Hollande veut un cessez-le-feu

Il joue son va-tout (Photo AFP)

Il joue son va-tout
(Photo AFP)

Une vingtaine de ministres sont convoqués ce soir à la faculté de médecine de Paris pour défendre, devant les militants PS, le bilan du gouvernement et réclamer la fin des querelles qui minent le parti et font courir un gros risque à la gauche lors des élections présidentielle et législatives de l’an prochain.

UN SLOGAN a été inventé : « Hé, ho, la gauche ! », qui est une interpellation assez claire sur les responsabilités que les détracteurs, socialistes en particulier ou de gauche en général, prennent en sapant tous les jours l’autorité de l’exécutif. Je ne souhaite pas accabler davantage un pouvoir qui patauge déjà dans ses contradictions, ses multiples changements de cap et ses résultats très insuffisants. Mais il ne me semble pas que cette réunion permettra au PS de refaire son unité. Dans l’hostilité d’une partie du PS et du reste de la gauche à l’action du gouvernement, l’ingrédient principal est le conflit idéologique, donc la remise en cause d’un certain nombre d’orientations adoptées par l’exécutif. Pour l’opposition, qui observe, goguenarde, cette nouvelle tentative pour limiter la désagrégation de la gauche, ces orientations auraient pu être utiles au pays. Mais elles ont entraîné des réactions si hostiles qu’elles ont ruiné le projet de loi sur le travail qui, s’il n’avait pas été vidé de son sens par la révolte socialiste qu’il a provoquée, aurait peut-être réussi à réduire le chômage.

Un message négatif.

M. Hollande, M. Valls, les ministres les plus obéissants en sont donc réduits à envoyer un message extraordinairement négatif : « Ne nous attaquez pas, parce que vous faites le lit de la droite et qu’avec elle, ce sera pire. Acceptez notre dose de réforme, qui n’est pas toxique, sinon, ils empoisonneront la France avec votre complicité puisque vous nous mettez des bâtons dans les roues. » Est-ce de cette manière que l’on répond aux défis de notre époque ? M. Hollande a répété, lors de son récent passage à la télévision, qu’il poursuivrait les réformes jusqu’au dernier jour de son mandat. Mais quelles réformes ? Sur le plan économique et social, le travail de l’exécutif n’est guère convaincant, et l’est d’autant moins que quatre années de mandat du président ont produit 600 000 chômeurs de plus. Quand enfin on s’apprêtait à changer un « modèle social » responsable de notre dette publique et de l’immobilisme de notre économie, la gauche de la gauche a fait ce qu’il fallait pour ruiner cette initiative, laquelle explique d’ailleurs le comportement compliqué d’Emmanuel Macron, grand réformiste devant l’Éternel, qui risque à chaque instant d’être évincé, lui et ses idées, du gouvernement.

Le désarroi de Hollande.

Les socialistes sont donc sommés de réunir autour d’une politique particulièrement confuse : s’il s’agit de complaire aux caprices des frondeurs, dissidents et ennemis de M. Hollande, cela veut dire qu’il ne se passera rien pendant les douze mois qui nous séparent de l’élection : s’il s’agit de les rallier à ce qu’il reste de réformisme au sein du gouvernement, la tentative de réunification est vouée à l’échec. « Hé, ho, la gauche ! » n’est pas autre chose que la traduction du désarroi de M. Hollande et de ses amis. Le président aurait pu faire un autre choix : admettre que ses chances d’être réélu sont pratiquement nulles et réformer en profondeur sans se soucier d’une impopularité qui n’aurait plus compliqué ses projets. Il a préféré au contraire chercher le milieu introuvable où il pourrait rendre possible sa candidature grâce à un compromis avec cette partie de la gauche qui le combat. Il n’est pas sûr qu’il convainque ses opposants internes ; les sondages, aussi prématurés qu’ils soient, indiquent qu’il ne passe pas le cap du premier tour ; même s’il se rabiboche avec les socialistes dissidents, Jean-Luc se présentera à la présidence de la République et lui prendra un très précieux nombre de voix ; les miracles sont rares et il en faudrait un pour changer le destin.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Hollande veut un cessez-le-feu

  1. Jean Luc Vérine dit :

    Votre analyse est bonne et s’il reste à M. Hollande un soupçon de l’homme d’Etat qu’il n’a su être qu’au moment des attentats (mais cela était assez facile, car quoi qu’il dise, il avait 80% des Français derrière lui) , un peu de courage et de sens de l’honneur, il faut qu’il sacrifie sa candidature et fasse les vraies réformes que tout le monde (exceptés les extrémistes, les « privilégiés  » du système, et la nomenklatura des artistes et autres intellectuels -ce qui fait quand même pas mal-) réclame.
    Ce qui importe, c’est l’avenir de notre pays (et non pas de ce pays comme disent les socialistes).
    Alors soyons idéalistes.
    Que les Français de mobilisent (sous la bannière ou non de Macron) et montrent leur désir de réforme comme les invite le mouvement « Primaire aux Francais ». Que l’on soit plutôt de gauche ou plutôt de droite.
    Que M. Hollande surfe sur cette vague et qu’il fasse les réformes.
    Ce serait sa seule chance de faire un candidat crédible. ET s’il perd, de perdre en laissant une trace. Cette initiative aiderait le candidat qui lui succédera. Ce serait bon pour notre pays.

    • Michel de Guibert dit :

      J’aime bien que vous releviez cette manière de parler insupportable de trop de politiciens qui disent « ce pays » comme s’ils étaient extérieurs à notre pays.

      • Maxime Mafalda dit :

        J’aime bien aussi ; ils disent aussi l’Hexagone pour désigner la France ! Il faut dire qu’elle est « odieuse » à beaucoup d’entre eux qui s’épanouissent dans la mondialisation hostile à la notion même de France.

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