Barbarie sans fin

La folie à l'oeuvre (Photo AFP)

La folie à l’oeuvre
(Photo AFP)

D’aucuns s’étonneront que la destruction, à coups de masse, par les sicaires de l’État islamique, des musées de Mossoul, emplis de trésors artistiques, consternent autant, sinon plus, les Français en particulier et les tous les hommes hostiles au fanatisme en général, que les destructions massives d’êtres humains auxquelles ils se livrent.

COMPARÉE aux égorgements, décapitations, viols, enlèvements, tortures qu’ils infligent à leurs victimes, cette folie dirigée contre ce qu’il y a de meilleur dans l’humanité pourrait être relativisée. En réalité, elle indique qu’ils jugent utiles tous les crimes qui participent à l’épouvante du monde, avec peut-être le secret espoir d’attirer vers le chaos qu’ils affectionnent ceux qui, pour les combattre, essaieraient de les surpasser en férocité.

Concurrents d’Al Qaïda.

De l’UNESCO à l’ONU, en passant par la plupart des gouvernements, la consternation est mondiale. De même qu’ils tuent leurs victimes avec un luxe médiatique conçu pour nous terroriser et leur donner la suprématie en matière de bestialité, ils détruisent ce que l’humanité produit de beau, toujours au nom d’une religion dont ils bafouent les principes et les commandements. Ce sont des voyous assoiffés de sang déguisés en théologiens. Ils semblent habités d’une telle détermination, en dépit de leurs reculs et de leurs pertes, d’une telle volonté d’afficher leur supériorité sur leurs principaux concurrents, comme Al Qaïda, par des actes de cruauté chaque jour plus intolérables, d’une telle ardeur à régner sur le Proche-Orient par la plus aveugle des forces qu’il est difficile d’attendre que leur ardent irrédentisme finisse par les consumer.

Crime culturel.

Hier encore, quatre parlementaires nous recommandaient de choisir entre l’EI et Bachar Al-Assad, avec une préférence appuyée pour celui-ci, mains nous n’avons ni le droit, ni la volonté ni le moindre argument moral pour le faire. L’histoire selon laquelle il n’y a pas de politique sans cynisme absolu peut valoir pendant une partie du parcours politique, mais elle n’est jamais convaincante à long terme. Rien ne nous oblige à pactiser avec Bachar pour débarrasser le monde de ces crapules. Au contraire, cette sorte de lent retour vers le commencement de l’histoire, quand l’instinct et la loi de la jungle régissaient les hommes, exige de nous tous un sursaut indispensable si nous ne voulons pas tomber nous-mêmes sous les coups de leurs cimeterres. Contre le crime culturel qu’ils viennent de commettre, qui n’est ni le premier ni le dernier, mais montre à quel degré de bêtise conduit le fanatisme, il faut que nous réaffirmions notre admiration pour la splendeur de l’art, quelle que soit la terre sur laquelle il a fleuri. Ils viennent en effet de nous prouver qu’ils sont les pires ennemis de la civilisation qui les a enfantés et dont nous sommes, paradoxalement, les meilleurs gardiens.

Car, bien sûr, ils se trompent s’ils croient faire un jour l’unité du monde sur la base de leurs croyances maladives, par la supériorité de leur « culture » sur la nôtre, et avec l’aide d’un Dieu qu’ils ne cessent de trahir. Ils restent très dangereux mais il n’y pas d’issue à leur entreprise. Ils périront, tôt ou tard, de leurs propre excès, du désordre où ils se complaisent mais qui les engloutira quand leurs victimes finiront par se battre pour leur rendre leurs coups.

RICHARD LISCIA

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4 réponses à Barbarie sans fin

  1. Etienne ROBIN, néphrologue dit :

    Je vous approuve entièrement.
    Et cependant, dans cette condamnation lucide que vous faites de Daech, en employant des mots très critiques (le chaos qu’ils affectionnent, la férocité, leur bestialité, les voyous assoiffés de sang, crapules, bêtise, fanatisme, ennemis de la civilisation) il me semble qu’il y a une énigme gênante : oui, en effet, cette étiquette de « barbares » paraît juste. Encore une fois, je l’approuve. Mais elle n’est pas conciliable avec une autre vision, juste elle aussi : le mal est banal, selon le mot d’Hannah Arendt, qui a démontré que les tortionnaires nazis cruels étaient, par ailleurs, de bons pères de famille. Dans certains cas, ces bourreaux étaient même des idéalistes, sincères dans leurs convictions, vertueux dans leurs projets THÉORIQUES (les Khmers rouges ont confirmé cela), et prêts à mourir pour leur cause.
    Je ne sais comment concilier ces deux vérités : d’une part la déraison cruelle que vous décrivez parfaitement, d’autre part le fait que ces bourreaux sont des hommes banaux, comme nous.
    Et vous, comment conciliez-vous ces deux données contradictoires? Bien à vous monsieur Liscia, merci de continuer à nous livrer vos réflexions documentées, claires, concises, et pertinentes.
    Dr E. Robin, néphrologue

    • A3ro dit :

      Il y a une réflexion très intelligente là-dessus dans… Apocalypse Now ! Une réflexion sur un épisode sanglant (fictif ou pas, aucune idée) où des combattants vietnamiens ont coupé le bras d’enfants qui venaient de se faire vacciner contre la polio par des américains. Marlon Brando se demande dans un fameux monologue comment ces combattants, pères de famille, sûrement très affectueux avec leurs familles, peuvent effectuer un tel acte.

      Mutilateurs vietnamiens, soldats d’Abou Ghraïb, tueurs au Rwanda, tortionnaires en Algérie, bourreau de Daesh, nazis, tous sont des gens banals rendus monstres à différentes échelles par les circonstances et une idéologie même pas toujours inhumaine. Un mix de « la fin justifie les moyens », d’esprit de groupe, de désensibilisation qui aboutit à des horreurs.

      Que faire contre de tels gens ? Les condamner, les combattre militairement, proposer une alternative humaniste, gagner la bataille des esprits, ne surtout pas se laisser aller à abandonner ses principes dans cette lutte. Autant de choses nettement plus facile à dire qu’à faire….

  2. La destruction d’oeuvres d’art peut être qualifiée de crime imbécile (ou d’imbécillité criminelle). Elle prouve seulement l’ignorance et la bêtise de ces gens. Mais jamais la destruction de « choses », fussent-elles des trésors de l’humanité ne peut se comparer, à mon sens, au forfait que représente le lâche assassinat d’hommes innocents

  3. Plumeau R dit :

    je suis également en phase avec les prises de position de R. Liscia.
    Les points en commun qu’ont tous ces « barbares » entre eux est bien une idéologie. La plupart des idéologies commandent à la raison et enlèvent aux humains leur capacités de réfléchir par eux mêmes.
    La question essentielle est : est ce qu’il y a des bonnes (bonnes au sens philosophique) et des mauvaises idéologie ?

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