Budget : l’équilibre introuvable

Le Drian : de la cavalerie (Photo AFP)

Le Drian : de la cavalerie
(Photo AFP)

Manuel Valls a envoyé ce matin une lettre à ses ministres pour leur demander un effort d’économies supplémentaires : il y a, leur explique-t-il, un supplément de 2,7 milliards à trouver pour satisfaire les exigences de la Commission européenne. Celle-ci, pourtant, avait demandé 4 milliards. Et ce n’est pas tout : le financement des matériels neufs de l’armée, engagée sur plusieurs théâtres militaires à l’étranger, n’est pas encore assuré.

FACE AUX AUTORITÉS européennes, le gouvernement français rappelle que beaucoup de ses dépenses sont d’ordre militaire et que la France fait ce coûteux travail pour le compte de l’Europe, qui, pratiquement, ne lui apporte aucun soutien. Autant disserter dans le vide : commissaire à l’économie, Pierre Moscovici qui, lorsqu’il était ministre, ne parvenait guère à satisfaire Bruxelles, est devenu le censeur intraitable de la politique budgétaire de la France. On ne s’attardera pas sur ce paradoxe. La vraie question est que le budget prend eau de toutes parts : le gouvernement, en effet, adopte des mesures sociales, par exemple la prime d’activité, qu’il faudra financer. Et il n’a pas réglé un problème angoissant, celui des effectifs et des équipements de l’armée française.

On garde des effectifs.

Déjà, la réduction des effectifs militaires prévue dans le cadre du budget de 2016 a été elle-même réduite de moitié. Sans que l’on ait prévu le financement du maintien de plusieurs milliers d’hommes et de femmes à leur poste. Les équipements de l’armée de terre étant fragilisés par l’âge, il faut impérativement acheter des matériels neufs. Le financement de ces achats n’a pas été prévu. Mercredi, en conseil des ministres, François Hollande prendra une décision à propos des « sociétés de projet », qui opposent les ministères de la Défense et de l’Économie. De quoi s’agit-il ? De créer des sociétés qui achètent les matériels et les louent ensuite à l’armée. L’avantage immédiat, c’est que la dépense est étalée dans le temps. Mais avec quel argent ces sociétés pourront-elles opérer ? Tout laisse penser qu’au final, les équipements nouveaux coûteront plus cher que s’ils étaient payés au comptant, car une société qui loue doit trouver son compte dans la transaction. En tout cas, c’est de cette manière que le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, compte acheter trois frégates et quatre avions de transport.

Un emprunt bon marché.

Michel Sapin, pour sa part, fait valoir que cette belle contorsion sera perçue à Bruxelles comme une hausse des dépenses et inscrite au passif du budget. Au ministère de l’Économie, on estime qu’il vaut mieux emprunter la somme sur les marchés. Deux ou trois milliards empruntés sur six mois à un taux « négatif » rapporteraient de l’argent au lieu d’en coûter. C’est une course contre la montre. M. Le Drian veut que ces équipements soient rapidement disponibles, sinon l’armée sera incapable d’accomplir certaines tâches. M. Sapin estimerait que, de toute façon, c’est trop tard et que les matériels ne seront pas disponibles à temps.

Quoi qu’il en soit, la situation budgétaire de la France reste extrêmement tendue et le budget militaire, à 31,5 milliards d’euros, est notoirement insuffisant. La vérité est simple : pour boucler son budget dans les limites réclamées par Bruxelles, la France doit trouver non pas deux ou trois milliards de plus mais le double ou le triple. Pour cela, il lui faut réduire d’autant ses dépenses dans d’autres domaines que celui de l’armée, donc dans ses dépenses civiles, donc dans ses dépenses sociales, alors que celles-ci ne cessent d’augmenter.

RICHARD LISCIA

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