Morts en Méditerranée

Voyage vers la mort (Photo AFP)

Voyage vers la mort
(Photo AFP)

Le dernier en date des naufrages qui se reproduisent régulièrement en Méditerranée aurait fait 700 morts, bien que, pour le moment, on n’ait repêché qu’une trentaine de corps. Du point de vue humanitaire, la situation devient insoutenable pour les Européens qui n’ignorent pas leur part de responsabilité dans cette hécatombe. En effet, les Italiens avaient mis au point un dispositif, baptisé Mare nostrum, qui s’était montré efficace en réduisant le nombre de victimes de façon considérable. Là-dessus, les partenaires de l’Italie lui ont demandé de supprimer ce système qui agissait comme un encouragement à l’immigration clandestine.

IL NE S’AGIT, en l’occurrence, ni d’une question d’argent (quelques dizaines de millions d’euros par an feraient l’affaire), ni d’une question de moyens maritimes, mais de l’attitude de l’Union européenne, confrontée à une immigration clandestine croissante, susceptible de modifier les équilibres démographiques. Les organisations humanitaires, Human Rights Watch ou Amnesty International, font remarquer que la fin du programme Mare nostrum n’a pas diminué le flux migratoire. Elles estiment donc que la seule réponse au phénomène, c’est la générosité.

Réseaux criminels.

C’est aller vie en besogne, dans la mesure où les migrants sont victimes non pas de l’intolérance européenne mais des circuits criminels qui organisent ces voyages vers la mort et font payer très cher la traversée de la Méditerranée (jusqu’à 7 000 euros par passager). La logique exigerait que l’UE commence par démanteler ces réseaux. Malheureusement, pour le faire, il faut aller conquérir la Libye où règne un chaos propice à l’émigration anarchique. La Libye est devenue le point de passage pour des peuples divers, Syriens, Érythréens, Éthiopiens, Africains de l’Ouest et de l’Est. Cette forme d’immigration fatale est le produit, là encore, d’une révolution libyenne inachevée ou, plutôt, permanente. On a beaucoup reproché à Nicolas Sarkozy d’avoir conçu, avec l’aide de la Grande-Bretagne et des États-Unis, une intervention aérienne contre les forces de Kadhafi forcément incomplète puisqu’elle n’a jamais permis à la Libye de retourner à la paix civile, de créer des institutions nouvelles et un régime politique stable.

Le résultat de cette moitié d’intervention a été clairement négatif. Il s’en est suivi un éparpillement d’armes sophistiquées qui ont été récupérées, pour leur plus grande partie, par des mouvements liés à Al-Qaïda, puis à Daech, ce qui leur a permis de déstabiliser le Mali et contraint François Hollande à lancer une expédition militaire dans le Sahel. Cette cascade d’événements montre que, si une intervention militaire est parfois très hasardeuse, comme l’invasion de l’Irak par George W. Bush l’a largement démontré, l’absence d’intervention peut être désastreuse, comme cela s’est produit en Syrie, où l’État islamique tente d’établir un califat qui s’étend en Irak. Beaucoup des migrants venus de Libye sont des Syriens qui n’ont pas obtenu l’asile politique et cherchent donc désespérément à traverser la Méditerranée.

Il faut réprimer de toute façon.

Une intervention militaire en Libye étant exclue pour des raisons faciles à imaginer, le prix d’un accueil organisé et généreux doit être évalué en fonction de l’économie que les Européens font en s’abstenant d’envoyer un corps expéditionnaire dans ce pays. La seule solution possible est européenne. On ne peut pas laisser l’Italie se débrouiller seule avec cette crise, même si elle a su la traiter avec de bons résultats à l’époque de Mare nostrum. Les migrants qui survivent doivent être répartis dans la plupart des États membres de l’UE. Les flottes européennes doivent coopérer, ne fût-ce que pour tenter d’empêcher les migrants de sortir des eaux territoriales libyennes et de refouler leurs rafiots vers leur point de départ. Une législation sévère doit être appliquée aux passeurs, qui sont de grands criminels. Les atrocités commises à bord, s’il est par exemple vérifié que des musulmans ont jeté des chrétiens par dessus bord pour alléger leur embarcation, doivent être punies. On ne fera pas l’économie d’un recours à la force minimal.

RICHARD LISCIA

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