Le triomphe de la violence

Fouille à Jérusalem (Photo AFP)

Fouille à Jérusalem
(Photo AFP)

Je fais partie de ceux qui estiment qu’une autre politique du gouvernement israélien aurait peut-être empêché l’accès de violence répétitive et hideuse auquel on assiste depuis des semaines en Israël et dans les territoires. Mais la poursuite de ce que l’on appelle « la guerre des couteaux » témoigne beaucoup plus de la haine qui guide les agresseurs qu’elle ne correspond à la recherche d’une solution négociée.

EN EFFET, si la gestion du conflit interminable qui oppose Israéliens et Palestiniens par Benjamin Netanyahou n’est pas satisfaisante, la conduite de la direction palestinienne est totalement irréaliste. Mahmoud Abbas que, certes, les positions de M. Netanyahou n’ont guère renforcé, a commis l’erreur d’approuver les attaques au couteau. Leur férocité est pourtant inqualifiable ; elles traduisent une haine irraisonnée qui n’a rien à voir avec la recherche d’un avenir meilleur ; elles se traduisent le plus souvent par la mort instantanée des agresseurs qui seraient désespérés au point de vouloir mourir, mais pas, auparavant, sans avoir tué un homme ou une femme dont ils ne savent rien, au risque d’assassiner des Israéliens favorables aux aspirations exprimées par les assassins.

Ce que cette bataille veut dire.

Le sens de cette bataille est clair : il ne s’agit pas de chercher des alliés au sein du peuple israélien, il s’agit de faire de tous les Israéliens des monstres à éliminer. Non seulement le crime quotidien et répétitif est devenu la norme et le comportement routinier de certains Palestiniens, nullement désavoués par leurs compatriotes, non seulement il fait de la région une zone d’insécurité absolue de sorte que chaque civil innocent doit se méfier de tout Palestinien, mais cette révolte ne change rien au statu quo. Elle n’incite pas, en tout cas, les Israéliens à tendre la main à leurs ennemis. Au contraire, elle les unit contre eux, elle ferme la porte à toute concession. Elle ne freine pas les implantations en Cisjordanie. Elle renforce enfin les Israéliens dans l’idée que, décidément, ils n’ont rien à attendre des Palestiniens, de l’Autorité palestinienne et a fortiori du Hamas. Et qu’il n’y aurait de solution que dans la fermeté.

Radicalité croissante des Israéliens.

Mon analyse est rarement partagée, ce qui ne me conduit pas du tout à l’abandonner. En Europe, on continue à penser, d’une façon générale, que les Palestiniens, qui n’ont rien, ont droit à tout, et que les Israéliens, qui ont tout n’y ont pas droit. On continue de penser que les Palestiniens sont des victimes alors que, parmi eux, des jeunes s’en vont chercher leurs victimes tous les jours. Et on indique avec délices que le nombre d’assaillants « neutralisés » par les militaires (une soixantaine à ce jour) est supérieur à celui des victimes israéliennes (neuf). Depuis le début du conflit, donc depuis 1948, l’intelligentsia européenne n’a cessé de se complaire dans ces statistiques morbides qui montrent pourtant que la violence palestinienne ou arabe n’a jamais produit le moindre progrès et que les Israéliens savent se défendre et survivre, ce qu’ils ont appris au prix que l’on sait et que l’on ne peut leur reprocher. Pourquoi ne pas admettre que les Palestiniens, notamment du temps de Yasser Arafat, n’ont pas voulu du partage et que leur désespoir était principalement motivé par leur impuissance à éliminer l’État juif? Pourquoi se plaignent-ils de la radicalité croissante des Israéliens alors que le radicalisme est leur mode de vie ?
La « guerre des couteaux » est d’autant plus stérile et inacceptable qu’elle fait ressembler ce que certains, avec complaisance, considèrent comme une guerre d’indépendance, aux tueries auxquelles se livrent les terroristes de Daech et d’Al Qaïda. Je ne vois pas comment on peut se dresser contre le terrorisme et « comprendre » le comportement des desperados palestiniens. Certes, comparaison n’est pas raison, et loin de moi l’idée de nier aux Palestiniens le droit à la souveraineté. Mais enfin, le résultat est le même : violence, assassinats et une haine inexpiable dont la somme est nulle sur le plan politique.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Le triomphe de la violence

  1. Docteur Leroux dit :

    Loin de moi d’approuver ces attaques aux couteaux mais vous auriez aussi pu citer ou développer sur la »férocité »de la violence première que sont l’occupation militaire et la colonisation (mot que vous n’utilisez pas!). Ou sur les « tueries » de l’armée israélienne à Gaza (sous blocus illégal) en 2009, 2012, 2014, sur la répression, sur la dépossession continue, sur l’asphyxie de l’économie, de l’agriculture, des hopitaux de Jérusalem-Est. Ou encore sur la « haine » ( rappelée trois fois à l’encontre des Israéliens) de beaucoup d’Israéliens, pas seulement les colons (que vous ne nommez pas), cf le lynchage à mort de palestiniens ou supposés tels.
    Vous écrivez: « En Europe, on continue à penser, d’une façon générale, que les Palestiniens, qui n’ont rien, ont droit à tout, et que les Israéliens, qui ont tout n’y ont pas droit. » alors que l’Europe n’a exercé aucune pression concrète, ou sanction, contre la puissance occupante pour favoriser l’émergence d’un État palestinien sur les territoires occupés en 1967! Ces petits 22% , on est loin du « droit à tout » * et de votre refus du « partage » , de la Palestine mandataire que demandaient les palestiniens pendant les années du processus de paix mis à profit par Israël pour coloniser (« crime quotidien et répétitif »! ). Ces petits 22% qui restaient suite à l’expulsion massive des palestiniens dans ce qu’est devenu Israël suite à la guerre de 1948. Les dirigeants israéliens successifs, avec la complicité des Etats-Unis et de la France, n’ont pas voulu d’état palestinien viable et souverain (que mettez vous derrière « le droit à la souveraineté » que vous évoquez)sur ces 22 %. Les dirigeants français n’ont toujours pas reconnu l’Etat de Palestine (proclamé en 1988) malgré les promesses de 1999. Du coup les dirigeants israéliens ont eu, et refusé, le Hamas vainqueur d’élections démocratiques en 2006 et qui ces mois-ci s’oppose à Daech à Gaza. Aujourd’hui, nouvelle forme de désespoir, certes meurtrière mais combien de Palestiniens abattus alors qu’ils étaient déjà « neutralisés » ou de brÛlés depuis quelques mois. Demain un seul État de la Méditerranée au Jourdain comme le veulent le Likoud et de nombreux partis, ministres colons, ou autres courants…avec égalité des droits?
    Quels dirigeants en Europe soutiennent le droit au retour des réfugiés palestiniens, pourtant reconnu pour les réfugiés ailleurs dans le monde ?

    Réponse

    Ce ne sont pas les « colons », comme vous les appelez, qui mènent une guerre au couteau, ce sont des Palestiniens. La violence en l’occurrence a une origine bien précise. Et, comme je l’ai dit, elle ne mène nulle part. Elle ne donnera pas un État aux Palestiniens. Le lynchage, me semble-t-il, est pratiqué d’un côté plus que de l’autre. Je me suis d’ailleurs élevé contre ce décompte sinistre. Enfin, je ne suis pas responsable de la politique palestinienne de l’Europe et il ne faut pas m’imputer ce que je n’ai pas écrit.
    R.L.

    Réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *