Valls, la télé, la polémique

Valls a tenu le choc (Photo AFP)

Valls a tenu le choc
(Photo AFP)

Samedi soir, le Premier ministre, Manuel Valls, était l’invité de « On n’est pas couchés », la célèbre émission de Laurent Ruquier sur France 2. D’habitude, on juge les performances télévisées d’un homme politique sur la qualité de ses propos. Cette fois, on a fait à M. Valls un procès pour la seule raison qu’il a souhaité participer à un programme différent des autres et en général peu adapté à l’examen des dossiers.

« ON N’EST pas couchés » (ONPC) est une foire d’empoigne. L’idée majeure de l’émission, c’est la mise à mort de l’invité. Les journalistes chargés de le questionner visent moins à lui faire dire des choses intéressantes qu’à l’entraîner dans la spirale de ses contradictions, à le provoquer, à lui poser des questions si tendancieuses qu’elles le mettent en colère et le poussent à la faute. La télé s’est transformée depuis longtemps en arène ou mieux, en cirque, et elle a repris à son compte la notion du gladiateur censée vaincre ou périr. Je regarde quelquefois ONPC, surtout quand je n’ai pas sommeil. Je reconnais qu’on y voit et entend des choses qui stimulent l’esprit, réveillent, indignent. Mais l’émission n’apporte rien à la connaissance tant les vues exprimées par les uns ou par les autres sont excessives, donc insignifiantes.

Valls a gardé son sang-froid.

Pour toutes ces raisons, le Premier ministre aurait dû éviter de participer à l’émission. Il a voulu démontrer qu’il ne se laisserait pas déstabiliser, lui qui s’abandonne souvent à la colère dans l’hémicycle. Face à Jean d’Ormesson qui, malgré tout ce qu’il nous dit du bonheur de vivre, peut être très méchant, Manuel Valls n’a pas perdu son sang-froid. Ce qui est extraordinaire, en revanche, c’est qu’il ait été si abondamment critiqué pour s’être rendu à ONPC. Quatre-vingt-sept pour cent des lecteurs du « Figaro » le lui ont reproché. C’est une bien singulière conception de la liberté, celle qui dit aux gens, y compris les plus puissants de la société, ce qu’ils doivent faire. Nous n’arrêtons pas d’exalter notre démocratie, de montrer en quoi elle nous rend différents de tous les systèmes arbitraires ou totalitaires, de répéter ce qu’il y a de merveilleux à s’habiller comme on a envie, à manger ce que l’on veut, à exprimer des opinions tranchées ; et puis, face au choix d’un chef de gouvernement, nous en serions presque à lui dicter les convenances qu’il doit respecter.

Ce qu’il lui plaît, c’est le défi.

M. Valls avait d’autant plus raison d’aller à l’émission qu’il ne s’en est pas trop mal tiré et qu’il a recueilli une vaste audience. Qu’il ait défendu bec et ongles la déchéance de nationalité est infiniment moins important : quelque 90 % des Français sont d’accord avec cette mesure. Au fond, ce qui lui plaît dans ONPC, c’est le défi, qu’il a su relever sans encourir le moindre dommage. Si M. Ruquier et ses camarades sont capables de passer un invité à la lessiveuse, on n’a jamais vu que les écrivains qu’ils assaillent ne vendent pas leurs livres, que les P-DG qu’ils agressent sont virés de leur poste, que les hommes politiques qu’ils convoquent parfois sont disqualifiés par la conversation empoisonnée qu’ils engagent avec eux. L’essentiel, en somme, c’est de paraître et peu importe le mal que l’on dit de vous. La vérité est toute simple : l’émission marche très fort parce qu’elle est éminemment provocatrice; elle durera aussi longtemps qu’elle séduira un public assez large ; elle ne change rien au destin des hommes ou des femmes qu’elle invite, qu’elle les assassine ou qu’elle les encense. C’est un sorte d’épisode télévisuel compliqué, à plusieurs tiroirs, qui prend son temps, et tout ce qui s’y dit aboutit à un résultat nul. Je ne vois aucun inconvénient à ce que s’y rendent les chefs de gouvernement et même, si ça les tente, les présidents. Je ne me crois pas obligé de rapporter les querelles artificielles que M. Ruquier provoque avec une visible délectation. Je sais par expérience que, chaque fois que le journalisme se laisse contaminer par le vedettariat et, pire, par l’entertainment, il dépérit.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Valls, la télé, la polémique

  1. Michel de Guibert dit :

    De mon point de vue, cette émission spectacle n’est pas digne de la fonction présidentielle ou de celle d’un premier ministre, un point c’est tout, et y aller contribue à renforcer le discrédit du politique, ce dont notre pays n’a vraiment pas besoin.

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