Le mirage de la baisse des impôts

Sapin  annonce la bonne nouvelle (Photo AFP)

Sapin annonce la bonne nouvelle
(Photo AFP)

Le président de la République l’a annoncée, puis confirmée, le ministre des Finances, Michel Sapin, ne veut pas la chiffrer, mais laisse échapper ce matin le nombre de 2 milliards d’euros : le gouvernement va procéder à une baisse des impôts, qui sera inscrite dans le prochain budget et donc sera ressentie par les ménages dans un an, juste à temps pour les élections de 2017.

M. SAPIN indique que le coup de canif aux recettes fiscales sera financée uniquement par une réduction supplémentaire de la dépense publique. Il va même jusqu’à affirmer que, cette année, la réduction du déficit budgétaire à 3,3 % sera respectée, pour la première fois en quatre ans, dit-il. Le ministre semble sûr de lui et il ne se prive pas de dire que l’État doit rendre à ceux qu’il a durement taxés en 2012 et 2013 au moins une partie de ce qu’ils ont payé. Une première réduction des impôts a été mise en oeuvre, qui s’est traduite par un allègement de la note en 2015 pour les foyers pauvres ou appartenant à la classe moyenne. Cette fois encore, le gouvernement entend diminuer l’impôt sur le revenu et non les impôts indirects.

Un objectif électoral.

L’objectif du gouvernement est principalement politique : il espère à la fois amadouer les opposants socialistes à sa politique économique et rallier à lui une partie des électeurs. Mais il prend un risque : celui de ne pas disposer d’une marge de manoeuvre si la conjoncture se détériorait. Certes, deux milliards, voilà un montant prudent qui, effectivement, ne devrait pas exiger des efforts insurmontables. Il n’empêche que les pouvoirs publics risquent de ne pas avoir la somme au moment de la distribuer. Si tout laisse penser qu’il y aura de la croissance en 2017 et 2017, ce qui devrait se traduire par une hausse des recettes fiscales, rien ne dit que les paramètres très favorables dont la France bénéficie actuellement (taux très bas, énergie très bon marché, euro faible) ne vont pas changer dans les mois qui viennent. Les États-Unis, par exemple, ne pourront pas pratiquer des taux d’intérêt zéro pendant encore longtemps. Si la Banque fédérale des réserves (Fed) ne se décide pas en septembre à les relever, elle le fera un peu plus tard. Un relèvement des taux, fût-il progressif, augmenterait le service de notre dette (montant des intérêts que la France verse chaque année), et certainement de plus de 2 milliards. Cette seule éventualité (je devrais dire probabilité) risque de retarder le retour à l’équilibre du budget français.

Pétrole : guerre des nerfs.

Le prix de l’énergie ne saurait non plus baisser indéfiniment. Il est actuellement trop bas pour que l’industrie investisse dans de nouveaux projets et donc, tôt ou tard, l’abondance de pétrole et de gaz se transformera en une pénurie propre à faire remonter les cours. Jusqu’à présent, l’Arabie saoudite n’a rien fait pour stopper la baisse parce qu’elle voulait que certains producteurs concurrents, notamment les États-Unis, cessent d’extraire une énergie de leur sol à un prix de moins en moins rentable. Elle n’a pas encore gagné cette guerre des nerfs, mais cela ne tardera pas dès lors que les producteurs américains ont besoin d’un prix qui les encourage à ouvrir de nouveaux puits.
Il est peu probable, en revanche, que la valeur de l’euro remonte par rapport au dollar. Le loyer de l’argent va augmenter aux États-Unis parce que la croissance y est soutenue (elle a été revue à la hausse pour le deuxième trimestre), ce qui n’est pas le cas en Europe. La hausse des taux américains attirera les capitaux au détriment de l’euro. Enfin, la baisse des impôts est censée nous éblouir au moment où l’ancien Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, relance l’idée d’une fusion de la CSG avec l’impôt sur le revenu, ce qui aurait pour effet d’augmenter sensiblement l’impôt sur le revenu des foyers les plus aisés, ceux dont la gauche ne croit pas pouvoir obtenir les suffrages.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Le mirage de la baisse des impôts

  1. Galex dit :

    Excellente analyse. Merci.

  2. Kita dit :

    Bravo pour ce billet, une explication très logique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *