Syrie : Hollande entre deux voies

Hollande à l'ONU (Photo AFP)

Hollande à l’ONU
(Photo AFP)

À la lumière de ce qui se passe en ce moment à l’assemblée générale des Nations unies, la décision de François Hollande de bombarder des cibles de Daech en Syrie apparaît davantage comme une manière d’accroître l’influence diplomatique de la France que comme une décision militaire.

VLADIMIR POUTINE s’apprête en effet à réclamer la création d’une coalition capable d’éliminer l’État islamique, sans pour autant en finir avec Bachar Al-Assad qui reste, dans l’esprit du président russe, une des clés de la résolution du conflit en Syrie et en Irak. Pour appuyer son initiative, M. Poutine a dépêché des troupes et des armes lourdes à Lattaquié et à Tartous. En apparaissant comme un ennemi déterminé de l’EI, il apporte, certes, un soutien objectif aux Américains et aux Européens ; en exigeant un règlement dont la Syrie et l’Iran seraient parties prenantes, il tente d’imposer son propre point de vue et de passer outre aux objections d’au moins une partie du camp occidental. Barack Obama ne semble pas hostile au compromis qui, il y a deux ans, a refusé d’envoyer ses avions contre Bachar. François Hollande, lui, continue de penser, à rebours de ceux qui, en France, souhaitent la mise en oeuvre d’une Realpolitik insensible aux questions humanitaires et aux droits de l’homme, que Bachar doit partir.

Hollande n’a pas changé d’avis.

Le président de la République a au moins un mérite, celui de la constance face aux crimes du dictateur syrien qu’il ne veut ni oublier ni pardonner. Mais il est seul. Il sait, comme tout un chacun, que l’aviation ne peut pas à elle seule en finir avec Daech. Il sait que, pour éliminer l’EI, il faut une grande armée qui le combatte au sol. Pour la première fois, M. Poutine ouvre la voie à une coopération avec les Occidentaux et les États arabes pour lancer contre les islamistes une offensive décisive. Il n’est pas possible de négliger la contribution russe. De même qu’il serait très désavantageux, pour l’Europe et les États-Unis, que M. Poutine impose sa solution par le fait accompli. Dans le ballet diplomatique en cours, il faut voir ce qu’il a de positif, et tout d’abord, un rapprochement entre MM. Poutine et Obama, qui ne se sont pas rencontrés depuis deux ans. Au moment où le maître du Kremlin reconnaît qu’il a des intérêts communs avec l’Occident au sujet de l’expansion de Daech, il faut saisir la balle au bond.

Une tâche difficile pour Poutine.

Le président Obama, dont la ligne consiste à ne plus envoyer de troupes américaines sur le sol du Proche-Orient, sera, à n’en pas douter, très intéressé par un projet de coalition impliquant en premier lieu les armées arabes. Mais il ne faut pas croire non plus que M. Poutine aura la tâche facile : pour les Saoudiens, par exemple, la coopération militaire avec l’Iran est une hérésie. C’est l’influence de l’Iran qu’ils combattent au Yémen ; c’est sa présence en Irak qu’ils craignent le plus ; c’est l’irréductible conflit entre chiites et sunnites qui les obsède. Il appartient donc à la France, et peut-être aux États-Unis, de montrer aux Russes les limites de leur projet, ou tout au moins d’exiger de M. Poutine qu’il explique comment il va rassembler des pays qui, pour le moment, ne se font nullement confiance. En ce sens, la diplomatie française dispose d’arguments qu’il sera utile d’exposer.
Mais, en réalité, la crise du Proche-Orient et la volonté de Poutine de la résoudre sont l’occasion d’une vaste négociation entre Moscou et les capitales occidentales qui inclurait la question ukrainienne. La Russie souffre de l’embargo et souhaite normaliser ses relations commerciales, bancaires et économiques avec l’Europe et les États-Unis. Après les mesures réciproques d’hostilité, c’est le grand moment de la diplomatie.

RICHARD LISCIA

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