Marine candidate (aux régionales)

Marine Le Pen prend un risque mesuré (Photo S. Toubon)

Marine Le Pen prend un risque mesuré
(Photo S. Toubon)

Marine Le Pen a annoncé aujourd’hui sa candidature à l’élection, en décembre, de la région Nord-Pas-de-Calais/Picardie, où elle a de bonnes chances de conquérir la présidence. Elle a beaucoup hésité avant de se décider, car elle était censée réserver son énergie pour l’élection présidentielle de 2017. Finalement, elle a préféré tenter sa chance de remporter une victoire préalable au scrutin présidentiel.

SELON un sondage publié lundi par Opinion Way, Marine Le Pen arriverait en tête au premier tour avec 37 % des voix, contre 32 % à Xavier Bertrand (les Républicains) et 31 % à Pierre de Saintignon (Union de la gauche). Naguère fief socialiste, le Nord est donc devenu une terre du Front national. D’aucuns disent que Marine Le Pen a du courage à se présenter, d’autres qu’elle a pris un risque, d’autres pensent qu’il lui suffit d’arriver en tête au premier tour pour que soit plus brillante son aura de candidate à la présidence de la République. On ne niera pas que Mme Le Pen a du courage, mais c’est en l’occurrence la seule vertu que l’on puisse lui reconnaître. Si on veut freiner son irrésistible ascension, il n’y a pas d’autre moyen que le rassemblement des forces républicaines.

Un schéma hasardeux.

C’est mal parti. On voit, pour le moment, que Mme Le Pen distance ses rivaux assez largement. En quelques mois, certes, son avance peut se réduire. Mais il vaut mieux prévoir d’ores et déjà qu’elle battra ses concurrents au premier tour. Dans ces conditions, il est nécessaire que les voix de la gauche et de la droite classique se reportent sur le deuxième du premier tour, M. Bertrand ou M. de Saintignon. Inutile de dire que le schéma est hasardeux, d’une part parce que les divergences politiques sont marquées dans la région et d’autre part parce que personne ne peut préjuger du comportement de l’électorat au second tour. On a bien vu, à Hénin-Beaumont, lors des municipales, que Jean-Luc Mélenchon, qui s’y était présenté pour repousser l’assaut du FN, a été battu par le candidat du Front.
La constante ascension de Marine Le Pen témoigne de l’insuffisance du bilan du gouvernement. Chômage toujours plus haut, creusement des inégalités, sentiment croissant d’insécurité, notamment à cause du terrorisme, le Front caracole sur la vague des peurs populaires, comme il a toujours su le faire. Non seulement les résultats obtenus par la gauche au pouvoir sont maigres sur le plan économique et social, mais l’indifférence d’une partie de la gauche et de certains ministres qui continuent d’ignorer superbement la criminalité et les horreurs du djihadisme alimentent la perte de crédibilité du gouvernement. On peut toujours s’égosiller pour convaincre l’opinion que le Front national n’a pas les bonnes solutions aux problèmes que nous avons à résoudre, on ne convaincra ni les électeurs qui votaient à droite mais veulent une potion plus forte ni ceux qui votaient pour la gauche mais ont perdu toute confiance en elle.

Continuer à critiquer Mme Le Pen.

Il ne faut pas se décourager et poursuivre l’analyse critique des propositions de Mme Le Pen : elle préconise, pour le terrorisme et l’immigration, des remèdes aussi puissants qu’irréalistes : on ne peut ni éliminer les migrants clandestins qui arrivent sur des rafiots, ni renvoyer par charters des dizaines de milliers d’étrangers qui vivent sur notre sol. Pour la présidente du FN, la faillite de la Grèce est une calamité induite par l’euro, alors que la zone euro l’a protégée pendant cinq ans. Mme Le Pen va pouvoir examiner in vivo les conséquences d’une sortie de la Grèce de la zone euro. Quant au renversement des alliances qu’elle suggère, il lui suffit de voir ce que vaut la Russie de Poutine, sa monnaie faible, ses réserves financières qui quittent le pays, ses libertés compromises.
Ce sera pire pour la Grèce, bien que Mme Le Pen soutienne M. Tsipras, pourtant d’un autre bord que le sien ; une politique d’immigration dépourvue de toute humanité est inapplicable ;  une politique financière avec une monnaie dévaluée appauvrira tous les Français. Encore faut-il que l’électorat le comprenne.
RICHARD LISCIA

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