La Tunisie, Nobel de la paix

Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi (Photo AFP)

Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi
(Photo AFP)

Les attributions des prix Nobel récompensent souvent des inconnus qu’ils sortent de l’anonymat, de sorte que les journalistes les mieux informés sont contraints d’aller se documenter avant de les commenter. Dans le cas du Nobel de la paix, le jury illustre souvent des organisations, ce qui déçoit les rubriques « people ». C’est le cas cette année : le Nobel de la paix a été accordé à quatre organisations tunisiennes qui ont résolu la crise issue du printemps arabe par le dialogue.

C’EST UN BON CHOIX. À ce jour, la Tunisie est le seul des pays arabes qui ait réussi à juguler la violence extrémiste en favorisant le dialogue démocratique, le seul qui ait donné au peuple une voix décisive, le seul qui permette un espoir qui n’existe ni en Libye, ni en Syrie, ni en Égypte où un régime militaire comparable à celui de Moubarak a été instauré. Le jury du Nobel a donc voulu encourager une expérience exceptionnelle, conduite par des hommes et des femmes de qualité, pour un peuple qui ne s’est jamais satisfait du remplacement de la dictature par un pouvoir islamiste. Il est vrai que les islamistes tunisiens sont eux-mêmes très particuliers : ils n’ont pas voulu imposer leur point de vue par la force et ont reconnu qu’ils n’avaient pas les compétences requises pour assurer la gestion économique du pays.

Épreuves à venir.

Cependant, le prix Nobel n’épargnera pas aux Tunisiens les épreuves qui les attendent. Rejeté par le peuple, l’islamisme djihadiste s’emploie à miner l’économie tunisienne en multipliant les attentats, notamment dans les zones touristiques, alors que le tourisme représente en Tunisie une bonne fraction du produit intérieur brut. La France et l’Europe soutiennent le régime tunisien à bout de bras. Malheureusement, la crise qui sévit chez nous et dans l’Union européenne ne nous permet pas de nous montrer trop généreux. Il est essentiel que la Tunisie soit protégée des vents mauvais qui viennent de la proche Libye et de la plus lointaine Syrie. Car elle représente un modèle assez solide, si l’on en juge par la puissance de la conviction populaire, pour que d’autres pays arabes accablés de malheurs tentent un jour de l’imiter.

Le tombeau du fanatisme.

La Tunisie a fait la démonstration qu’un pays pris dans une révolution peut trouver les voies et moyens de retourner à l’équilibre politique. Bien sûr, les islamistes de Daech ou d’Al-Qaïda ne veulent pas l’entendre de cette oreille : la Tunisie, à leurs yeux, n’est rien d’autre que le tombeau du terrorisme et du fanatisme religieux. C’est pourquoi ils s’en prennent à elle avec une violence extrême, avec l’espoir que, livrée au chaos, sa démocratie s’effondre.
L’État de droit que les Tunisiens mettent en place doit, en conséquence, se montrer d’une fermeté implacable vis-à-vis des terroristes. L’Europe doit l’aider par tous les moyens dont elle dispose. À un fanatisme qui se répand partout, répond la constance du prix Nobel qui, cette année, a décelé la paix dans des institutions plutôt que chez un homme ou une femme. On ne lui reprochera pas son excellente décision.
RICHARD LISCIA

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2 réponses à La Tunisie, Nobel de la paix

  1. Charpy dit :

    Tout à fait d’accord. Et reste pour moi le souvenir de Mohamed Bouazizi aussi fort que celui de Ian Palach.

  2. medecin dit :

    je suis sincèrement content pour la Tunisie. Mais une petite réflexion tout de même au passage : n’avait-on pas pensé en 1999-2000 à l’Algérie qui, sous l’autorité du président Boutéflika, toujours en exercice d’ailleurs, et grâce à la concorde civile, avait réussi à mettre un terme à 10 ans de guerre civile aggravée par un terrorisme aveugle ayant fait à l’époque 200 000 morts ? L’Algérie n’avait-elle pas le droit à ce fameux prix Nobel ? A méditer.

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