Hollande : opération com’

Hollande occupe le terrain (Photo AFP)

Hollande occupe le terrain
(Photo AFP)

François Hollande a pour lui ce maintien d’homme d’État, cette modération du langage, cette simplicité respectable qui devraient lui valoir beaucoup plus d’opinions favorables. Il a commis un péché originel, ses promesses de campagne électorale, qui n’ont pas longtemps résisté au vent mauvais de la crise. Il continue à dire qu’il a appliqué la plus grande partie de ses propositions, sans reconnaître qu’une conjoncture épouvantable l’a contraint à renoncer à un programme de dépenses dont un peuple peu soucieux des responsabilités financières de la France souhaiterait l’application immédiate.

IL SE MONTRE DONC souvent à la télévision, il se déplace frénétiquement, il travaille énormément, mais la multiplication même de ses apparitions publiques limite le nombre de ses effets d’annonce. Dimanche dernier, il a tenu à rassurer l’opinion sur la nouvelle loi sur le renseignement dont il va demander lui-même l’examen par le Conseil constitutionnel, démarche sans précédent. Il fait un effort en direction des jeunes, ceux-là même avec qui il a consenti à discuter sur le plateau de Canal+, en élargissant la prime d’activité. C’est peu pour enthousiasmer les foules. Il ne semble pas vouloir donner suite à sa promesse d’introduire une plus grande dose de proportionnelle dans le scrutin législatif : il fait remarquer, à juste titre, que, à 30 %, le Front national bénéficie à son tour du scrutin majoritaire.

Courage quand même.

Il s’agissait d’une émission pour les jeunes, dont une jeune fille qui disait elle-même qu’elle avait « la tête dure », démontrant en deux mots l’inanité des efforts de persuasion fournis par le président. Pour ramener à lui la gauche de la gauche, les jeunes et d’autres, M. Hollande devrait faire ce que les contraintes économiques lui interdisent de faire, c’est-à-dire prendre des mesures ruineuses pour la France. Qu’il ne s’y résolve pas procède d’une certain courage, celui qui consiste à laisser Manuel Valls alléger les charges des entreprises dans l’espoir qu’elles finiront par embaucher. C’est une course contre la montre : le gouvernement n’est plus seul à évoquer le retour de la croissance, tous les organismes de prévision économique y croient, et le président espère que, dans les dix-huit mois qui viennent, le chômage commencera à refluer.

La droite, malgré le FN ?

Il n’est pas impossible que les Français, alors, associent M. Hollande à l’embellie. Au point de le réélire ? Rien n’est moins sûr. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les remèdes de M. Valls correspondent, peu ou prou, à ceux de la droite et, dans ce cas, pourquoi ne pas donner à celle-ci les clés du pouvoir ? Les résultats des élections municipales et départementales semblent indiquer que l’électorat est de cette humeur-là, que la progression du Front national n’empêche pas la droite classique de triompher, que l’affaiblissement de la gauche, toutes tendances confondues, est durable. Ce qui va à l’encontre de ce pronostic, c’est moins l’évolution de l’économie française que la multiplicité des inconnues engendrées par la primaire de la droite, qui peut réserver des surprises.
Ceux qui veulent tout changer, à commencer par les institutions et le mode de scrutin, n’ont pas le pouvoir de tout changer. Arnaud Montebourg ayant trouvé un emploi à Habitat et Jean-Luc Mélenchon étant en minorité, la Vè République a de beaux jours devant elle. Quant à François Bayrou, qui continue à réclamer la proportionnelle, quitte à faire entrer des dizaines de députés FN à l’Assemblée nationale, il oublie qu’il a été sauvé de la noyade par Alain Juppé et qu’il ne représente plus une pièce maîtresse sur l’échiquier politique. On va jouer la partie de 2017 avec les mêmes règles qu’en 2012.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Hollande : opération com’

  1. Num dit :

    Hollande est un président impopulaire parce que ce vous appelez sa modération et sa simplicité ne sont en fait que mollesse et indécision, si ce n’est incompétence.
    La gauche est largement minoritaire en France (32% aux dernières élections !). Les Français ne sont pas dupes qu’une (légère) reprise de la croissance voire une éventuelle baisse du chômage seront moins dûs à l’action gouvernement qu’aux circonstances extérieures.
    Le seul adversaire de l’UMP en 2017 c’est… elle-même. Si elle est unie derrière un seul candidat désignée par une primaire exemplaire, elle l’emportera très largement. Le PS (donc Hollande) ne sera même probablement pas qualifié pour le 2nd tour.

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