Le coup du 49/3

Valls à la manoeuvre (Photo AFP)

Valls à la manoeuvre
(Photo AFP)

Constatant que le projet de loi Macron risquait d’être rejeté, Manuel Valls a décidé de recourir à l’article  49/3 de la Constitution qui autorise le gouvernement à engager sa responsabilité une fois par session parlementaire sur des questions ne relevant pas du budget. Il y a quelques jours encore, le Premier ministre croyait qu’il n’aurait aucun mal à trouver une majorité, mais le débat, qui a duré 190 heures, a largement montré que la fronde socialiste était plus large qu’il n’y paraissait. Le chef du gouvernement accomplit ainsi un acte d’autorité.

LES FRONDEURS l’ont bien cherché : ils savaient à quoi les exposaient leurs états d’âme, le rejet que leur inspire l’action du Premier ministre, leur refus de toute modernisation de l’économie française, sous le prétexte qu’elle irait dans le sens de l’ultra-libéralisme. Le problème posé par cette brusque accélération de la procédure est plus moral que politique, car François Hollande s’était engagé à ne pas recourir au 49/3 qu’il considérait en 2006 comme un « déni de démocratie ». Mais fi des principes ! lui aura dit M. Valls, pas particulièrement réputé pour sa patience. En réalité, le couple exécutif a décidé de mettre les fondeurs au défi de poursuivre la lente décomposition du PS à laquelle ils se livrent. Le 49/3 est un coup de semonce adressé à la majorité, qui se le tiendra pour dit. Quant à l’opposition, elle a décidé de poser la question de confiance, tout en sachant qu’elle ne fera pas  une crise de régime de cette fracture dans la majorité.

Moderne en diable.

La loi Macron est-elle vitale pour la France ? Nombreux sont ses détracteurs, de droite ou de gauche, qui en dénoncent le foisonnement, parfois incompréhensible, des dispositions, l’inspiration libérale (aux yeux de la gauche), l’insuffisance réformiste (aux yeux de la droite), l’ambition en quantité plus qu’en qualité. Il a été pourtant question, à l’UMP et à l’UDI, que des députés de ces deux formations votent la loi Macron  et il y a une excellente raison à l’attrait qu’elle exerce sur les centristes de tout bord : elle est moderne en diable, et si elle ne suffit pas à guérir le pays de tous ses maux, loin de là, elle introduira par la force dans les têtes françaises un nouvel état d’esprit, elle imprimera dans les mêmes têtes un changement des règles, donc une attitude plus compétitive. C’est, avec quelques années de retard, le triomphe de Jacques Attali, qui avait rédigé un rapport pour Nicolas Sarkozy. Un rapport dont toutes les dispositions n’avaient pas été appliquées, mais il faut se souvenir que le rapporteur d’alors était Emmanuel Macron.

Coup de force.

C’est certainement un « fourre-tout », mais seulement parce que le système français est plein d’exceptions, de passe-droits, de privilèges auxquels il est temps de mettre un terme si l’on veut  répondre à l’urgence de la crise. On ne reviendra pas ici sur la question de savoir qui  est dans le vrai, les socialistes hostiles à ce genre de réforme ou ceux qui, comme M. Valls et ses amis, refusent de se contenter de l’état actuel du pays. On se demandera seulement pourquoi, si la loi Macron apporte un souffle au pays, la droite devrait voter contre, sinon parce que la politique ne perd jamais ses droits, même quand il s’agit de redresser le pays. La loi Macron n’est pas la martingale qui nous permettra de réduire notre endettement, de rétablir l’équilibre budgétaire, de relancer l’investissement. Mais elle est susceptible de nous mettre sur le bon pied quand la croissance reviendra. Elle va dans le bon sens. Elle met fin à des anomalies dans le fonctionnement de la société française, par exemple une régulation des insolentes retraites chapeaux, insupportables pour ceux qui triment ; une facilitation de l’obtention du permis de conduire, indispensable pour trouver un emploi dans de très nombreux cas ; le travail du dimanche qui créera sûrement des emplois ; la lutte contre la fraude aux travailleurs étrangers, qui scandalise les chômeurs ; le changement des règles des licenciements collectifs. Elle méritait d’être prise au  sérieux, d’avoir sa chance, d’amener Manuel Valls à concevoir son coup de force.

RICHARD LISCIA 

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2 réponses à Le coup du 49/3

  1. Oj dit :

    Vous avez pleinement raison, et je ne comprends pas cette attitude persistante d’opposition systématique de la droite qui joue avec le feu. Il n’est pas sûr que l’opposition systématique fasse recette éternellement.

  2. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Et oui,
    en plus de la droite la plus bête du monde (qui ne votera pas pour un texte majoritairement positif parce qu’il vient de la gauche au pouvoir), nous avons aussi la gauche la plus bête du monde (les « frondeurs »)…
    Cela fait beaucoup de freins pour sortir ce pays de ses ornières!

    Courage à ceux qui y croient encore!

    Dr Jérôme Lefrançois

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