Non à l’économie Uber

Chauffeurs en colère aujourd'hui (Photo AFP)

Chauffeurs en colère aujourd’hui
(Photo AFP)

De nombreux commentateurs insistent sur le caractère irréversible de ce qu’ils appellent déjà l’ubérisation de l’économie, à laquelle l’État ne pourrait pas résister car ce système permet de trouver instantanément et à bon marché un moyen de transport efficace. La transaction de particulier à particulier, les échanges d’appartements, les ventes vide-greniers, toutes sortes de commerces anonymes, sans frais, ni taxes, échappent déjà au contrôle du gouvernement. Uber serait l’avenir et il serait inutile de vouloir le supprimer.

CE N’EST PAS parce qu’un système marche et qu’il est bien accueilli par le public qu’il devient irrésistible. L’ubérisation n’est pas un prolongement ou une mutation de l’économie de marché, c’est le cynisme assumé d’une compagnie qui rejette les règles sans lesquelles toute société perd sa cohérence. On ne peut pas transporter des gens sans assurance contre les accidents, sans leur offrir une sécurité maximale, sans payer des impôts et en se moquant d’une concurrence qui, elle, obéit à toutes ces règles. Les responsables d’Uber ne sont pas que des novateurs, ce sont des gens malhonnêtes, qui le disent, qui ignorent la loi interdisant leur activité et travaillent dans l’illégalité. Il est vrai que la tendance s’affirme et que de très grandes compagnies Internet, comme Google, Apple, Amazon et Microsoft tentent de contourner les législations sociales des pays européens où elles travaillent et s’arrangent pour ne pas payer d’impôts là où elles sont. On évalue à 2 000 milliards la somme que les multinationales américaines n’ont pas rapatriées aux États-Unis où elles pourraient judicieusement être investies et créer des emplois. Ces sommes restent en Europe ou en Asie, uniquement pour ne pas être taxées en Amérique.

Un État fort.

La libéralisation de l’économie ne signifie pas que l’État doit disparaître et qu’une société peut s’affranchir des contrôles qui assurent l’égalité de tous devant la loi. Un gouvernement fédéral plus fort aux États-Unis aurait déjà obligé les multinationales à transférer leurs revenus dans les banques nationales. L’État français, pour sa part, doit contraindre les multinationales qui s’installent en France à payer des impôts, comme les entreprises françaises qu’elles concurrencent. Il n’y a rien, dans les théories économiques les plus libérales, qui préconise l’évasion fiscale, le mensonge, la concurrence déloyale. Sur le même territoire, les règles doivent être applicables à tous. Dans ces conditions, dire que l’ubérisation de l’économie est inévitable, c’est admettre la mise en place d’un système anarchique qui créera des emplois très mal payés, qui laissera, faute de revenus, les infrastructures dépérir, qui n’assurera ni la santé, ni les retraites, ni l’emploi des citoyens.

Un paradoxe.

Car non seulement Uber porte aux chauffeurs de taxi classiques un coup dont ils risquent fort de ne pas se relever, mais il ne permet à ses « collaborateurs » que de gagner de faibles revenus de complément. S’il se transforme en système universel de transport des personnes par voiture, il aura détruit un secteur sans en avoir créé l’équivalent. Aucun gouvernement ne peut accepter cette éventualité. Mais, paradoxalement, la riposte à Uber ne se résume pas à son interdiction, elle doit s’accompagner d’une libéralisation de la profession. Car Uber a trouvé la faille dans le système actuel, à savoir que le nombre de taxis est insuffisant, parce que c’est un métier protégé et parce que les chauffeurs indépendants doivent payer le prix d’une licence, ce qui freine leur ambition.
Une bonne stratégie consisterait à interdire Uber, libérer le marché après avoir remboursé leur licence à ceux qui l’ont payée et faciliter l’accès à la profession. Certes, les passagers veulent payer moins cher, ce qu’ils n’obtiendront pas, même si les taxis sont plus nombreux, si l’offre est plus large. Et, encore une fois, tout le monde doit payer des impôts.

RICHARD LISCIA

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