Pour éviter le pire

Des fleurs en hommage aux victimes (Photo AFP)

Des fleurs en hommage aux victimes
(Photo AFP)

Depuis trois jours, le gouvernement est engagé dans une polémique avec toutes les formes de l’opposition, de l’extrême droite à l’extrême gauche, au sujet des dispositions sécuritaires qu’il a prises à Nice à l’occasion des festivités du 14 juillet. Cette polémique peut paraître dérisoire, compte tenu de la tragédie, mais le pouvoir ne peut ignorer la demande de prévention et de fermeté que lui adressent les Français.

LA BATAILLE des arguments est choquante. Aux yeux du gouvernement, les critiques de Nicolas Sarkozy sont nulles et non avenues parce qu’il a diminué le nombre de policiers pendant son mandat. L’extrême droite tente de récupérer, comme d’habitude, un drame au sujet duquel elle a moins de compassion pour les victimes qu’elle ne souhaite rallier à elle les électeurs déboussolés. L’extrême gauche oublie un peu vite son empathie pour l’islamisme djihadiste. Personne n’est vraiment intéressé par une polémique qui apporte à un événement extraordinairement douloureux un codicille ridicule, bourré d’arrière-pensées sur les échéances électorales. Non contente de nous avoir déçus pendant au moins une décennie, la classe politique s’enfonce dans ses travers, alors que le peuple exige à cor et à cri une sécurité durable.

Une leçon doit être tirée.

On doit le dire sans ménagements : au lendemain de l’Euro de football, qui s’est parfaitement déroulé, le gouvernement semble avoir baissé sa garde. Il n’a pas sécurisé comme il se doit les voies d’accès à la Promenade des Anglais. Les dénégations de Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, qui estime qu’il n’y a pas de risque zéro, sont insuffisantes. Entre le risque zéro et un cataclysme, il y a une marge. La police nationale aurait dû être en mesure d’arrêter le camion avant même qu’il ne s’engage dans la Promenade. Quant aux moyens qu’il fallait mettre en oeuvre pour éviter le pire, ils devaient être à la mesure du risque pour les hommes, femmes et enfants innocents et désarmés qui assistaient au feu d’artifice. La leçon doit donc être tirée du malheur survenu dans la nuit de jeudi à vendredi. Le gouvernement, contrairement à ce que prétend l’opposition, accomplit avec conscience, persistance et stoïcisme une tâche particulièrement ardue. Mais il connaît les règles de la politique : s’il ne donne pas un coup d’arrêt aux attentats terroristes, aucun de ses administrés ne perdra de temps à énumérer ses qualités morales et exalter sa bonne gestion. On ne peut pas continuer à compter les morts et les blessés. On ne peut pas répéter sans cesse que l’on fait de son mieux. Il ne s’agit pas de savoir qui est le plus éligible. Il s’agit de mettre en place une prévention qui mette un terme à la plus horrible série d’attentats dont la France ait été victime.

L’anarchie à l’horizon.

Sinon, le pire est à prévoir. Des milices s’organiseront pour exercer leur propre justice. Des groupes, clans, sectes s’adjugeront le rôle de justicier. Une forme d’anarchie peut bouleverser la société française. Ce schéma est d’autant plus crédible qu’il est souhaité par le prétendu État islamique, qui a revendiqué le crime innommable de Mohamed Lahoualej Bouhlel, bien que celui-ci semble avoir créé seul son petit réseau après s’être radicalisé sans doute sous l’effet de ce qu’il a pu lire sur Internet. Le narcissisme aidant, il est passé à l’acte pour s’offrir un destin. Il nous faut traiter cette affaire d’abord avec une fermeté inaltérable, ensuite sans précipitation. Il serait extrêmement dangereux de jeter l’opprobre sur toute une communauté, mais il faut en finir avec les complaisances extraites du contexte historique (la colonisation), du rôle des Occidentaux dans le chaos syro-irakien, de la dialectique islamo-fasciste. Il est bon que, dans leur très grande majorité, les musulmans de France condamnent le terrorisme, comme ils l’ont fait après l’assassinat de deux policiers dans les Yvelines. Mais, si le gouvernement a demandé la vigilance de tous les citoyens, les musulmans doivent être les premiers à signaler ceux des leurs qui basculent dans la radicalisation. Ce signalement est la clé d’une prévention efficace.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

4 réponses à Pour éviter le pire

  1. Bibi 001 dit :

    C’est du japoniais: « Yaveka, yauraka, falepa, yfoke »….Mais encore nommer l’ennemi déclaré que tout le monde connait et l’attraper par les cornes; mettre les responsabilités face aux moutons suiveurs. Cesser de mettre des petites bougies ou des tee-shirts à l’effigie « Je suis C… », en finir avec l’angélisme du « Z’aurez pas ma haine » et redire qu’ils n’auront pas ma laine, à la place. Ils s’en fichent de notre haine ou vengeance dans leur nihilisme aveugle. On n’empêchera pas tout même si le filet sera maillé serré, même avec de bons vaccins ou remèdes. Commençons par prendre exemple sur l’expertise des israéliens en la matière et mettre au pas toutes les campagnes de boycott et de dénigrement de ces pionniers, voilà la bonne manière.

  2. Jacques Pernès dit :

    Nous sommes entréS dans un terrorisme de proximité avec des individus fragiles psychologiquement qui, du jour au lendemain, peuvent passer à l’acte avec les moyens qui leur tombent sous la main (un camion, une voiture, un couteau …). Que peut-on faire pour empêcher celà ? Des rassemblements de dizaines, voire de centaines de personnes, il y en a presque tous les jours en période d’été. Et pas seulement en été d’ailleurs. Le soir du 14 juillet, il n’y avait pas un tel rassemblement à Nice. Peut-on mettre un policier derrière chaque individu sur le territoire national ? Doit-on mettre en place une surveillance 24H/24 de tous les individus fragiles psychologiquement et qui ont déjà eu un suivi médical ? Je pense que non. Sinon, nous entrerions dans une autre dimension qui ne s’appellerait plus de la démocratie mais de l’autoritarisme, de la dictature. Sécuriser les voies d’accès à la promenade des anglais comme vous le dites : fort bien. Mais cela a un coût. Vous allez sécuriser jusqu’à quand ? Et seulement à Nice ou partout ailleurs en France ? Par contre, je suis d’accord avec vous sur cette surenchère politicienne de toute part, lamentable, qui ne fait qu’éloigner encore un peu plus les français de leurs hommes politiques. Mais peut être n’avons-nous que les politiciens que nous méritons.

    RÉPONSE
    84 morts, 200 blessés, il est évident qu’il y a des risques à ne pas courir. Ou bien on verrouillait la Promenade, ou bien on renonçait au 14 juillet, ce qui, après tout, n’aurait pas été la fin du monde.

    • Jacques Pernès dit :

      J’ai assisté à un feu d’artifice le 13 juillet dans une petite ville de province. Néanmoins, il y avait quand même plusieurs centaines de personnes. Une fois le spectacle terminé, nous sommes tous repartis par la même rue. Elle n’était bien évidemment pas « sécurisée ». N’importe quel individu aurait pu y venir avec un camion et foncer dans la foule. Je pense qu’il y aurait aussi eu plusieurs dizaines de victimes. Et des manifestations comme celles là, je pense qu’il y en a eu des centaines en France les 13, 14 et 15 juillet derniers. On pouvait effectivement renoncer au 14 juillet. Mais seulement à Nice ? Et seulement cette année ? Mais peut être, effectivement, comme le dit Bibi 001, pourrait-on s’inspirer de ce qui se fait dans des pays qui sont confrontés à cela depuis longtemps, et notamment Israël.

    • Num dit :

      Depuis 18 mois, M. Hollande se complaît dans l’image du rassembleur de la nation, enchaînant cérémonies, hommages, discours de bonne intention, etc. Persuadé que cette posture le servirait dans sa quête de réélection et ferait oublier le fiasco économique de son quinquennat. Ça a marché une fois, peut être deux fois, mais c’est fini. Les Francais ne se contentent pas d’un président et d’un gouvernement experts en mine contrite de deuil et au verbe haut mais demandent des comptes à un pouvoir régalien dont la mission première est d’assurer la sécurité de ses administrés.
      Les sifflets qu’a essuyés M. Valls à Nice en est le signe. Même si cela peut paraître déplacé dans un tel contexte, cela témoigne de ce ras le bol de citoyens qui en ont assez de la récupération politique de ces drames et attendent des réponses, de la fermeté et une détermination sans faille pour que cela ne se reproduise plus.
      Donc, non au consensus mou de de façade, oui au débat politique. Que le gouvernement passe maintenant à l’action !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *