Une Hillary en petite forme

Kaine et Clinton (Photo AFP)

Kaine et Clinton
(Photo AFP)

La convention démocrate à Philadelphie se terminera cette semaine par l’intronisation d’Hillary Clinton en tant que candidate du parti démocrate à la présidence des États-Unis. Mais elle a commencé par un mini-scandale qui apporte une nouvelle preuve des faiblesses morales de Mme Clinton.

LE SITE Wikileaks a en effet publié quelque vingt-mille courriels montrant la partialité du parti démocrate en faveur de Mme Clinton et au détriment de Bernie Sanders, son rival à la primaire qui a fini par la rejoindre. La présidente du parti, Debbie Wasserman Schultz, a aussitôt démissionné, mais les partisans de Bernie sont tellement furieux qu’ils ont hué leur idole pendant son discours. L’idée, constamment assénée par Donald Trump, qu’Hillary est profondément malhonnête, acquiert dans ce contexte une minimum de vraisemblance. C’est une fatalité : il existe un noyau dur d’électeurs qui la détestent et ne lui accorderont jamais leur voix. En outre, l’incident freine le retour à l’unité du parti qui, pendant les primaires, a exposé ses divisions entre gauche et centre.

Une stratégie à long terme.

Hillary Clinton, cependant, ne reste pas passive. Elle a choisi son candidat à la vice-présidence, Tim Kaine, 58 ans, sénateur de Virginie. La rumeur courait qu’elle embaucherait Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts, pour le job. Il s’agit d’une femme de gauche dont les idées égalitaires ne sont pas trop éloignées de Bernie Sanders, mais Hillary a jugé que deux femmes sur le même « ticket », c’était peut-être un peu trop pour l’opinion américaine. De plus, elle conduit une stratégie à long terme, convaincue qu’elle est que l’Amérique finit toujours par choisir le candidat le plus au centre et le plus « raisonnable », ce que Trump n’est pas vraiment.
Trump, pourtant, après une convention réussie en dépit du fossé entre trumpistes et républicains horrifiés par ses idées et ses manières, a bénéficié suffisamment de son exposition au public pendant la convention républicaine à Cleveland la semaine dernière pour mener maintenant la course en tête. Ce n’est pas significatif car, au soir de la convention démocrate, la popularité d’Hillary remontera grâce aux soutiens fervents de Michelle Obama et de M. Sanders qui ont prononcé des discours chaleureux insistant sur la nécessité absolue pour les Américains d’élire la candidate démocrate pour ne pas tomber dans la régression que Trump représenterait. Le discours que Barack Obama, orateur remarquable, prononcera avant la fin de la convention, sera tout aussi utile à la candidate.
Pourtant, qui aurait dit il y a neuf mois que Trump et Clinton se partageraient l’électorat à égalité ? Donald Trump a fait un parcours extraordinaire. Ce n’est pas le cas de Mme Clinton, qui traîne nombre de casseroles, n’a pas un charisme fou, et refuse, jusqu’à présent, de sortir d’une modération quelque peu ennuyeuse. Elle s’adresse, à n’en pas douter, à la majorité silencieuse que Trump horrifie mais qui ne s’exprime guère. 2016 devait être l’année d’une Hillary irrésistible. Ce n’est pas du tout le cas : la course à la présidence peut donner lieu à tous les pronostics possibles.

Le dernier rempart.

D’autant que les fans de Bernie Sanders en sont à refuser de voter pour la candidate, sans même comprendre qu’un vote qui manquera à Hillary sera un vote pour Trump, leur ennemi. On peut même supposer que si les républicains hostiles à Trump auront du mal à lui accorder leur suffrage, ils n’iront pas jusqu’à changer de camp. Trump, qui surfe sur la vague d’une popularité à la fois puissante et bruyante, compte sur les millions de personnes qui ont voté pour lui aux primaires et qui n’avaient pas voté auparavant. Il est en train de se constituer une sorte d’électorat personnel. Quand il dit que, une fois au pouvoir, il s’emploiera aussi à réformer le parti républicain, il est sérieux. Il va mettre en avant sa capacité à « faire », par comparaison avec les politiciens conservateurs qui parlent constamment de changement, mais tombent dans la routine quand ils sont aux commandes.
Pour Hillary Clinton, qui, quoi qu’en dise, finira « sa » convention dans un triomphe, possède un trésor de guerre et dont on attend maintenant une campagne présidentielle agressive, il est indispensable de répondre aux attaques virulentes et grossières de Trump avec une vigueur enfin débridée. Face au populisme, la modération est une arme insuffisante. Sans tomber dans sa vulgarité, elle peut rappeler sans relâche la litanie des mensonges grotesques qu’il a prononcés, son simplisme terrifiant en matière de politique intérieure, son ignorance absolue en matière de politique étrangère, le nombre élevé de ses provocations, faites uniquement pour lui rapporter des voix mais pas pour ébaucher un programme, bref le danger qu’il représente. La force d’Hillary, c’est qu’elle le dernier rempart contre la déraison et l’irresponsabilité.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Une Hillary en petite forme

  1. Andre MAMOU dit :

    Je trouve que la dernière phrase est de trop ! Il est excessif d’employer les mots de déraison et d’irresponsabilité pour parler de Donald Trump . On peut ne pas être d’accord avec lui sans pour autant le traiter de fou et de débile (mots auxquels vous pensiez).

    Réponse.
    Tout d’abord, il est quelque peu déraisonnable, si j’ose dire, d’imaginer les mots auxquels je pense. J’écris seulement ce que je pense et je pense que Trump est un danger pour l’Amérique et pour le monde. Je continuerai à le combattre par les faibles moyens dont je dispose, mais dont la rhétorique est l’ingrédient essentiel. Je ne vais pas m’en priver. Trop de gens croient que Trump n’est qu’un homme de droite ou conservateur. C’est en réalité un individu sans scrupules qui a compris que plus il ment et plus il a de succès.
    R.L.

  2. OLIVIER COMTE dit :

    Je ne vois aucun excès dans l’utilisation des termes déraison et irresponsabilité pour qualifier M. Trump. Les promesses déraisonnables qu’ils a faites à la classe ouvrière américaine démoralisée sont irresponsables, particulièrement quand elles accompagnent les promesses fiscales faites aux responsables d’une activité financière qui détruit la base industrielle américaine. Il ne s’agit pas de globalisation mais de la corruption financière domestique de l’activité productive.
    Grâce à M. Mamou, j’ai découvert ce blog après l’article « une France incorrigible », paru sur TJ.
    Je ne souhaite donc pas prendre des coups de bâton sur mes deux ailes.

    Pour Ms Clinton, dont les apparitions me font penser aux entrées de Woody Woodpecker, en plus inquiétant, je trouve le choix du sénateur Kaine réconfortant car il semble être un homme honorable. J’ai lu dans le WALL STREET JOURNAL des 22-24 juillet (p A12 VIRGINIA’S ELECTION FELONY) que M. Kaine, en 2010, s’était opposé comme gouverneur à violer la Constitution de Virginie en accordant, en masse, la restauration du droit de vote pour les criminels (ayant purgé leur peine). Cette mesure politicienne fut prise, unilatéralement, sans consultation de la législature d’Etat, en avril 2016 par le gouverneur Terry Mc Auliffe. Cette chasse aux voix (206000) montre le trouble actuel du parti démocrate.

    Comme ancien juriste et ancien bolchévique, je ne connais que deux voies: le respect du droit et la subversion. Subissant le viol permanent de notre constitution par notre dynamique président, je n’apprécie pas ces fantaisies; ici ou à l’étranger. Hier, sur BFM TV, je me suis infligé l’épreuve de 23 minutes de Manuel Valls pur.J’ai appris que le gouvernement n’était responsable de rien. Que toute critique, ou « polémique » en langage PS, détruisait l’UNITE NATIONALE et ne pouvait que servir les buts de l’ISIS, que nous allions détruire bientôt en Syrie et Iraq. Que tous les terroristes participaient à ce complot permanent de l’ISIS qui voulait détruire notre DEMOCRATIE. Et je pensais naïvement que les terroristes ne voulaient que tuer du monde pour soutenir leur propagande et satisfaire leur haine.

    Monsieur Valls pratique également la déraison et l’irresponsabilité, et l’état de tristesse qu’il
    m’ impose ne me place pas dans un état d’esprit bienveillant pour les clowns étrangers.

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