À gauche, toute !

Valls  : adieu les réformes ! (Photo AFP)

Valls : adieu les réformes !
(Photo AFP)

Ce matin, sur France Info, Manuel Valls répondait à Pierre Gattaz qui, au nom du Medef, a rejeté la nouvelle mouture de la loi Travail et annoncé que le Medef, si on lui imposait le texte tel qu’il a été amendé, se retirerait de la négociation sur l’assurance chômage.

POUR LE PREMIER MINISTRE, ce fut l’occasion de donner un grand coup de barre à gauche. Autrement dit, non seulement il n’est plus question de réformer le code du travail dans un sens qui aurait favorisé à la fois l’emploi et le licenciement, mais M. Valls a lancé un appel à la mobilisation de toute la gauche derrière François Hollande pour gagner les élections de 2017. Cela revient à renoncer aux réformes capables de donner un coup de fouet à notre économie, car la majorité actuelle ne peut pas retrouver une dynamique politique à gauche si elle ne satisfait pas les électeurs de 2012 que François Hollande a déçus. Et ce qu’ils lui demandent, pour autant qu’ils auraient encore confiance en lui, c’est plus de dépense publique en faveur des défavorisés, la méthode qui a envoyé l’économie dans une impasse.

L’ISF sera maintenu.

Pour faire bon poids, M. Valls a recadré le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, qui continue à faire cavalier seul et vient de proposer la suppression de l’impôt sur la fortune en échange d’une hausse des droits de succession. « Ce serait une faute », s’est exclamé le chef du gouvernement, qui parle au nom de sa propre logique. On ne peut pas augmenter les minima sociaux, dit-il en substance, et se priver de la recette de l’ISF. C’est un tournant dans l’action du Premier ministre, qui a renoncé à libéraliser l’économie, s’apprête à donner des gages substantiels à la gauche et espère reconstruire un socle sur lequel le président de la République pourrait s’appuyer pour faire bonne figure lors de l’élection présidentielle de 2017.

Au sujet du « cadeau » aux entreprises.

Pourtant, M. Valls comprend dans son for intérieur que, en cédant aux syndicats au sujet de la loi Travail, il indispose le patronat. Ce n’est pas que celui-ci ait, à ce jour, grandement contribué à la réduction du chômage. L’époque où Pierre Gattaz se promenait en ville avec un pin’s sur sa boutonnière évoquant la création d’un million d’emplois est révolue. M. Valls se félicite des résultats du CICE qui a permis aux entreprises de reconstituer leurs marges, mais il a omis de dire que la baisse du coût du travail ainsi réalisée n’a jamais été un « cadeau », comme l’affirme la gauche toutes tendances confondues, mais l’abandon de charges nouvelles imposées par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Tout ce que l’on peut dire, c’est que le Medef n’a pris aucun risque au nom de la lutte contre le chômage, qui reste pourtant la tare première de notre économie.
M. Valls va plus loin en demandant à la gauche « d’être fière de l’action qui a été menée » par son gouvernement. Ce qui veut dire qu’après avoir incarné la deuxième gauche, celle du social-libéralisme, si mal perçu au PS et dans les mouvements d’extrême gauche, il tente de se faire passer pour le digne héritier de l’idéologie socialiste la plus pure. On ne lui reprochera pas de tout tenter pour rendre à son gouvernement et surtout au président un peu d’autorité, mais on a beaucoup de mal à y croire. Valls, à mon avis, aurait mieux fait de persévérer dans le vallsisme. Par fidélité à M. Hollande, il préfère obéir à ses injonctions contradictoires. Tous les acteurs de la politique nous parlent de l’intérêt général, tous agissent dans l’intérêt de leur paroisse.

RICHARD LISCIA

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