Le grand désarroi

Vallaud-Belkacem : réforme à la marge (Photo AFP)

Vallaud-Belkacem : réforme à la marge
(Photo AFP)

Dans cette scission de la gauche, dans la stagnation impitoyable de notre modèle économique et social, dans la faiblesse des solutions proposées, dans ces conflits parfois hystériques qui ressemblent à des disputes de charretiers, dans notre justice si politisée, dans notre peur face à l’immigration, dans toutes les angoisses de la société française, il y a principalement, l’incapacité de la plupart de nos dirigeants à comprendre et à expliquer un basculement historique.

D’ABORD, la difficulté des réformes de fond, l’équilibre des comptes et la relance de l’emploi, fait que le pouvoir lance des réformes périphériques qui ne devraient intervenir que lorsque la France sera stabilisée. Non sans courage, Najat Vallaud-Belkacem qui, après avoir réintroduit la dictée à l’école, s’efforce, sans doute en vain, de changer la carte scolaire, fait exactement ce type de réforme. Ensuite, il y a cette immense contradiction entre un pouvoir très affaibli qui ne vit plus que de sa légitimité de 2012 mais n’en aurait aucune si des élections anticipées avaient lieu. François Hollande est broyé par un dilemme extraordinaire : il est à la fois celui qui doit enfin réformer la France, parce que c’est un impératif catégorique dicté par la mondialisation et par l’intensité du chômage et celui qui, parce que justement il a été élu sur un tout autre programme, ne peut pas procéder aux réformes.

Un mouvement de balancier.

Il ne s’agit nullement d’un dilemme moral. Il s’agit d’une réalité politique : les frondeurs, les communistes, les écologistes, les mélenchonistes exigent qu’il revienne à ses promesses de 2012 et qu’il les tienne. Dès lors qu’il a été élu contre la droite, il se voit obligé de leur faire des concessions, d’où ce mouvement de balancier de son programme. Dès qu’il s’engage dans une réforme, l’exécutif s’empresse de lui apporter des amendements destinés à satisfaire la gauche du PS, mais qui, du coup, rendent la réforme inopérante. Enfin, il y a cette communication effrénée, tous azimuts, parcellaire et microscopique qui place le chef de l’État sur toutes les tribunes, toutes les estrades, tous les podiums et donne l’impression qu’il s’occupe de tout, y compris de la vie personnelle de chacun de ses concitoyens et que, s’occupant de tout, il ne fait plus rien d’efficace pour la communauté nationale. François Hollande ne peut pas appliquer une politique qui est contestée par son propre camp. C’est de là que vient le malentendu avec les Français à qui ce communicant invétéré devrait au moins expliquer les enjeux historiques qui sont les nôtres et montrer pourquoi il doit en tenir compte.

Un quinquennat plutôt long.

Certes, c’est un président calme, courtois, digne et serein au moins en apparence, dont le discours est élaboré et parfois convaincant comme lorsque, attaqué par Marine Le Pen au Parlement de Strasbourg, il a su lui répondre en des termes forts qui montraient bien à quoi nous exposerait le Front national au pouvoir. Il devrait avoir cette veine en permanence. Il ne peut pas pour autant appliquer des idées que combattent ceux qui sont censés le soutenir. La perte de popularité qui est la sienne vient de ce qu’il n’a convaincu ni l’opposition ni ses amis traditionnels, épouvantés par M. Valls et par M. Macron, et qui s’estiment idéologiquement trahis par le président. Nous aurons donc droit à encore dix-huit mois de réformisme timide, de communication assourdissante, de mots sans actes. Le quinquennat était censé renouveler l’exécutif plus vite, mais le mandat de M. Hollande paraîtra plutôt long.

RICHARD LISCIA

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