiter jusqu’en 2017. De nouveaux attentats poseraient de nouveau la question de la prévention, déjà soulevée par ceux de ce mois-ci, qui ont révélé des failles larges dans la sécurité intérieure. Ils affaibliraient donc le chef de l’État. En outre, rien n’est encore réglé sur le plan économique et social, loin de là. Voilà le terrain sur lequel l’opposition peut se battre sans nuances.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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Une réponse à Sarkozy repart à l’assaut

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Je n’apprécie pas du tout les prises de position de M. Sarkozy depuis son « retour ».
    Certes, je n’avais pas voté pour François Hollande (ni pour Sarkozy), mais le « retour » de Sarkozy, ses prises de position les plus récentes (auxquelles fait allusion Richard Liscia ci-dessus), transpirent tellement fort son arrivisme forcené, son mépris des autres et sa négligence de l’intérêt général au profit de son seul intérêt personnel, qu’il me dégoûte de plus en plus.
    Dommage, car Sarkozy est entouré de gens intéressants (dans le désordre, et pour des raisons différentes, son épouse Carla Bruni, son bras droit Frédéric Péchenard, son « concurrent » Bruno Le Maire, pour en donner quelques exemples).
    Et le Président Hollande (avec Manuel Valls et Bernard Cazeneuve) fait un « sans-faute » depuis les évènements tragiques d’il y a 15 jours.

    Dr Jérôme Lefrançois

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