La folle histoire d’une évasion

Fauret et Odos (Photo AFP)

Fauret et Odos
(Photo AFP)

Deux pilotes français, Pascal Fauret et Bruno Odos, lourdement condamnés en République dominicaine pour trafic de drogue, mais qui se sont évadés après avoir été placés en résidence surveillée, sont arrivés en France au terme d’un voyage qui n’a pu être organisé que grâce à une logistique importante.

LES DEUX HOMMES avaient fait appel d’un jugement qui les condamnait à vingt ans de prison. Leur appel leur a permis de sortir provisoirement de prison en attendant un nouveau procès. Ils ont mis à profit cet élargissement pour quitter la République dominicaine et rentrer en France. Ils se tiennent à la disposition de la justice française. Ils n’ont cessé de crier leur innocence. Les deux passagers de l’avion qu’ils pilotaient, Alain Castany et Nicolas Pisapia, sont restés sur place ; ils dénoncent la fuite des pilotes et préfèrent passer par la justice dominicaine. L’affaire est extraordinairement compliquée. L’avion, un Falcon, est allé chercher des bagages à Punta Cana, le 19 mars 2013. Les quatre hommes ont entassé de nombreuses valises dans l’appareil. Les pilotes continuent à dire qu’il ne leur appartient pas de poser des questions sur une cargaison. Mais celle-ci contenait 780 kilos de cocaïne. On se pose donc des questions sur une innocence soutenue par une telle absence de curiosité.

Pas d’extradition.

Les deux pilotes ne seront pas extradés parce que la France ne livre pas à un pays étranger un citoyen français résidant en France. La justice dominicaine n’en exige pas moins qu’ils lui soient remis. Les pilotes demandent à être jugés en France. On peut craindre que la justice dominicaine n’exerce des « représailles » sur les deux Français restés dans l’île. Là-dessus, un député européen du Front national, Aymeric Chauprade, déclare qu’il connaît les deux hommes et, sans le dire clairement, laisse entendre qu’il les a aidés. Mais il a fallu de gros moyens matériels, financiers et humains pour assurer l’évasion qui aurait commencé par un voyage en bateau jusqu’à Saint-Martin puis à la Martinique et se serait poursuivie sur un vol régulier entre la Martinique et Paris.

Drôle de justice.

Les deux fuyards ont d’excellentes raisons de ne pas faire confiance à une justice qui ne respecte pas toujours les règles, les a maintenus en détention préventive sans se conformer au droit et les a remis en liberté sans exercer sur eux une surveillance très suivie. Tout s’est passé comme si les juges dominicains, lassés d’une affaire compliquée, avait accordé l’assignation à résidence dans l’espoir que les deux condamnés prendraient la poudre d’escampette. Le public, lui, est confondu par une histoire qui montre qu’il est facile de transporter d’un continent à l’autre près de 700 kilos de cocaïne, sauf si l’on se fait prendre ; combien la discrétion des pilotes et des accompagnateurs de la cargaison fut excessive ; et on s’interroge sur la nature des deux hommes, héros ou malandrins, qui ont tout de même accepté un travail qu’ils ont exécuté d’une manière tellement professionnelle qu’ils n’ont pas jugé utile de demander ce qu’il y avait dans les valises qui méritât de les transporter par jet privé à un coût prohibitif. Il y a énormément de fil blanc dans cette affaire et il vaut mieux attendre que la justice française en démêle la pelote.

RICHARD LISCIA

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