Un peu de baume au coeur

Le Drian superstar (Photo AFP)

Le Drian superstar
(Photo AFP)

L’Australie a passé avec la France la commande du siècle : un contrat faramineux de 34 milliards d’euros pour construire 12 sous-marins à propulsion classique. Pour le gouvernement, et plus particulièrement pour le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, c’est un succès phénoménal.

CE CONTRAT est l’occasion de tresser des louanges au gouvernement, si souvent accablé de critiques. La conjoncture internationale est à l’origine de la transaction : la Chine devient de plus en plus menaçante en Asie du Sud où elle multiplie les provocations, en occupant des îles dont l’appartenance est contestée et en déployant une force maritime qui inquiète les pays riverains. Alliée des États-Unis et de l’Europe, l’Australie (pour qui le commerce avec la Chine est pourtant vital) s’est vue contrainte de renforcer ses moyens militaires. Elle avait trois fournisseurs possibles : l’Allemagne, le Japon et la France. La victoire de la technologie française sur celles de deux pays hautement industrialisés n’est donc pas mineure. C’est même un triomphe.

Jean-Yves le Drian, stratège et VRP.

L’occasion aussi de rappeler que Jean-Yves Le Drian, ministre dont la fidélité à François Hollande est indestructible, est un négociateur hors pair qui s’est déjà illustré dans des ventes de Rafale à l’Égypte et au Qatar. Il n’est pas seulement le stratège qui déploie avec efficacité les troupes françaises au Mali et ailleurs, c’est aussi un splendide représentant de commerce. Il a su obtenir l’amitié de plusieurs chefs d’État qui éprouvent pour lui une confiance toujours intacte. M. Le Drian n’est pas du genre à pavoiser dans les médias et il n’intervient que pour exprimer son soutien au chef de l’État. Simple et modeste, il ne tire aucun profit de ses actions, pourtant considérables.
Bien entendu, il faut relativiser le volume du contrat. Sur les 34 milliards, 8 seulement iront à la DCNS, le grand constructeur maritime français, et des transferts de technologie ont été obtenus par l’Australie, ce qui est devenu la norme pour tous les gros contrats industriels, y compris avec la Chine ou l’Inde. Mais des milliers d’emplois seront créés à Cherbourg, Brest, Lorient et Nantes, même si la construction des sous-marins aura lieu sur le territoire australien et si un certain nombre de chapitres du cahier des charges reviendront à d’autres industries. Le grand avantage du contrat franco-australien est qu’il lie deux États occidentaux qui partagent les mêmes intérêts stratégiques et défendent le même type de démocratie parlementaire, alors que, dans d’autres cas, le problème se pose souvent de la vente d’armes à des nations gouvernées par des régimes autoritaires qui ne font pas de ces armements un usage purement défensif.

Au niveau des meilleurs.

La vente des Rafale à l’Égypte était apparue, l’an dernier, comme un exploit, parce que jusqu’alors, pas un seul Rafale n’avait été vendu à l’étranger, parce que l’Égypte, qui n’avait pas les moyens de la transaction, a dû être aidée par un financement saoudien et parce que l’avion français est plus cher que ses concurrents. Mais le contrat avec l’Australie est encore plus beau car nous étions en concurrence avec deux pays dont les capacités technologiques, industrielles et financières sont probablement supérieures aux nôtres. Si nos sous-marins ont gagné cette bataille, cela veut dire que nous devons être convaincus de notre force économique au lieu de nous lamenter constamment sur le « déclin » de la France. Cette notion de déclin est fausse. Notre pays traverse une mauvaise passe, il n’est pas défait ; et s’il est vrai que la vente des sous-marins ne suffira pas à faire baisser le chômage, elle souligne la puissance nos grands groupes. Pour faire baisser le chômage durablement, il faut favoriser l’expansion de nos petites entreprises.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Un peu de baume au coeur

  1. Maxime Mafalda dit :

    « Cette notion de déclin est fausse. » Concernant nos aptitudes et nos réalisations scientifiques et techniques, c’est certain. Mais le déclin que constatent un nombre croissant de philosophes, d’historiens ou d’écrivains est tout autre chose et autrement important, c’est le déclin d’une civilisation : le déclin de Rome n’a pas été lié à de moindres performances de ses ingénieurs ou de ses bâtisseurs ! Les sciences, les techniques et le commerce ne font pas une civilisation, loin s’en faut. Personne ne peut prévoir aujourd’hui le destin de la civilisation occidentale. Certains voient les signes de déclin, d’autres sont optimistes. Seules les générations futures, si elles en ont la capacité, sauront.

  2. Philippe LAINE dit :

    « L’avion français est plus cher que ses concurrents ». Il est inexact de dire que le « Rafale » est plus cher que les autres avions face auxquels il est mis en concurrence. Le SAAB JAS39 « Gripen » suédois est moins cher mais ses performances ne sont pas comparables.
    Le F18 E/F « Super Hornet » américain est un peu moins couteux mais il n’est pas « Omnirôle » et ses performances sont légèrement inférieures ; il n’est pas dans la même catégorie que le « Rafale » qui, toutes versions confondues, se classe dans les avions de combat de moins de 10T à vide alors que le F18 dépasse les 11T (aucun spécialiste aéronautique ne le mentionne et c’est pourtant déterminant dans le prix de base d’un appareil de combat).
    L’Eurofighter « Typhoon » du consortium anglais, allemand, italien et espagnol, réel concurrent de l’avion 100% français, est 15 à 20% plus cher que le « Rafale ». Il fait parti de la classe des plus de 10T (11T exactement), il est tout juste « Multi-rôle », il n’est pas « Combat proven » et est à un stade de développement moins avancé.
    Le JSF F35 « Lightning II » américain est, quant à lui, bien plus cher que le chasseur français. Le coût de son développement est exponentiel et il rencontre de nombreux problèmes techniques dans la mise au point de différents équipements qui retardent régulièrement sa mise en œuvre opérationnelle et augmentent encore plus son prix. De ce fait de nombreux pays revoient leurs acquisitions à la baisse. Certains, comme Israël et le Canada, pensent même annuler leur achat. Ses capacités opérationnelles sont bien en deçà de toutes espérances, surtout son rayon d’action, ce qui fait craindre aux armées américaines de perdre leur suprématie aérienne avec l’arrivée de cet appareil. De plus en plus il se dit que le F35 n’est pas un bon avion et qu’il n’est pas au niveau.
    De ces cinq avions de combat occidentaux (pas de comparaisons possibles avec les avions russes ou chinois), excepté le « Gripen » du à ses capacités moindres, le « Rafale » est l’avion de combat qui à un coût d’utilisation et de maintenance le plus faible. Pour une exploitation prévue de quarante ans, la somme est très significative pour le budget d’une armée, encore un point qui est important et qui n’est jamais signalé par les « soi-disant » experts en aéronautique.
    Le prix de revient de tels appareils se calcule sur la durée globale de leur vie opérationnelle.

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