Bygmalion : Sarkozy accusé

Jérôme Lavrilleux (Photo AFP)

Jérôme Lavrilleux
(Photo AFP)

L’ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé, Jérôme Lavrilleux, a accusé Nicolas Sarkozy, dans un entretien avec « l’Obs », de « se défausser » et de ne pas « assumer » ses responsabilités dans les comptes de sa campagne 2012. Dans cette affaire, la justice enquête sur un dépassement des comptes qui atteindrait quelque 20 millions d’euros.

M. LAVRILLEUX avait déjà mis le feu au poudres en révélant à la télévision, en mai 2014, que les comptes de campagne de M. Sarkozy étaient truqués. Ses révélations ont donné lieu à une procédure judiciaire où lui-même et plusieurs dirigeants de Bygmalion, une agence de communication, ont été mis en examen. « Il n’y a que Nicolas Sarkozy pour dire que cette affaire ne concerne pas sa campagne, a déclaré M. Lavrilleux. C’est un système de défense voué à un échec total. Il adopte le même dans toutes les affaires où il est entendu : C’est pas moi, c’est l’autre » . Non sans férocité, l’accusateur de M. Sarkozy lui a reproché de mentir ; il a affirmé à plusieurs reprises que l’ancien président était parfaitement au courant du dépassement illégal de ses dépenses. Il a exprimé sa crainte d’être assassiné en comparant son propre cas à celui de Robert Boulin, ministre de Giscard qui fut retrouvé mort il y a quelque 40 ans, et dont le décès suspect fait l’objet d’une enquête judiciaire. Bien entendu, on ne doit pas exclure que M. Lavrilleux ait intérêt à charger M. Sarkozy pour minimiser son propre rôle.

Hortefeux à la rescousse.

Un fidèle de M. Sarkozy, l’ancien ministre Brice Hortefeux, a rétorqué que M. Lavrilleux faisait partie des mis en examen qui seraient, selon lui, « aux abois ». Selon M. Hortefeux, qui demande que « la justice fasse son travail », l’affaire des comptes de campagne n’existe pas, il y aurait seulement une affaire Bygmalion. Dans le camp de l’ancien président, en effet, on estime que son parti, l’UMP, a été victime d’un système de fausses factures de Bygmalion. Cependant, même si la justice confirme cette version pour le moment incertaine, M. Sarkozy s’en tient à une position assez peu crédible, à savoir qu’il ignorait complètement les dépassements des dépenses. Or les sondages d’opinion, pendant la campagne, indiquaient pour la plupart une avance de François Hollande et, pour refaire son retard, Nicolas Sarkozy a multiplié les meetings onéreux, sans trop se soucier de ce qu’ils coûtaient. Il ne pouvait pas croire pour autant que les événements de l’UMP étaient gratuits.

La plus grande menace.

L’affaire Bygmalion est celle qui représente la plus grande menace pour l’avenir de M. Sarkozy. Des non-lieux ont été prononcés dans l’affaire Bettencourt et dans celle du paiement par son parti de l’amende que lui a infligée le Conseil constitutionnel, là encore pour dépassement des comptes de campagne, mais que M. Sarkozy a remboursée sur ses propres deniers. Jusqu’à présent, l’ancien président a échappé à plusieurs poursuites judiciaires, ce qui a laissé naître, dans l’opinion publique, le sentiment que la justice se livrait contre lui à une forme de harcèlement bien qu’elle ne disposât pas d’éléments suffisants pour le confondre. D’autres affaires sont en cours, notamment celle du versement à Bernard Tapie de quelque 400 millions d’euros en compensation de l’escroquerie dont il aurait été l’objet à la suite de la vente d’Adidas, société dont il était le propriétaire. L’ancien chef de cabinet du président Sarkozy, Claude Guéant, a été entendu de nouveau ce matin dans le cadre de cette affaire.
M. Sarkozy dira encore une fois qu’elle ne le concerne pas. M. Lavrilleux lui reproche de ne pas se conduire en homme courageux, d’abandonner ses collaborateurs à la justice pour se protéger lui-même et constate que « l’ingratitude est la marque des faibles ». C’est vrai dans l’absolu, mais pas pour ce cas précis. En effet, si M. Sarkozy reconnaissait qu’il était au courant des dépassements (considérables) de ses comptes de campagne, il ne serait plus en mesure de se présenter à la primaire des Républicains en 2016, dans la perspective de la présidentielle de 2017. L’enjeu, pour lui, est donc plus stratégique que moral et l’éthique personnelle, chez nos dirigeants, est souvent sacrifiée à l’ambition politique. Inutile de dire que, à droite comme à gauche, nombreux sont ses adversaires qui attendent qu’il soit condamné, ce qui mettrait un terme à sa carrière politique.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Bygmalion : Sarkozy accusé

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Merci pour votre article; mais il y a quelque chose de bien réel : c’est que François Hollande a tout intérêt à ce que Nicolas Sarkozy soit son adversaire, ce dernier étant son « meilleur ennemi ».
    Et il n’est donc pas insensé de penser que le futur candidat Hollande utilise (discrètement, bien sûr) son pouvoir d’influence actuel pour retarder au maximum, voire faire échouer, les éventuelles inculpations/condamnations que vous évoquez ci-dessus, concernant M. Sarkozy.

    Dr Jérôme Lefrançois

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