Hollande sur trois fronts

Hollande pense avoir une majorité pour la sécurité (Photo AFP)

Hollande pense avoir une majorité pour la sécurité
(Photo AFP)

Incarné par Manuel Valls, l’autoritarisme du gouvernement se heurte à trois obstacles qui n’ont rien à voir avec la gestion de l’économie: la laïcité, l’état d’urgence et la déchéance de nationalité. La politique du président de la République dans ces trois domaines menace en effet ce qu’il reste de cohésion à la majorité.

LE GOUVERNEMENT dispose d’un Observatoire de la laïcité dirigé par un ancien conseiller de Mitterrand, Jean-Louis Bianco. M. Bianco applique à la lettre le principe essentiel de laïcité, qui consiste à offrir la liberté de culte à tous les citoyens. L’Observatoire a lancé un appel contre le terrorisme signé notamment par des organisations peut-être plus orientées vers la défense de l’islam que vers le « vivre-ensemble ». M. Valls n’a pas craint de s’en prendre à M. Bianco, puis à Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire ; M. Cadène a récemment attaqué l’écrivaine Elisabeth Badinter pour ses prises de position en faveur d’une laïcité qui nomme les dangers auxquels elle est exposée par des coutumes qui ne la respecteraient guère. Bref, le Premier ministre croit déceler à l’Observatoire une dérive qui favoriserait l’expansion d’un islam « dur ». Interrogé par « le Monde », Jean-Louis Bianco a, de son côté, évoqué une « réaction laïciste intégriste » qui se développerait en France.

Harceler les terroristes pour empêcher les attentats.

Il en va de même pour la prolongation de l’état d’urgence et de la laïcité. Les associations sont nombreuses à dire que tous les effets de l’état d’urgence ont été obtenus, qu’il est inutile de le prolonger car les milieux terroristes se sont déjà adaptés à la nouvelle situation et que la surprise des premiers jours ne joue plus. Le gouvernement répond que le harcèlement systématique de tous ceux qui pourraient êtres mêlés de près ou de loin à une activité terroriste les empêche d’agir. Comme pour la déchéance de nationalité, le dilemme se situe entre libertés et sécurité. Les élus ou organismes qui s’opposent à la réduction des libertés en France, en soulignant notamment que des dispositions adoptées aujourd’hui pourraient dans l’avenir être mal utilisées, par exemple si le Front national prenait le pouvoir, mettent l’accent sur la préservation des préceptes démocratiques qui nous gouvernent alors que l’exécutif, lui, insiste sur la sécurité.

Toutes les raisons d’être sur le qui-vive.

Il le fait certes parce qu’il a toutes les raisons d’être sur le qui-vive mais aussi parce qu’il craint que de nouveaux attentats aggravent son bilan, déjà médiocre. Les pouvoirs publics ne peuvent pas se contenter de réagir avec humanisme aux conséquences dévastatrices des attentats. Tôt ou tard, l’opinion leur demandera de les empêcher quoi qu’il en coûte. Les critiques adressées à ce qui serait une frénésie sécuritaire seraient vite balayées par un nouveau désastre comparable à celui du 13 novembre dernier. C’est aussi la raison pour laquelle des élus de gauche et les associations qui défendent les droits de l’homme s’efforcent de démontrer l’inefficacité des mesures exceptionnelles bien plus qu’elles ne brandissent l’étendard des libertés. MM. Hollande et Valls pensent, à tort ou à raison, qu’ils jouent sur du velours, que la polémique n’existe que parce qu’il y aura toujours des gens, en France, pour dénoncer toute évolution de notre droit dans une direction susceptible de porter atteinte à la démocratie, qu’il existe une majorité forte en faveur d’une laïcité intransigeante, de la déchéance de nationalité et d’un état d’urgence qui doit durer aussi longtemps que pèsera la menace terroriste sur notre pays.
Le couple exécutif revendique sans complexe des méthodes inspirées par une logique droitière. On sait déjà que la déchéance de nationalité pour les binationaux convaincus de terrorisme sera votée par la droite, sous un certain nombre de conditions, mais qu’il manquera de nombreux suffrages au vote de la gauche. Le chef de l’État, critiqué parce que sa politique économique n’a pas obtenu les résultats escomptés, doit de nouveau se battre contre son propre camp pour lui imposer sa politique sécuritaire.

RICHARD LISCIA

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