Merkel consacre la Turquie

Un effort coûteux pour ralentir le flux migratoire (Photo AFP)

Un effort coûteux pour ralentir le flux migratoire
(Photo AFP)

La chancelière allemande, Angela Merkel, a trouvé une solution au problème des réfugiés et s’efforce de l’appliquer contre vents et marées. Pour six milliards d’euros, les Turcs acceptent de reprendre les migrants refusés par l’Europe qui absorbera en revanche ceux qui ont prouvé qu’ils ont le droit d’asile.

MME MERKEL va associer aujourd’hui et demain ses partenaires européens à une démarche qu’elle a lancée dans le plus grand secret il y a quelques semaines mais qui ne rencontre aucune résistance sérieuse au sein de l’Union. Elle a contribué à l’aggravation du problème de l’immigration en ouvrant les bras à tous les exilés venus d’Orient et d’Afrique. Elle a ainsi amorcé une énorme pompe d’aspiration de ces malheureux et soulevé en Allemagne un si fort mécontentement que le parti d’extrême droite AfD, Alternative für Deutschland, a fait un score remarquable à l’occasion d’élections dans trois Länder. « Nous poursuivrons notre politique d’immigration » a-t-elle déclaré bravement le soir de la défaite de son parti, la CDU-CSU. Sauf que, visiblement, elle a changé de programme : il ne s’agit plus, pour l’Allemagne de recevoir sans contrôle le flux de migrants, pour la plupart séduits par ce pays, son confort, ses moyens et par la qualité de l’accueil. Il s’agit de faire de la Turquie une immense base de triage vers laquelle les immigrés économiques seraient refoulés et où les autres attendraient que soit examiné leur droit d’asile.

La Turquie contre tous.

En France, personne ne s’est privé de critiquer la chancelière, y compris au sein du gouvernement qui n’a pas manqué de souligner les risques de l’attitude humaniste adoptée par Angela Merkel, puis l’inconvénient de négocier avec la Turquie qui veut tirer profit de la conjoncture pour gagner de l’argent, apparaître comme un partenaire européen indispensable et relancer les négociations pour son adhésion à l’Union européenne. Malheureusement, le président turc, Recep Yassip Erdogan, a donné ces derniers mois, des signes dangereux de son impatience et de son intolérance. Non seulement il a arrêté les pourparlers avec les Kurdes, mais il a utilisé le chaos syrien pour les bombarder frénétiquement et impunément. Son absence de sang-froid a conduit M. Erdogan à faire abattre un avion russe qui aurait violé son espace aérien. Incident qui laissera des traces, car Vladimir Poutine n’est pas homme à encaisser sans broncher une telle déconvenue. Le jeu spécifique de la Turquie complique la guerre d’Irak et de Syrie où chaque belligérant a un agenda différent des autres. Ankara se bat à la fois contre Daech, les Kurdes, l’Iran et la Russie. Son avantage, c’est son appartenance à l’OTAN et ses liens avec l’Europe qui permettent à Erdogan de faire ce que bon lui semble.

Soyons humains mais lucides.

Fallait-il donner de tels gages à un ami aussi capricieux et imprévisible ? Mme Merkel peut toujours répondre que la crise migratoire est trop grave, qu’elle fait peser sur l’Europe un danger trop sérieux pour que l’Union européenne n’accorde pas à la Turquie le statut privilégié auquel celle-ci aspire si c’est un moyen de tarir le flot des migrants. Certes. Mais peut-être aurait-elle dû commencer par ne pas encourager l’émigration des Syriens, Irakiens et autres Afghans en les accueillant avec enthousiasme. Dans cette crise, il y a deux aspects : le premier est humanitaire. L’Europe ne serait pas restée ce qu’elle est, un havre de démocratie, si elle avait repoussé les migrants par la violence ou si elle avait laissé se former un peu partout des cancers comme Calais. C’est le réalisme pur et simple qui commande la mise en place d’un programme d’accueil à l’échelle de l’UE. Il ne nous appartient pas de renvoyer à la mort des gens qui ne viennent en Europe que pour survivre, pas plus que nous aurions le droit d’abandonner les migrants à l’abjection des camps de fortune. Le deuxième aspect, c’est que l’élan humanitaire doit être tempéré par le réalisme. L’Europe est aujourd’hui trop fragile pour ne pas se protéger contre une émigration (d’ailleurs voulue par Daech) qui menace forcément le tissu social du continent.
Angela Merkel, qui a été si dure dans les négociations avec la Grèce sur la faillite financière de ce pays, a pris la mesure de la crise supplémentaire provoquée dans ce pays par des dizaines de milliers d’immigrés bloqués dans les parcs et les rues d’Athènes par la fermeture des frontières des pays qui jalonnent le parcours qui va de la mer Égée à l’Allemagne et à la Suède. Hier encore intraitable sur l’endettement de la Grèce, Mme Merkel est devenue la meilleure alliée d’Alexis Tsipras. Ainsi va la vie. Les solutions inventées par la chancelière favorisent trop la Turquie, mais si elles freinent le mouvement migratoire, l’Europe s’en contentera.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Merkel consacre la Turquie

  1. lionel dit :

    Si l’Europe se contente de cette situation c’est une honte.
    Une fois de plus Angela Merkel gouverne sous le coup de l’émotion : après la catastrophe de Fukushima elle fait sortir son pays du nucléaire pour le remplacer par le charbon ce qui comme tout le monde le sait est une énergie d’avenir…Non contente d’avoir pu délocaliser moins cher que dans le Sud-Est Asiatique avec l’entrée massive de nombreux pays (pratiquement tous germanophones) de l’Est dans l’Union entre 2004 et 2007, elle a pensé naïvement compenser son manque de main d’œuvre par l’annonce de l’accueil d’un million de migrants au risque de déstabiliser gravement la société allemande. Et maintenant, voyant le chaos qu’elle a engendré et qu’elle n’assume pas, elle veut collégialement faire payer aux pays de l’Union l’hospitalité turque envers les migrants tout en acceptant un assouplissement énorme pour l’entrée dans l’Union d’un pays qui pour son immense majorité territoriale n’appartient pas au continent Européen. Elle pactise avec un pays qui jouait double-jeu avec l’Etat islamique et qui, sans le pragmatisme russe, aurait continué.
    Bien sûr, je ne suis pas insensible à la détresse de ces milliers de personnes fuyant l’horreur et la désolation mais ils sont les habitants de la Syrie et notre devoir est de les aider à la libérer afin qu’ils puissent y retourner vivre en paix plutôt que de leur faire croire que nous pouvons les accueillir décemment.

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