Terrorisme, l’affaire de tous

Hollande et trois des héros (Photo AFP)

Hollande et trois des héros
(Photo AFP)

Cet attentat avorté dans le Thalys Amsterdam-Paris aurait pu se traduire par un carnage. Grâce au courage de quelques voyageurs, il « n’a fait » qu’un blessé grave. Trois jeunes Américains, un Français et un Britannique, ont empêché un bilan tragique. Le président de la République les a décorés ce matin de la Légion d’Honneur, de sorte que le terrorisme, cette fois, a déclenché une réaction populaire réconfortante. Désormais, face à la multiplicité des agressions commises par les islamistes, les gens ordinaires prennent leur sort en main.

IL EST LOGIQUE que l’extension de l’insécurité à l’ensemble des moyens de transport entraîne des réflexes d’autodéfense. Surtout quand, de toute évidence, ces réflexes évitent un massacre et donnent, à tort ou à raison, une tonalité optimiste au récit héroïque, alors que la répétition des crimes invite plutôt à l’inquiétude. D’une part, l’instauration de filtres de sécurité dans toutes les gares européennes est illusoire. Elle coûterait trop cher, elle s’appliquerait en contradiction de la commodité du voyage ferroviaire, qui ne supporterait pas les sas et autres scanners des aéroports. De ce point de vue, les terroristes ont découvert un champ d’action illimité. D’autre part, leur entêtement provoque non seulement la fureur des populations qu’ils veulent terroriser mais des réactions de combattants : tout le monde est visé, donc tout le monde, en tout cas les plus vaillants d’entre nous, a décidé de ne pas se laisser faire et de compliquer la tâche des assassins de telle manière qu’ils courent désormais des risques bien supérieurs à ceux de naguère.

Avantages et inconvénients de l’autodéfense.

Chaque terroriste devra se demander si ses les préparatifs de son attentat ne vont pas conduire les passagers d’un train ou les passants dans la rue à l’interpeller, à le maîtriser, à le neutraliser avant qu’il n’ait accompli son acte barbare. Certes, l’autodéfense ne va pas sans risque d’erreur, sans danger accru, sans méprise et c’est pourquoi, loin d’être récompensée par une médaille, elle a été jusqu’à présent condamnée par les pouvoirs publics. Mais de l’aveu de nos meilleurs experts, la surveillance des transports terrestres, même si elle est améliorée, ne sera jamais parfaite. On ne devrait pas compter sur des civils pour faire le travail des policiers formés pour leur profession. Malheureusement, on n’a plus le choix.

Sécurité et liberté.

Peut-on élever la barre de la prévention et rejoindre des idées du Front national qui suggère l’expulsion de toutes les personnes faisant l’objet d’un fichier « S » des services de renseignements ? Ce serait sans nul doute une atteinte aux droits de l’homme. Le problème, cependant, n’est pas que les fiches « S » donnent rarement lieu à un suivi. Le problème est que des terroristes confirmés sont presque tous déjà fichés. Dans ce cas, pourquoi attendre qu’ils passent à l’acte ? La fréquentation des milieux salafistes, l’appartenance à certaines mosquées, des comportements largement décrits et répertoriés conduisent presque automatiquement à des agressions. Ayoub El Khazzani, l’assassin potentiel du Thalys, faisait l’objet d’un signalement « S ». Comme avant, lui, Mohamed Merah, Sid Ahmed Glam, Yassin Salhi (l’homme qui a décapité Hervé Cornara) et d’autres. Il y a tout un débat sur la récente loi qui régit les services de renseignement et dont les juristes internationaux disent le plus grand mal en soulignant les atteintes aux libertés qu’elle contient. Nous allons être sans cesse confrontés aux contradictions d’une politique sécuritaire qui, par souci d’efficacité, aboutit à la réduction des droits que nous sommes censés protéger contre la barbarie. Il sera très difficile de trouver l’équilibre entre les deux types d’exigences.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Terrorisme, l’affaire de tous

  1. Charpy dit :

    Je ne suis pas aussi sûr que vous du sursaut de nos concitoyens pour « prendre leur sort en main ». Comme dans d’autres domaines, je les crois résignés et apathiques comme vous le disiez dans votre chronique du 21 août. Pourtant leur participation à cette prise de conscience collective que le terrorisme est l’affaire de tous est fondamentale; les seules forces de police et de renseignements ne pourront pas tout contrôler.
    Par ailleurs, il me semble qu’une meilleure connaissance de ce qui se dit dans certaines lieux de prière fondamentalistes (comme au Maroc où les autorités connaissant chaque semaine la teneur de tous les prêches de toutes les mosquées du royaume) est un préalable à la détection et au suivi de certains jeunes déviants musulmans.
    Enfin des contrôles renforcés dans les gares sur les trains internationaux et les grandes lignes domestiques est possible (comme le font les Espagnols au départ de toutes les lignes à grande vitesse)

  2. BINDER Jean dit :

    Je ne peux que souscrire à vos réflexions. Le président de la SNCF a clairement dit que l’on ne pouvait rien faire de plus. C’est donc aux citoyens de réagir face à un terroriste. Entre ne rien faire et mourir ou faire quelque chose et risquer de s’en sortir, le choix est vite fait. Ce serait donc à l’Etat de nous donner les règles à appliquer et le cadre juridique. Car on n’est plus dans la situation classique du cambrioleur que l’on découvre dans son salon et que l’on se doit respecter, la riposte devant être proportionnelle à l’agression..Ainsi, on pourrait imaginer dans chaque train ou chaque car, un kit anti-terroriste, permettant de lui couvrir le visage, lui lier les mains derrière le dos ou le menotter. Cela ne serait pas déraisonnable plutôt que de laisser les usagers des transports en commun réagir à mains nues. Tout cela serait mieux que faire de la sécurité spectacle ou contrôler des sacs dont les dimensions sont incapables de contenir un arsenal militaire… Et pour revenir sur le témoignage du comédien Jean-Luc Anglade, quand on est un habitué du Thalys, on sait qu’il y a entre 4 et 6 contrôleurs par rame. C’est incroyable que ce jour là, il n’y en avait qu’un ou deux selon les versions. Alors, où étaient donc passés les autres ? Il y en avait donc bien un au minimum qui avait la clé du fourgon à bagages…

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