La dernière carte de Hollande

Le président joue son va-tout (Photo AFP)

Le président joue son va-tout
(Photo AFP)

On peut trouver beaucoup de défauts à la gestion de l’économie par François Hollande, on ne peut nier la ténacité du président. Lundi dernier, il a abattu sa dernière carte : un plan pour réduire le chômage. De la réussite de ce plan dépend sa candidature à un second mandat. S’il échoue, il ne se présentera pas de nouveau.

DEUX MILLE euros pour une embauche jusqu’à 1,3 Smic, assouplissement du temps de travail, confirmation de l’effort en faveur de la formation (jusqu’à 500 000 postes), montant plus faible des heures supplémentaires, CICE (crédit impôt compétitivité emploi) pérennisé, une dépense de deux milliards qui seront financés par les économies : le chef de l’État a annoncé des mesures qui expriment à la fois le volontarisme de l’État en matière de chômage et le recours à des mesures plutôt libérales. Avant même qu’il ne fût exposé, ce plan a fait l’objet de nombreuses critiques. Pour les uns, il se contente de mettre en formation un demi-million de chômeurs qui disparaîtront ainsi des statistiques, ce qui permettra à M. Hollande de prétendre qu’il a inversé la courbe du chômage, fût-ce artificiellement ; pour d’autres, le président ne pense qu’à préparer sa candidature à un second mandat ; pour beaucoup, il manque au dispositif le choc réformiste, par exemple le renoncement à la semaine de trente-cinq heures et une baisse des charges compensée par une hausse de la TVA.

Préserver le mythe des 35 heures.

Toutes ces critiques sont fondées, mais M. Hollande est comme la plus belle fille du monde, qui ne peut donner que ce qu’elle a. Il ne peut pas, parce qu’il est censé représenter la gauche, s’attaquer au mythe des 35 heures. Ses rapports avec la gauche de la gauche ne l’autorisent pas à adopter des mesures inspirées par les seules lois de marché. Il nous sert donc ce qu’il sait faire de mieux, un panachage composé de dispositions empruntées à diverses écoles économiques. Les partisans d’une réforme draconienne, comme ceux du retour aux fondamentaux de la gauche, ne seront donc pas satisfaits. Mais il suffit pas de dénoncer la manœuvre consistant à retirer des chômeurs des statistiques pour affaiblir le président : ceux qui, grâce à la formation, auront échappé au chômage s’en satisferont et le diront. La question de porte pas, aux yeux du public, sur la méthode, mais sur les résultats. M. Hollande se bat pour pouvoir exciper, dans un an, de chiffres meilleurs.

Tôt ou tard, il faudra être réaliste.

Sa détermination n’enlève sans doute rien au désespoir qu’il ressent devant une crise qui se prolonge en France alors qu’elle recule dans tout le monde industrialisé. Tous ses efforts, pour l’emploi, pour la sécurité, pour la défense du pays sur les théâtres étrangers n’empêchent pas sa popularité d’être au plus bas. Ils n’empêchent pas l’opinion de souhaiter qu’il renonce, d’exiger des candidats neufs (Nicolas Sarkozy subit le même ostracisme), d’imaginer, si l’on en croit les sondages, que le jeune Emmanuel Macron soit candidat, ce qui, à n’en pas douter, doit inquiéter Manuel Valls. La résistance du président face à l’adversité l’honore. Mais le réalisme finira, si son impopularité persiste, par le contraindre soit à prendre le risque de se présenter pour être battu, soit à se retirer de la course. Les Français, en effet, ne veulent pas que se reproduise le cas de figure de 2012, avec le trio Hollande-Sarkozy-Le Pen. Ils estiment que ni l’ancien président, largement distancé par Alain Juppé, ni l’actuel, incapable de redresser la situation économique et sociale, ne doivent se porter candidats.

Rien n’est joué.

L’argument en faveur de MM. Hollande et Sarkozy est celui des références historiques : les sondages d’aujourd’hui ne disent rien de ce qui pourrait arriver dans un mois, dans un an. On cite le cas d’Édouard Balladur, donné gagnant jusqu’au début de 2002, puis soudainement en perte de vitesse face à Jacques Chirac et finalement coiffé au poteau du premier tour. Mais M. Sarkozy souffre de ce que la fraction du peuple qui ne le supporte plus augmente tandis que diminue le noyau de ses fidèles. Quant à M. Hollande, il est combattu par toute la droite, bien sûr, mais aussi au sein de son propre camp. Il a commis une erreur insigne avec la déchéance de nationalité car, si elle est approuvée par une très grosse majorité de Français, elle est condidérée comme une provocation par cette gauche de la gauche dont le président de la République a infiniment besoin s’il veut atteindre un certain pourcentage de votes favorables. Il semblait capable d’apaiser son opposition interne, voilà qu’il la rassemble de nouveau contre lui.

RICHARD LISCIA

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