Guerre aux États-Unis !

Obama, après un discours sur le NSA (Photo AFP)

Obama, après un discours sur le NSA
(Photo AFP)

Pas de doute possible : les révélations de Wikileaks sur les écoutes de la NSA (National Security Agency, USA), qui a intercepté les communications de trois présidents français, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, créent un énorme scandale. On ne s’espionne pas entre alliés et amis et ces pratiques sont, comme tout le monde le dit, inacceptables. Elles doivent cesser immédiatement, avec des garanties américaines, et quelques mesures de rétorsion doivent être envisagées.

EN SECONDE réflexion, on a l’impression du déjà vu. La chancelière Angela Merkel n’avait-elle pas été espionnée par les services de renseignements américains ? Pouvait-on croire que les pratiques américaines se limitaient à l’Allemagne ? D’autres révélations, savamment distillées par Wikileaks, ne nous apprendront-elles pas quelques nouvelles horreurs ? Le gouvernement français fait savoir qu’il prend ses précautions et que ses membres évitent de dire des secrets au téléphone. M. Hollande a réuni son conseil de sécurité ce matin. La Maison Blanche affirme que François Hollande n’est pas écouté par ses services, façon de reconnaître qu’il l’a été, mais seulement jusqu’en 2013, l’année où le président Hollande a exigé de Washington que cessent les écoutes. La crise est plus que sérieuse, mais ses précédents sont multiples, et depuis de nombreuses années. On veut espérer que, depuis que la France a conscience qu’elle peut être espionnée par à peu près tout le monde, elle a appris à se protéger.

Une révélation au service d’un dessein.

Les progrès technologiques sont tels que les Américains (et d’autres avec eux) disposent de moyens immenses qui leur permettent de tout savoir de ce qui se dit au téléphone ou sur Internet. Nous-mêmes nous apprêtons à adopter une loi sur le renseignement qui fera bon marché des libertés ; c’est justement pour tenter d’empêcher l’adoption de cette loi que Wikileaks jette aujourd’hui son pavé dans la mare. Nous ne disposons pas encore d’informations sur ce que fait la France en matière d’espionnage et nous ignorons les secrets américains que connaissent nos espions. Ce serait assez drôle que les Américains se plaignent de ce que nous les écoutions. Nous savons encore moins ce que des pays comme la Russie et la Chine font en matière d’espionnage et ce qu’ils peuvent apprendre à notre sujet est encore plus dangereux que ce que les États-Unis apprennent. En tout cas, un G7 s’est réuni il y a quelques jours et personne n’a cru bon de poser quelques questions sensibles au président Obama.
La parade ne se situe pas dans les mesures de rétorsion, même si elles sont nécessaires, d’un point de vue strictement diplomatique. Elle consiste à protéger nos communications avec une attention et des moyens redoublés et à renoncer à des échanges d’information non cryptés par téléphone ou sur Internet. En outre, se pose très sérieusement la question de nos propres pratiques et de l’impact qu’elles ont sur la vie quotidienne du citoyen. Il ne faut pas perdre de vue que la raison de cet espionnage universel est qu’il est possible de le faire et que, dans un climat planétaire de paranoïa, tous les moyens sont bons. Jamais on n’a autant parlé d’éthique, jamais elle n’a été autant méprisée.

Une raison d’en rire.

Il y a au moins un aspect plutôt drôle dans cette affaire, c’est la phraséologie qui véhicule l’indignation de notre superbe classe politique. Pas un qui n’ait une formidable idée pour riposter aux Américains. Arrêter les négociations sur le libre-échange entre l’Europe et les États-Unis, déclare Jean-Luc Mélenchon. Expulser l’ambassadeur des États-Unis en France, la par ailleurs charmante Jane Hartley (qui a été convoquée par Laurent Fabius), propose Renaud Muselier (« les Républicains »). Marine Le Pen estime que les États-Unis ne sont pas un pays allié ou ami, mais elle n’ose pas dire qu’ils sont nos ennemis ; et, curieusement, elle a la même idée que M. Mélenchon, la rupture des négociations sur le libre-échange USA-Europe. Décidément, ces deux-là sont faits pour s’entendre. Il faut quitter le commandement intégré de l’OTAN, affirme Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France). La palme revient à Yves Pozzo di Borgo (sénateur UDI) qui déclare : « Si la France se respectait, elle ferait détruire la partie de l’ambassade des États-Unis où ont lieu les écoutes ». Mais dans ce cas, pourquoi ne pas aller bombarder la SNA et la CIA ? Voilà qui nous vengerait.
Soyons un peu sérieux : tout le monde espionne tout le monde, ce qui relativise la souveraineté de chaque pays. Il est tout à fait normal, et même recommandé, que la France exprime sa colère. À défaut d’être loyaux, les Américains sont humiliés par nos jugements négatifs et par le scandale. Mais qu’on ne nous dise pas que, si nos services sont capables d’écouter les conversations américaines, ils s’abstiennent de le faire.

RICHARD LISCIA

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