Un État éreinté

Philppe Martinez (Photo AFP)

Philppe Martinez
(Photo AFP)

L’affaire d’Air France aura donné lieu à des allers-retours du gouvernement qui suffisent à eux seuls à expliquer la révolte, la désillusion et l’abandon du civisme par beaucoup de Français. Sensible aux pressions d’où qu’elles viennent, le gouvernement, obsédé par les échéances électorales de 2017, n’a pas manqué de donner à la fois raison et tort à toutes les parties en présence.

QUE S’EST-IL passé ? La direction d’Air France avait demandé aux pilotes d’accepter de travailler cent heures de plus par an pour éviter tout licenciement. Elle indiquait que, si les pilotes refusaient le marché, elle avait mis au point un plan B comportant quelque 3 000 suppressions de postes. Elle a tenu une réunion avec les syndicats pour leur exposer ce plan. La réunion avait à peine commencé que des militants ont agressé deux cadres supérieurs de la société, les ont molestés, ont arraché leur chemise aux cris « d’à poil ! ». Le Premier ministre, Manuel Valls, a condamné cette action qui relève du pénal. Quelques-uns des agresseurs ont été interpellés chez eux à 6 heures du matin, ce qui a fait bondir la CGT dont le secrétaire général, Philippe Martinez, a déclaré que la violence est dans les licenciements, pas dans l’agression. Du coup, François Hollande et Manuel Valls ont réclamé un compromis social pour éviter les licenciements.

Toutes les nuances du commentaire.

À partir de là, on peut chercher toutes les nuances du commentaire : fallait-il arrêter les syndicalistes comme des trafiquants de drogue? Air France ne s’est-elle pas livrée à un chantage quand elle a promis une réduction drastique des effectifs au moment où elle soumettait ses propositions aux pilotes? Une bonne négociation n’est-elle pas préférable à la destruction d’emplois? N’y a-t-il pas du vrai dans ce que dit M. Martinez?
Le problème vient de ce que, en France, on politise à peu près tout, y compris la délinquance. On politise, cela veut dire qu’on relativise. Un bon accord social à Air France est souhaitable. Cependant, la question ne porte que sur l’agression dont ont été victimes les deux cadres de la société. On pouvait, certes, convoquer les fauteurs de troubles par courrier, sans doute seraient-ils venus. Mais le problème judiciaire n’a rien à voir avec l’état social de la France et le sort de la France. La loi dit qu’il y a des choses que l’on ne peut pas faire et que ceux qui transgressent les règles légales doivent être poursuivis. M. Martinez a réagi avec virulence parce que la plupart des agresseurs sont probablement des syndicalistes CGT et qu’il ne veut pas que son syndicat subisse les conséquences morales de leur faute. Son discours a enflammé ses troupes comme un incendie de forêt par grand vent. Le syndicat est sauf, la morale est enterrée. Actionnaire minoritaire d’Air France, le gouvernement doit-il se mêler de sa gestion ? Ce n’est pas sûr s’il commence par céder à une pression qui revient à dire qu’il existe en France des gens qui échappent à la loi et peuvent la bafouer sans être condamnés pour autant. Ce n’est peut-être pas ce qui va se produire, mais c’est ce que souhaite la CGT. Si elle obtient gain de cause, vous verrez que le conflit syndical à Air France sera vite résolu. Il ne s’agit plus de sauver notre compagnie aérienne nationale, il s’agit de sauver le soldat CGT.

Le citoyen est perdu.

Il en va de même pour les policiers. Ils s’insurgent contre la permission accordée à un détenu qui n’est pas revenu à la prison et a utilisé sa liberté pour abattre un policier, aujourd’hui entre la vie et la mort. Les policiers ont manifesté hier sous les fenêtres de Christiane Taubira, ministre de la Justice. Ce n’est pas elle qui a remis l’individu en liberté, mais un juge d’application des peines qui s’est contenté d’appliquer une loi adoptée par une majorité de droite. Manuel Valls a aussitôt annoncé que des mesures allaient être mises en oeuvre pour encadrer les permissions de sorties des détenus. Dans ce cas précis, on comprend parfaitement les policiers, mais on a le sentiment que, comme dans l’affaire d’Air France, le gouvernement pilote à vue, en fonction des pressions des uns ou des autres, sans avoir de programme, sans vision claire de ce qu’il faut faire. Il en va de même d’un projet de budget dont les économies ne sont pas certaines, d’une politique environnementale qui, s’agissant du diesel, cède aux pressions des écologistes sans commencer par limiter ou éliminer le moteur diesel, d’une politique économique qui tantôt souffle le chaud Macron et le froid dirigiste, d’une politique fiscale qui a accablé les Français avant de distribuer de l’argent aux ménages les plus pauvres, avec maintenant l’idée, propagée par un socialiste, que tout un chacun devrait payer l’impôt, fût-il pauvre, et ainsi de suite. Comment voulez-vous que le citoyen s’y retrouve ?

RICHARD LISCIA

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