La terreur profite au FN

"Le" phénomène politique (Photo AFP)

« Le » phénomène politique
(Photo AFP)

Tous les sondages concordent pour affirmer que les attentats du 13 novembre ont donné un bonus électoral au Front national, dont la dynamique a été accélérée dans les intentions de vote aux élections régionales. Il y a, nous semble-t-il, deux raisons principales à cette évolution : l’excellente performance de Marion Maréchal-Le Pen, qui tient un discours très militant mais dont la phraséologie est contenue, et la très médiocre performance de Nicolas Sarkozy, président des Républicains, qui a un mal croissant à trouver ses marques.

LES ATTENTATS ont aggravé une tendance qui se dessinait avant le 13 novembre. Encouragé par un regain de popularité selon les sondages, M. Sarkozy refuse d’admettre qu’il n’est pas le meilleur leader de la droite, ni pour les régionales, ni pour la présidentielle de 2017. Il réserve ses piques à la gauche au pouvoir alors que le pays se rassemble autour de son président. Il continue à durcir son discours sécuritaire bien qu’il ne puisse pas dépasser le FN dans la surenchère. Le malaise de la droite est palpable, surtout chez ses principaux leaders, par exemple Alain Juppé, qui a voulu, par sincérité, approuver les décisions prises par le président de la République mais qui, du coup, a affaibli les positions de son propre camp. M. Sarkozy pense que, en toute circonstance, il ne faut jamais lâcher M. Hollande et le critiquer quoi qu’il fasse. Il ne convainc pas plus que M. Juppé. En revanche, les têtes de file de la droite aux régionales font un bien meilleur travail.

Bertrand le dos au mur.

Le plus efficace est Xavier Bertrand, qui se bat le dos au mur, mais a trouvé le ton juste, ni hystérique ni indulgent, pour montrer à quels malheurs nous exposerait une victoire du FN. De son côté, en région Paca, Christian Estrosi fait feu de tout bois et a modifié son argumentaire en espérant attirer vers lui les voix de gauche sans lesquelles il sera probablement battu par Marion Maréchal-Le Pen, qui est sans doute le phénomène politique de ces dernières années, ce que l’on doit admettre même si on ne partage pas ses idées.
La droite et le centre craignent fort de ne pas conquérir neuf des treize régions de l’Hexagone. En deça de ce chiffre, elle devra reconnaître que son score est insuffisant. D’ores et déjà, elle est assurée de ne pas remporter le Languedoc-Roussillon, qui ira à la gauche. Elle n’a pratiquement aucune chance de prendre le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, qui sera le nouveau fief de Marine Le Pen. Elle est incertaine en Alsace, probablement battue en Paca. Mais le regain du FN n’en fait pas un parti puissant dans toutes les régions. Il n’en obtiendra, au mieux, que deux. Et la gauche, malgré le rassemblement autour de M. Hollande, ne devrait pas en avoir plus que trois. En fait, la lutte contre l’avènement du FN ne serait efficace que dans le cadre d’une fusion des listes dans les régions où ses chances sont les meilleures. La gauche ne se sent pas en mesure de rejoindre la droite et la droite continue à espérer qu’elle peut gagner seule.

Une répétition de 2017.

C’est reculer pour mieux sauter. Le Front est en train de devenir le premier parti de France. En Paca et dans le Nord, il réunit au second tour, selon les sondages, 40 % des suffrages. En 2017, Marine Le Pen a une très bonne chance de se retrouver au second tour, soit contre le candidat de la droite soit contre l’actuel président de la République. Ce qui glace la droite, c’est la possibilité soudaine qu’elle ne soit pas au second tour, c’est que, après avoir constaté que le FN prenait des voix à la gauche, et notamment dans la classe ouvrière, il en reprend de nouveau à la droite, pour qui, en définitive, les attentats du 13 novembre ont eu, en dehors du mal qu’ils ont fait à la France, un effet négatif.

RICHARD LISCIA

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