Trump : une farce politique

Trump embrasse Mike Pence, son coéquipier (Photo AFP)

Trump embrasse Mike Pence, son coéquipier
(Photo AFP)

Donald Trump sera désigné ce soir comme candidat du parti républicain à l’élection présidentielle américaine de novembre. Il a accompli en quelques mois un parcours fulgurant. Il représente un danger pour les États-Unis et un risque de paralysie des grands dossiers du monde.

LA PRESSE américaine n’avait pas prévu l’irrésistible ascension du candidat le plus grotesque que l’Amérique ait produit. Échaudée par une erreur d’analyse qui lui vaut les quolibets des partisans de Trump, elle s’évertue aujourd’hui à le prendre au sérieux. Elle a raison. Rien n’est joué. « Le Donald » a une chance réelle de l’emporter contre Hillary Clinton. Mais ce n’est pas parce que le mépris originel des médias pour Trump a faussé leur jugement que le milliardaire ne reste pas profondément méprisable. Son excentricité n’est qu’une posture propre à attirer vers lui les feux de la rampe. Ce qu’il dit, en revanche, il le croit et il tentera de la faire.
Construire un mur entre le Mexique et les États-Unis aux frais des contribuables mexicains, interdire l’avortement, interdire le mariage homosexuel, retourner au protectionnisme et à l’isolationnisme, empêcher l’immigration musulmane, développer le libre commerce des armes, réduire les dépenses sociales, créer un rapport de forces avec les alliés traditionnels de l’Amérique tout en favorisant l’expansion russe à l’est du continent européen, Trump veut faire ce que personne n’a fait avant lui. Sa capacité à gérer un pays et a fortiori une superpuissance est à peu près nulle. Il raconte partout que son expérience des affaires lui suffit, omettant de préciser qu’il a été mis quatre fois en faillite, qu’il a ruiné bon nombre de clients et de sous-traitants, mais que, lui, aujourd’hui, grâce à une loi indulgente pour les faillites (chapter eleven), pèse quelques milliards.

Inverser la courbe ubuesque ?

Donald Trump a fait du narcissisme (il se dit plus riche qu’il ne l’est vraiment), de la grossièreté, du simplisme, de l’agressivité, de la vulgarité les qualités cardinales qui lui valent, à droite et à l’extrême droite, une fabuleuse réputation. Les journalistes se demandent constamment s’il va inverser sa courbe ubuesque, mais pourquoi le ferait-il puisque les vices qu’il affiche sont acclamés ? Dans son combat contre Hillary Clinton, ou dans ses débats éventuels avec elle, il ne cherchera pas à prouver qu’il a raison, il se contentera de l’insulter, de prononcer, à son propos, des paroles fétides, de la traiter par le mépris. Je souhaite à la candidate démocrate beaucoup de courage. Je crains cependant que, contrainte pour sa part de conserver sa dignité, elle adopte une attitude plus fondée sur la subtilité et l’ironie que sur la violence verbale, ce qui, compte tenu de l’évolution morbide des conservateurs américains, ne suffira peut-être pas pour une victoire démocrate.

Une conquête-éclair.

En même temps, Trump a aggravé une tendance de fond du parti républicain dont la nature est suicidaire. On croyait que, avec le Tea Party, mouvement de type religieux dont la culture de la liberté va jusqu’à interdire aux autres d’en bénéficier, on avait atteint le pire. Le Tea Party s’apprêtait cette année à présenter un candidat de son cru et à s’emparer de la totalité du parti. Il y avait, souvenons-nous, 16 candidats républicains. Tous ont été terrassés par Trump. Un mouvement faible de résistance a été amorcé. C’est le seul moment de discipline que Trump se soit accordé. Il a négocié avec le parti et, fort de ses dix millions de suffrages aux primaires, il l’a convaincu. Cette conquête-éclair constitue le phénomène politique le plus inquiétant de cette année. Des républicains de haut rang (les Bush, McCain, et d’autres) ont refusé de soutenir Trump. Une minorité républicaine a tenté à la convention d’arrêter sa marche triomphale, Ted Cruz a prononcé un discours violent contre lui. Rien n’y a fait.
Le parti mérite mieux que le sort que Trump va lui faire subir. Il a fait élire des présidents qui ne manquaient pas de prestige et d’efficacité, Reagan par exemple. Même Nixon, qui n’était qu’antipathique, a eu une vision diplomatique de première grandeur. Il y a des républicains sincères et dignes.
Ils sont même nombreux ceux qui ne se laissent pas emporter par le triomphalisme de la convention de Cleveland, qui constatent que la base électorale du parti s’effrite chaque année, qui se demandent comment les Républicains peuvent l’emporter en novembre si les Latinos, les Noirs et les femmes ne votent pas pour eux. En attendant que le parti républicain fasse sa révolution interne, le choix des gens sérieux doit assurer au parti démocrate une victoire éclatante. Le vote des Américains, cette année, doit être inspiré par l’immense danger que représenterait une présidence Trump. Elle dépasserait, et de loin, l’erreur nationale qui a mis George W. Bush au pouvoir. Nous sommes tous concernés. On dit toujours que le monde entier devrait avoir le droit de voter à la présidentielle américaine.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Trump : une farce politique

  1. lionel dit :

    Pour l’instant, rien ne dépasse l’erreur géopolitique majeure de la guerre en Irak de 2003 que l’Europe va continuer à payer durant de longues années. Cependant, comme vous le dites tout à fait justement, il y a des républicains sincères et dignes : ils ne voteront pas Trump, ils voteront Clinton (du moins je l’espère).

  2. PILCZER Simon dit :

    Le parti-pris politiquement correct de M. Richard Liscia m’interpelle et me choque.

    L’élection du président des USA revient bien aux citoyens américains et à eux seuls.

    Mettre en avant Hillary Clinton est critiquable : elle a commis bien des bévues quand elle était Secrétaire d’Etat de la première puissance mondiale, et notamment ses mensonges après l’attaque contre l’ambassade de USA en Libye – qui coûta la vie à l’ambassadeur et à trois diplomates – ce qui doit la ramener à plus de modestie.
    Sans parler des mails diplomatiques envoyés depuis don ordinateur personnel, mettant en danger le personnel diplomatique et les services de Sécurité des USA.
    Cette femme enragée de pouvoir qui pique de colères homériques avec ses subordonnés, n’assurera pas un futur paisible à l’Amérique.

    Barak Obama a été élu en 2008 sur des slogans creux : « Yes, we can ». Il a été le président qui ces huit dernières années a le plus contribué à affaiblir la puissance des USA dans le monde.

    Mais « les électeurs » non américains étaient ont été si bien intoxiqués par les media qu’ils lui donnèrent leur adhésion sans plus de réflexion.
    Encore le « politiquement correct » qui voudrait s’imposer à tous.
    Obama a reçu le Prix Nobel de la Paix avant d’avoir rien fait.
    Il a fait évacuer les troupes américaines d’Irak et d’Afghanistan, provoquant le plus grand chaos dans cette région éminemment inflammable.
    Hillary Clinton ne serait que sa piètre continuatrice.

    Obama est après Jimmy Carter le président le plus désastreux que l’Amérique ait élu depuis un demi-siècle : souvenez-vous en 1980, c’est Ronald Reagan qui fut élu par le Peuple américain, sous les huées de la « gentry politiquement correcte » de l’étranger. On se moquait de cet ancien acteur de série B, jouant la modestie et qui fut secrétaire du syndicat des acteurs.

    Dès son arrivée à Washington, Reagan mit fin au scandale de l’occupation de l’ambassade des USA à Téhéran, faisant libérer les otages détenus depuis 300 jours du fait la mollesse de Carter : les Iraniens avaient compris que s’ils voulaient sauver leur « révolution islamique », il fallait cesser la plaisanterie.
    Reagan a été réélu triomphalement en 1984 et il fut l’un des plus grands Présidents de USA du siècle dernier, aussi bien pour les affaires étrangères, économiques et sociales,

    Alors s’il vous plaît M. Liscia, cessez vos commentaires incendiaires contre M. Trump : il a certes des côtés surprenants, mais laissez le Peuple américain voter, et ne vous prononcez pas publiquement pour lui.
    Vous n’avez pas pour mission de forger l’opinion politique de nos concitoyens médecins.
    Bien sincèrement.

    Dr Simon PILCZER

    Réponse

    Je ne me crois investi d’aucune mission. J’ai, comme vous, le droit d’exprimer mon opinion. Je suis un journaliste politique totalement indépendant, j’ai vécu aux États-Unis, je connais ce pays, et je connais l’animal qui vous séduit tant. Mon ton est certes vif, pas incendiaire, mais je ne signale que des faits précis, des propos tenus par Trump. Vous avez le droit d’être enthousiasmé par la vulgarité, le mensonge et le grotesque. Vous n’avez pas celui de censurer. C’est tout de même incroyable que, dans une démocratie comme la nôtre, il y ait encore des gens comme vous tout prêts à s’en prendre aux journalistes. Bien entendu, je ne tiens aucun compte de vos remarques et je continuerai à écrire ce que je pense, pas ce que vous pensez. J’ajoute que cette polémique est close. Vous avez occupé suffisamment d’espace dans ce blog, qui est le mien et pas le vôtre.
    Richard Liscia

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