Peine de mort : une abjection

Atlaoui avec sa femme (Photo AFP)

Atlaoui avec sa femme
(Photo AFP)

Le président de l’Indonésie, Joko Widodo, est resté intraitable jusqu’au bout : il a envoyé au peloton d’exécution sept étrangers impliqués dans des trafics de drogue. Une Philippine et notre compatriote Serge Atlaoui ont été épargnés, mais le procureur indonésien a fait savoir que, si le recours de M. Atlaoui était rejeté, il serait immédiatement exécuté.

SERGE ATLAOUI apparaît comme une victime des circonstances bien plus que comme un trafiquant de drogue. Il a déjà fait dix ans de prison. Même s’il était coupable, il aurait, à nos yeux d’occidentaux, largement purgé sa peine. L’Indonésie prétend conduire contre la drogue une guerre impitoyable. Encore devrait-elle prouver que l’extermination systématique des personnes que ses juges envoient à la mort porte ses fruits. Le président Widodo, élu démocratiquement, a des comptes à rendre à son opinion, qui soutient la peine de mort. Mais les autorités politiques du pays ne peuvent pas ignorer que leur justice est contaminée par la corruption et que les vrais dealers, eux, paient des pots-de-vin pour échapper à leur condamnation.

Un procès bâclé.

De toute façon, c’est dans l’absolu que la peine de mort est insupportable. Le degré de culpabilité des suppliciés n’a rien à voir avec une pratique qui salit une société. C’est vrai que nous n’y avons renoncé que depuis peu, relativement, mais, dans le cas de Serge Atlaoui, la peine capitale semble disproportionnée par rapport à ce qu’on lui reproche : il est évident que son procès a été bâclé, qu’il ne s’est rendu en Indonésie que pour améliorer ses revenus, qu’il a été trompé par ceux qui l’ont envoyé dans ce pays, qu’il a eu à peine le temps de se rendre compte qu’il s’était fourré dans un guêpier avant que la police l’arrête et l’empêche de quitter ce pays si dangereux.

M. Widodo a défini une politique qu’il croit sévère et efficace. Elle fait pourtant de l’Indonésie un nouveau paria. La peine capitale est incompatible avec le respect des droits de l’homme, un président qui envoie à la mort des douzaines de personnes parce qu’il applique son programme se transforme lui-même en criminel : comment peut-il dormir sereinement alors que la justice est rendue, dans son pays, dans des conditions quelque peu suspectes et que, dans l’acharnement du procureur, on ne discerne que l’ivresse de la toute-puissance et l’absence totale de respect pour la vie des autres ?

La vie ne vaut rien.

Le comble, c’est que, deux Australiens ayant été exécutés, leur gouvernement refuse de riposter et de mettre ainsi en danger des relations avec l’Indonésie, son client commercial, qui aide l’Australie par ailleurs à lutter contre l’immigration clandestine. De Djakarta et de Canberra nous viennent donc des discours et des comportements où l’essentiel est sacrifié au contingent, où la vie humaine a moins d’importance que les projets nationaux, où le sort funeste des condamnés et la douleur de leurs familles ne peuvent influer d’aucune manière sur les décisions gouvernementales. La France a fort à faire pour sauver la vie de Serge Atlaoui. Elle est confrontée à un système judiciaire qui fait de la violence son instrument favori. Elle sait qu’elle ne peut pas importuner Widodo au point qu’il renoncerait à faire exécuter M. Atlaoui. Elle en est à espérer un miracle.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Peine de mort : une abjection

  1. Merci pour toutes ces infos, voici une bonne lecture. J’ai appris différentes choses en vous lisant, merci à vous.

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