Les chances d’Hillary

La victoire est à sa portée (Photo AFP)

La victoire est à sa portée
(Photo AFP)

La primaire de l’État de New York a confirmé à la fois l’avance de Hillary Clinton sur Bernie Sanders et celle de Donald Trump sur Ted Cruz et John Kasich. Mais, pour aucun des candidats, les primaires n’auront été une partie de plaisir et des surprises peuvent encore se produire.

LES PRIMAIRES de 2016 ont produit deux phénomènes inattendus : la percée du magnat de l’immobilier Donald Trump, qui conduit une campagne extraordinairement agressive et vulgaire, avec un succès qui en dit long sur le désarroi de l’opinion américaine, et celle du sénateur du Vermont, Bernie Sanders, qui se déclare socialiste au paradis du capitalisme et réclame des réformes propres à rétablir l’équité dans les relations sociales. M. Trump caracole sur la crête du populisme. Il s’adresse à une foule qui n’aime pas les nuances et entend être rassurée sur son statut. Il s’agit d’un électorat qui craint la montée des minorités et le déclassement social. À l’opposé du spectre politique, M. Sanders souhaite museler les banques et les grands groupes et procéder, par le biais des impôts, à une vaste redistribution des immenses ressources des États-Unis.

Un vieux soixante-huitard.

M. Sanders, qui a 74 ans, est un pur produit de la révolution morale de 1968. Contrairement aux gens de sa génération, il n’a pas changé de point de vue et, s’il est parvenu à une situation estimable, il n’a jamais cédé sur ses principes. Les remèdes qu’il propose à une société en crise, malgré le plein emploi et à cause d’inégalités croissantes, ne sont pas délirants. L’Amérique d’Obama souffre d’un endettement énorme, de distorsions scandaleuses entre les revenus, et d’un appauvrissement de la classe moyenne. En même temps, le rêve américain se poursuit, avec une démographie qui augmente la visibilité des minorités, notamment les Noirs, mais surtout les Latinos, qui représentent une force électorale considérable.
L’erreur historique du parti républicain, dont M. Trump est aujourd’hui l’homme-lige, c’est de n’avoir pas compris ou pas voulu comprendre que l’addition de plusieurs minorités, Noirs, hispaniques, femmes, fait une majorité. En s’orientant vers un extrémisme qui fait du libéralisme économique et du conservatisme moral l’alpha et l’oméga de la droite, le « Grand Old Party » s’est coupé durablement d’une fraction essentielle de l’électorat. Aujourd’hui, vouloir gouverner sans les femmes, sans les Noirs et sans les Latinos est impossible. La direction du parti en est parfaitement consciente, mais elle est débordée par le Tea Party, qui a produit son lot de démagogues, et elle ne parvient pas à contrôler la poussée du populisme. Un exemple : Ted Cruz n’est pas une alternative acceptable à Donald Trump, il est aussi inquiétant que lui avec sa foi évangélique qui se substitue à tout diagnostic des dysfonctionnements de la société américaine et sa manière de voir les minorités comme un danger. On sait que, historiquement, les primaires ont sacré des candidats qui ont été balayés aux élections présidentielle ou législatives et il n’est pas impossible que, dans quelques mois M. Trump ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Mais croire que M. Cruz est capable d’apporter au parti républicain le souffle irrésistible qui le conduirait à la victoire est une illusion.

Un homme qui compte.

En revanche, M. Sanders a fait une campagne remarquable et se posera, jusqu’au terme des primaires, comme un homme avec lequel le parti démocrate devra compter. Dans la dénonciation des oligarques et ploutocrates, dans la défense de l’assurance maladie et des retraites, il va beaucoup plus loin que Barack Obama, qui, pourtant, n’a appliqué ses réformes que pour subir un tir de barrage incessant du parti républicain, lequel lui nie même le droit de légiférer. Hillary Clinton va sans doute gagner contre Sanders et contre le candidat républicain et, si elle l’emporte, elle assurera la stabilité et l’équilibre de la politique américaine. Elle ne peut pas ignorer néanmoins l’irruption des idées de M. Sanders parce qu’elles sont toutes marquées au coin du bon sens. Autant la France a besoin de réformes libérales capables de relancer la croissance, autant les États-Unis ont besoin de réformes sociales qui renforcent les moyens du gouvernement fédéral et assurent la redistribution des richesses.

RICHARD LISCIA

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