Une guerre longue

Police et Samu à Saint-Denis (Photo AFP)

Police et Samu à Saint-Denis
(Photo AFP)

Les forces de l’ordre ont lancé ce matin à 4 heures 30 un assaut contre un appartement au centre de Saint-Denis qui a duré sept heures et au terme duquel deux terroristes sont morts, dont l’une s’est suicidée, sept personnes ont été arrêtées et trois policiers ont été légèrement blessés.

LES FORCES de sécurité cherchaient Abdelhamid Abaaoud, considéré comme l’organisateur des terribles attentats de vendredi dernier à Paris. À l’heure où j’écris ces lignes, on ne sait pas s’il se trouvait sur place. Il s’agit d’un djihadiste belge de 28 ans qui s’est radicalisé il y a quelques années au contact de l’État islamique en Syrie. Cette nouvelle bataille entre la police et les terroristes montre que le gouvernement entend cette fois harceler toutes les personnes considérées comme suspectes et ne pas leur laisser de répit. Le fait qu’une femme ait fait exploser sa ceinture d’explosifs indique que tous les terroristes de France s’attendent à être pris à partie à chaque instant. C’est une bonne stratégie du ministère de l’Intérieur qui va chercher les terroristes là où ils se terrent et qui les place ainsi sur la défensive, ce qui les empêche, au moins provisoirement, de se livrer à des attaques contre des sites civils, comme ils l’ont fait le 13 novembre.

L’opinion avec Hollande.

Un sondage publié ce matin par « le Parisien » montre que 73 % des Français estiment que François Hollande a été à la hauteur des événements. Dans cette enquête, les majorités en faveur des mesures annoncées par le gouvernement sont supérieures à 80 %. Le sondage confirme ce que j’écrivais dans mon blog d’hier, à savoir que les Français se réuniraient autour de la personne du chef de l’État. L’opposition de droite, et plus particulièrement Nicolas Sarkozy, reproche à M. Hollande de n’agir qu’après coup et de n’avoir tiré aucune leçon des attentats de janvier dernier. Alain Juppé, au contraire, pense que « la France a besoin d’unité », dans un entretien avec « le Figaro ». En tout cas, personne ne peut nier que, chaque fois que la France passe par une épreuve, le chef de l’État prend l’affaire en main avec sang-froid et déploie ses efforts dans les deux espaces intérieur et international. Il l’a prouvé lors de la guerre du Mali, au moment des attentats de janvier et, encore une fois, après le 13 novembre. Même s’il y a du vrai dans les remarques de M. Sarkozy, tout se passe comme si, loin de reprocher au président de réagir après coup au lieu d’empêcher les attentats, les Français étaient contents de trouver dans sa fonction et son action un élément fort autour duquel ils trouvent un peu d’espoir.
De la même manière, l’opposition reproche à Manuel Valls de répéter que de nouveaux attentats auront lieu en France. M. Juppé lui reproche d’alarmer inutilement les Français. Aussi bien le Premier ministre veut-il dire la vérité, même si elle est terrible, parce que chacun d’entre nous doit participer à la protection de tous et rester vigilant.

Les Russes deviennent nos alliés.

C’est d’autant plus vrai que, du coup, nous sommes devenus les alliés des Russes, qui ont décidé de coopérer militairement avec nous sur le front syrien et dont les bombardements de Rakka, fief de l’État islamique, s’ajoutent aux nôtres, y causant nécessairement d’irréversibles dommages. La coalition internationale contre l’EI n’est plus une hypothèse, elle devient une probabilité. Tout le monde a compris, y compris Vladimir Poutine, que, avant toute chose, il est impératif de se débarrasser de Daech. On n’y parviendra pas par les seuls bombardements, même si les forces de frappe de la Russie et des États-Unis sont bien supérieures à la nôtre. Dans un entretien avec France 2 hier soir, John Kerry, le secrétaire d’État américain, a expliqué les idées de Barack Obama : toute intervention au sol par des forces étrangères est vouée à l’échec, ce qui explique que le président américain n’ait pas envahi la Syrie. Les bombardements doivent être complétés par une offensive terrestre que devront accomplir les parties (arabes ou iraniennes) hostiles à Daech.
Les terroristes de l’État islamique ont donc obtenu gain de cause : le monde les prend très au sérieux et les juge tellement dangereux que les États les plus importants ont décidé de leur livrer une guerre sans merci. C’est quand ils auront perdu cette guerre qu’ils cesseront d’exercer sur une partie déboussolée de la jeunesse des banlieues cet attrait pour la mort qui nous a déjà fait tant de mal.

RICHARD LISCIA

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