Hollande s’empare du PS

"Camba" : bien joué (Photo AFP)

« Camba » : bien joué
(Photo AFP)

Le résultat du vote des militants sur les motions déposées par différents courants du parti socialiste est favorable à l’exécutif : la motion du premier secrétaire du parti, Jean-Christophe Cambadélis, a obtenu 60 % des suffrages contre 30 % à celle des « frondeurs », qui représentent l’aile gauche du PS et 10 % à la motion de la députée Karine Berger. François Hollande écarte ainsi un danger : si la motion Cambadélis n’avait obtenu qu’une majorité relative, le congrès du PS, prévu au mois de juin à Poitiers, aurait été houleux et l’aurait sans doute contraint à organiser une primaire pour la présidentielle, ce qui, aujourd’hui, semble moins indispensable.

À CE CONSTAT, il faut ajouter quelques nuances. Avec 30 %, les frondeurs gardent leur capacité de nuisance, qu’ils exercent depuis de longs mois et qui, au Parlement, contraignent l’exécutif à se livrer à des contorsions pour imposer ses réformes économiques et sociales. Leur porte-parole, Christian Paul, ne reconnaît d’ailleurs pas leur défaite. Il estime que leur score est honorable et suffisant. M. Cambadélis, de son côté, doit admettre qu’il doit en partie la majorité recueillie par sa motion à l’influence de Martine Aubry qui, bien qu’elle ait abondamment critiqué l’action du gouvernement de Manuel Valls, s’est ralliée au texte du premier secrétaire, en expliquant qu’elle voulait la victoire de son camp en 2017, ce que les frondeurs, dans leur irresponsabilité, n’ont toujours pas compris.

Abstentionnisme.

L’autre bémol, c’est l’insuffisance de la participation. Non seulement beaucoup de militants socialistes, déçus par l’action du pouvoir, n’ont pas renouvelé leur carte du PS, mais seulement la moitié des quelque 135 000 adhérents ont  participé au scrutin. La victoire de M. Cambadélis se résume arithmétiquement à moins d’un tiers du nombre potentiel des suffrages. Dans ces conditions, on ne peut pas dire que M. Hollande et M. Valls soient portés par un raz-de-marée. La gauche est divisée, comme elle l’est toujours quand elle est au pouvoir, et la candidature de François Hollande à un second mandat n’est pas aussi inéluctable qu’elle aurait pu l’être si les socialistes s’étaient massivement rassemblés autour de son nom.

Un bon reflet de la réalité.

En fait, le résultat du scrutin exprime très exactement ce qui se passe au niveau national. Les frondeurs établissent un score qui reflète et même amplifie le rôle qu’ils ont joué à l’Assemblée nationale et François Hollande tire sa majorité d’une forme de « légitimisme » qui compense son impopularité dans les sondages. On doit reconnaître néanmoins que, grâce à M. Cambadélis, qui a travaillé bien plus efficacement que son prédécesseur, le président s’enlève une épine du pied en effaçant la sombre perspective d’un congrès catastrophique du parti. Congrès qui devrait donc se dérouler dans des conditions plutôt calmes, alors que le PS est toujours très divisé. Le président poussera-t-il l’avantage jusqu’à refuser l’organisation d’une primaire dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017 ? Cela dépendra de l’état économique et social du pays en 2016. Si la situation ne s’améliore pas, les appels à la primaire se multiplieront et lui-même devra se demander s’il est un bon candidat. Sinon, il continuera à s’appuyer sur ses fonctions pour faire la démonstration qu’un président en exercice n’est pas obligé de se soumettre à une primaire parce qu’il n’a ni le temps ni l’humeur de faire campagne.
Une chose est sûre, c’est que l’opposition aurait tort de vendre la peau de l’ours. Non seulement M. Hollande a plus d’un tour dans son sac, comme il l’a prouvé en 2011-2012, avec un parcours remarquable, non seulement il semble avoir reconquis une partie au moins des militants socialistes, mais il n’est pas impossible que, conjoncture aidant, il obtienne de meilleurs résultats sur les fronts de l’emploi et du pouvoir d’achat. Pour le moment en tout cas, il reste le meilleur candidat possible de la gauche, avec ce corollaire important : si ce n’est pas lui, qui serait mieux placé ?

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Hollande s’empare du PS

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