Sectarisme pas mort

Alain Finkielkraut (Photo AFP)

Alain Finkielkraut
(Photo AFP)

L’académicien Alain Finkielkraut, qui s’est rendu dimanche place de la République à Paris pour entendre quelques intervenants et se faire une idée de ce que représente le mouvement « Nuit debout », a été chassé par des manifestants, qui l’ont traité de « xénophobe » et craché sur lui.

POURTANT, les personnes qui occupent la place avaient écouté religieusement l’ancien ministre grec de l’Économie, Yanis Varoufakis, connu pour ses positions extrêmes : il estime que la Grèce ne doit pas rembourser sa dette et il rejette le plan d’austérité qu’a accepté son ancien ami, Alexis Tsipras. M. Finkielkraut, pour sa part, n’avait pas l’intention de haranguer la foule. Il voulait seulement s’informer sur ce qui se dit place de la République. Il aura compris à ses dépens que « Nuit debout », c’est un seul son de cloche et que, l’audience se complaisant dans un discours à sens unique, elle craint tellement les avis inverses qu’elle se débarrasse de ceux qui les portent avant même qu’ils ne se soient exprimés.

Dans l’agora de la parole libre, on a empêché quelqu’un de parler.

Cela fait des semaines qu’on célèbre la « qualité » de ce mouvement, en dépit des désordres et des violences qu’il entraîne. Le gouvernement, qui veut passer pour un rempart contre les difficultés de la jeunesse sans pour autant la sortir du marasme où elle se morfond depuis trente ans, a pratiquement laissé faire, tout en jurant qu’il arrêterait les casseurs. Un consensus national s’est formé autour de ces jeunes qui sont tous les enfants de parents inquiets et aimants, de la nouveauté du mouvement, de l’originalité de la méthode ; et vous ne trouverez pratiquement personne, même dans l’opposition, pour critiquer « Nuit debout ». Or il vient de se produire un acte de forfaiture. Dans l’agora de la parole libre, on a empêché un homme de parler. Jeunes ou pas jeunes, étudiants ou chômeurs, il n’y a eu personne pour protéger M. Finkielkraut, victime d’accusations absurdes qui montrent bien le degré d’ignorance de la foule qui traîne place de la République. Il n’y a eu personne pour montrer qu’en le chassant, le mouvement s’auto-disqualifiait. Pire, pour ajouter l’ignoble au scandale, François Ruffin, l’un des promoteurs du mouvement, avec un courage inouï, s’abrite derrière un « je ne suis au courant de rien », pendant que Pierre Laurent (PCF) trouve des excuses à ceux qui ont si mal réagi à la présence de M. Finkielkraut et que Julien Bayou, porte-parole d’EELV, nous raconte doctement que « Nuit debout est le symptôme d’un rejet du système politico-médiatique et qu’il le veuille ou non, Finkielkraut incarne ce système ». Remarque scandaleuse, puisque l’académicien, écrivain, philosophe et enseignant a pratiquement consacré sa vie à la remise en cause du système éducatif français.

La vérité finira par s’imposer.

Ce qui est incroyable, c’est que tous ces braves gens n’ont cessé de nous dire qu’ils représentent la démocratie beaucoup mieux que les élus. Ils ont à peine commencé à se réunir qu’ils établissaient toutes sortes de règlements (temps de parole, présence comptée des photographes) et piétinaient une des libertés garanties par la démocratie. Une immense hypocrisie règne sur la place de la République : celle de la gauche présidentielle qui n’ose pas dire qu’elle a peur du mouvement et le supporte en espérant au fond d’elle-même qu’il finira par s’éteindre tout seul ; celle de l’opposition qui retient ses coups parce que les jeunes sont les enfants de leurs parents qui votent à droite ; celle des surfeurs professionnels du radicalisme qui glissent sur la vague pour en atteindre la crête, et qui, pour rien au monde, n’iraient dire leurs quatre vérités à ces nouveaux militants de la parole permise et de la parole interdite parce qu’ils espèrent bien qu’il vont plonger le pays dans un mai-68 bis.
Hypocrisie et mensonge : « Nuit debout » est né du premier texte de loi qui changeait enfin le code du travail en France. Ce document, éminemment réformateur, a fait hurler les frondeurs, l’extrême-gauche et tous ceux dont l’ultra-conservatisme est devenu la seconde nature sous prétexte que le changement serait forcément de droite, de la même manière que M. Finkielkraut est nécessairement « réactionnaire » et que sont des champions de la liberté ceux qui l’ont chassé. Mensonge donc, mais la vérité finira un jour par s’imposer. Tous les Varoufakis du monde n’empêcheront pas que le seul moyen d’ouvrir l’accès du travail aux jeunes passe par la liberté de licencier ceux qui se terrent dans leur CDI.

RICHARD LISCIA

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5 réponses à Sectarisme pas mort

  1. Michel de Guibert dit :

    « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », c’était déjà le slogan en mai 1968…

  2. Michel de Guibert dit :

    L’idée de parole libre était en soi une idée porteuse, quoique la nouveauté du mouvement et l’originalité de la méthode en reviennent plus au mouvement des « Veilleurs » qu’au mouvement « Nuit debout ».
    « Nuit debout » se disqualifie aujourd’hui par son sectarisme, là où les « Veilleurs », dans un autre contexte, ont fait preuve de bien davantage d’ouverture et révélé la solidité de leur expérience originale, quoique moins médiatisée.

  3. Num dit :

    Ce mouvement est une imposture qui vient de révéler sa vraie nature.
    Il ne représente en rien la jeunesse (d’ailleurs les participants sont ils rellement des jeunes?). On y retrouve les habitués des ZAD, le jeunes communistes et environnementistes radiaux, les antimondialistes, quelques intermittents du spectacles, etc. Bref, rien de spontané, rien de d’innovant, toujours les mêmes profiteurs du système mais toujours prompts à le dénoncer.
    Il n’y a que nos braves médias pour s’illusionner. Heureusement, Richard Liscia n’est pas dupe.

  4. L’aveuglement des « jeunes » est tel qu’ils en arrivent à se tirer allègrement une balle dans le pied…

  5. Lefrançois dit :

    Ce mouvement, bien ressemblant aux délires de mai 68, manipulé et encensé par les bobos socialo-gauchisants, montre dans ce comportement envers Alain Finkelkraut ce qu’il est réellement : une nouvelle dictature de l’intolérance.
    Pauvre France,
    et honte aux acteurs de ces comportements inadmissibles, dont je (pré)suppose qu’ils écouteraient attentivement et respectueusement les prédicateurs salafistes…
    Dr Jérôme Lefrançois

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