Conflits inextricables

La manif' du 23 juin (Photo AFP)

La manif’ du 23 juin
(Photo AFP)

Encore une manifestation, la onzième, depuis le début du conflit au sujet de la loi travail. On ne sait plus terminer une grève. On ne sait plus où va le pays. On ne comprend rien à la persistance d’une guerre entre les syndicats et le pouvoir qui ne tient aucun compte du Brexit, de l’Euro et de la sécurité intérieure du pays.

AJOUTEZ À CELA que le taux de chômage a augmenté de 0,3 % en mai, alors qu’il avait sensiblement baissé les deux mois précédents. La reprise est d’autant plus fragile que le Brexit va forcément entraîner une diminution de l’activité économique en France dans les mois qui viennent. Le gouvernement n’a pratiquement rien à offrir de positif à l’opinion. Il ne peut que déplorer la sécession de la Grande-Bretagne. La guerre que conduisent la CGT et FO contre lui, la violence qui règne dans le pays (les sièges de la CFDT, puis de la CGT, ont été dévastés et les syndicats se moquent des émeutes qui accompagnent leurs manifestations), l’imbroglio juridique, environnemental et politique au sujet de l’aéroport de Notre-Dames des Landes sont autant d’ulcères dont personne ne peut dire comment ils vont être traités et, a fortiori, guéris.

L’opinion contre la loi travail.

Le pouvoir a clairement perdu la bataille de la communication. Loin de stigmatiser les syndicats irrédentistes, l’opinion attribue la responsabilité du marasme à la loi travail et suggère au gouvernement de la retirer, position identique à celle de la CGT et de FO. On ne voit pas comment, dans ces conditions, Manuel Valls pourrait recourir à la manière forte. Ses adversaires sont tellement indifférents au contexte politique et sécuritaire, tellement agrippés à leur rejet de l’article 2 de la réforme, tellement hostiles au compromis que la négociation semble impossible alors que le recours à la force risque de déclencher un incendie dont le pays ne se relèverait pas de sitôt. Et je pèse mes mots.
François Hollande, absorbé par la crise de l’Union européenne, pense qu’il a plus à gagner en se posant comme le défenseur de l’intégrité de l’UE qu’en arbitrant enfin les divers conflits intérieurs dont les solutions sont constamment repoussées par des groupes de plus en plus imperméables à la persuasion, de plus en plus violents, de plus en plus insouciants quant aux conséquences du pourrissement. La société française, insensiblement, est entrée dans une zone de non-droit. Un exemple : les syndicats et l’opinion ont déjà indiqué qu’un recours au 49-3 par le gouvernement pour que la loi travail soit adoptée par l’Assemblée en deuxième lecture serait considéré comme un geste inacceptable. Une bonne partie du peuple se dresse ainsi, au nom de la démocratie, contre les instruments de la démocratie, par exemple la Constitution. Ce n’est pas le pouvoir actuel qui a inventé le 49-3. Il existe depuis 57 ans, il a été appliqué un nombre incalculable de fois par des majorités de droite et de gauche. Il ne constitue donc pas une atteinte à la démocratie. Mais voilà, l’opinion n’en veut plus, il faut le jeter aux orties.

Le droit remplacé par la force.

De la même manière, le référendum, dont je pense personnellement le plus grand mal, est prévu par la Constitution. Celui qui concerne l’aéroport de Notre-Dame des Landes a donc force de loi. Mais ni les écologistes ni les « zadistes » ni un tas de gens prêts à tout casser pour empêcher la construction de l’aéroport ne l’entendent de cette oreille. C’est comme si la loi était remplacée par celle du plus strident, du plus bagarreur, du plus agressif. L’ultra-gauche et les écologistes forment-ils une majorité ? Non. Ils remplacent le droit par le rapport de forces, en mettant au défi les forces de l’ordre d’ouvrir ici ou là des champs de bataille qui feraient assez de victimes pour que le pays bascule dans un désordre permanent, pour ne pas dire une guerre civile.
Il est donc urgent que l’exécutif mette un terme à une crise qui est en train de décomposer la société. En même temps, l’imagination n’étant pas au pouvoir, les moyens de ramener le calme sans que le gouvernement ne sorte encore plus affaibli de la crise sont à peu près inexistants.

RICHARD LISCIA

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