La grève de trop

Taxis en grève à Paris aujourd'hui (Photo AFP)

Taxis en grève à Paris aujourd’hui
(Photo AFP)

Toujours mécontents de la concurrence de Uber, les chauffeurs de taxis ont relancé leur mouvement aujourd’hui en bloquant divers accès aux grandes villes. Il y a des violences, dénoncées par Manuel Valls, et une vingtaine d’interpellations. Le Premier ministre a néanmoins reçu une délégation des grévistes.

CETTE CRISE interminable des taxis représente l’un de ces mystères sociaux qui ne se produisent qu’en France. La loi Thévenoud a été adoptée pour mettre un terme au conflit. Les chauffeurs affirment qu’elle n’est pas appliquée. Comment une loi peut être contournée dans un État de droit, voilà où se situe l’énigme. Pourquoi le pays doit-il endurer, à intervalles réguliers, de pénibles nuisances de la circulation qui affaiblissent son économie, alors que la négociation syndicale devrait prévenir la grève ? Ce 26 janvier est particulièrement exaspérant avec la grève des fonctionnaires et des contrôleurs aériens (qui perturbe les voyages en avion). Les usagers se montrent compréhensifs, les taxis sont sûrs de leur bon droit, le gouvernement laisse courir. Il n’est certes pas le premier à affronter une ou plusieurs grèves concomitantes. En réalité, l’idée émise naguère et partiellement appliquée du service minimum n’a pas été suivie d’effet dans notre pays. À toute grève s’ajoutent des perturbations dans d’autres secteurs de l’économie qui ne concernent pas toujours les grévistes. La solidarité sociale n’enlève rien aux désagréments.

Des injustices qui demeurent.

On nous dit avec grandiloquence que la grève des taxis traduit la lente disparition d’une ancienne économie et le non moins lent avènement de la nouvelle. C’est très possible, mais le phénomène s’accompagne d’injustices que le gouvernement n’a pas su corriger. Il n’y a pas de bonne raison pour qu’un système de transport privé obéisse à toutes les règles fiscales et pas celui qui est destiné à le remplacer, et exerce ainsi une concurrence illégale. La question centrale de la licence des chauffeurs de taxi, qui représente une somme considérable, parfois plus de 200 000 euros, n’est toujours pas réglée. Les chauffeurs d’Uber n’ont pas besoin de payer cette licence. S’ils y étaient contraints, leur système ne serait pas viable. S’ils n’y sont pas contraints, les chauffeurs de taxi classiques doivent être remboursés. Bien entendu, l’État n’a nullement l’intention de débourser des centaines de millions pour satisfaire les grévistes. Tant qu’il ne décidera pas dans le sens de l’abolition de la licence ou dans celui de la licence pour tous, le conflit ne sera jamais résolu. Il y a eu de nombreuses grèves à ce sujet, il y en aura d’autres.

La tactique du pourrissement.

L’indécision de l’État (qui s’explique par des préoccupations d’ordre financier), la liberté de tout gréviste d’empêcher les autres de vivre, l’apparition sauvage d’un système de transport qui pose diverses questions de sécurité, de contrôle et d’impôts, s’expliquent peut-être par le changement du monde, mais elles démontrent surtout un inquiétant affaiblissement des pouvoirs publics face à des crises sur lesquelles ils ont eu le temps de réfléchir, sur lesquelles la représentation nationale a légiféré, et dont les tenants et les aboutissants sont connus de tous. Le seul vrai choix qu’ont fait nos dirigeants, c’est de laisser pourrir la situation. C’est triste.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à La grève de trop

  1. phban dit :

    Pour information, le rachat des licences des taxis aurait un coût pour l’état de l’ordre de 8 milliards d’euros, il y a de quoi hésiter, effectivement !

  2. bibi001 dit :

    Ce qui est triste : une clientèle de medecin, d’ailleurs très dévaluée, ne vaut pas une licence de taxi.
    Et qui donc a créé cette sorte de pas-de-porte en forme de dessous-de-table « légal », sinon l’Etat lui-même? Qu’il rembourse les taxis, c’est justice.

  3. THHost dit :

    Pour une licence donnée gratuitement par les services préfectoraux et que les taxis se sont revendus ensuite à des prix de plus en plus délirants ? Sans compter les entreprises de taxis (connivence du propriétaire et d’un chef de cabinet de la présidence, ah c’est la même personne). Pourquoi, l’Etat, c’est à dire nous, devrions payer?

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