Du Rafale au Mistral

Superbe, mais invendable (Photo AFP)

Superbe, mais invendable
(Photo AFP)

Le gouvernement n’est pas au bout de ses peines au sujet de la vente de deux navires de guerre Mistral à la Russie. La transaction avait été approuvée par Nicolas Sarkozy quand il était président. La guerre en Ukraine et le rôle qu’y joue la Russie ont forcé François Hollande à renoncer à la vente. Ce qui se traduit par un casse-tête financier.

M. HOLLANDE peut se targuer d’avoir été, ces derniers temps, un excellent représentant de commerce. Il a vendu des Rafale à l’Égypte, au Qatar et à l’Inde. La droite estime, évidemment, que le gouvernement bénéficie du travail qui a été fait en amont depuis plusieurs années. La majorité pense au contraire que le pouvoir actuel a fait aboutir des transactions qui languissaient depuis trop longtemps. En revanche, M. Sarkozy a bel et bien vendu deux navires Mistral à la Russie, ce qui a posé immédiatement le problème du choix du client : on savait déjà que la Russie n’était pas vraiment un partenaire européen et les États-Unis ont aussitôt critiqué l’accord entre Paris et Moscou. La crise ukrainienne a rendu impossible la livraison des deux navires. M. Hollande est donc obligé de trouver une porte de sortie et il n’a pas d’autre choix que d’indemniser la Russie qui, en l’occurrence, se montre gourmande. On ne saurait lui en faire grief : il suffisait que M. Sarkozy refuse, à l’époque, de donner suite à la transaction, ce qu’il n’a pas fait. Et c’est donc à M. Hollande de régler le problème que lui a légué son prédécesseur.

Des partenaires commerciaux instables.

Il est vrai que l’on peut en dire autant des autres affaires en cours concernant la vente des Rafale. L’Égypte, revenue à la dictature militaire, et le Qatar sont des clients qui ne cultivent guère les droits de l’homme et peuvent, un jour, utiliser ces merveilles de la technologie française dans des agressions militaires que la France désapprouverait. En outre, ce sont des régimes qui risquent d’être déstabilisés politiquement. On devine que les préoccupations de libertés ou de stabilité géopolitique sont occultées par le souci d’équilibrer notre commerce extérieur. Le problème n’en est pas moins lancinant car les Mistral ont été construits pour satisfaire aux normes russes, qui ne sont pas celles de l’OTAN, et, en conséquence, ils ne peuvent pas être utilisés par des armées occidentales. En d’autres termes, ils sont invendables. Les remettre aux normes de l’OTAN coûterait cher, les démanteler encore plus, et l’armée française elle-même, si elle avait les moyens de les acheter (elle ne les a pas), exigerait des modifications nombreuses sur les deux navires, dont l’un est terminé et l’autre sur le point de l’être.

Nous paierons la note.

Il est vraisemblable que les Mistral ne seront jamais livrés à la Russie, que celle-ci demandera une indemnisation faramineuse, qu’il sera très difficile d’en diminuer le montant, que pendant ce temps, les Mistral vont rouiller sur place, qu’il faudra bien les entretenir, ce qui coûte encore de l’argent. Mais rassurons-nous : la vente est assurée par le Coface, compagnie d’assurance qui protège toutes les transactions des entreprises françaises avec les pays étrangers. L’emploi dans les chantiers navals français n’est donc pas menacé. En revanche, la Coface, c’est nous, les contribuables. Et nous paierons la note, d’une manière ou d’une autre. Nous avons déjà perdu un bon milliard d’euros avec Ecomouv (les fameux portails d’autoroutes), nous allons en perdre au moins deux avec les Mistral.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Du Rafale au Mistral

  1. JMB dit :

    La Suède a rompu ses relations militaires avec l’Arabie saoudite, ce pays ayant obtenu que Margot Wallström, sa ministre des Affaires étrangères, ne prononce pas son discours prévu devant la Ligue arabe. Elle avait évoqué auparavant des « méthodes moyenâgeuses » dans ce pays.
    Avec Poutine, émule de Pierre le Grand et de Catherine II, nous faisons un saut dans l’histoire, nous sommes au XVIII ème siècle.

  2. Milna dit :

    Le but de la société n’est de procurer à chacun le bien-être ? Merci pour ce billet très intéressant

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