Les Gaulois et nous

Rachida Dati accepte d'avoir des ancêtres gaulois (Photo AFP)

Rachida Dati accepte d’avoir des ancêtres gaulois
(Photo AFP)

La polémique qui a suivi les propos de Nicolas Sarkozy sur « nos ancêtres, les Gaulois » continue à prendre de l’ampleur, plusieurs jours après que l’ancien chef de l’État eut cru bon d’attribuer des ancêtres à tous ceux qui deviennent français. Alain Juppé a contesté cette initiative, mais Nadine Morano et Rachida Dati ont volé au secours de M. Sarkozy.

JE CROIS SAVOIR que les Gaulois ne sont pas mes propres ancêtres bien que je sois français de naissance, mais j’ai appris au cours primaire qu’ils l’étaient et, malgré un léger doute, j’y ai presque cru parce que, à l’époque, ce qui disait l’instituteur était sacré. Si Nicolas Sarkozy exige que j’oublie mes ancêtres et que je m’identifie à Astérix et Obélix, qui sont en réalité ses références, je ne suis pas obligé non plus de signer mon assentiment sur un papier administratif. On n’est pas français parce qu’on descend des Gaulois (et pourquoi pas plutôt des Francs ?), mais parce qu’on est un citoyen honnête qui respecte les règles et les lois de la société où il vit. On n’a pas besoin de gens qui s’identifient à l’histoire de France, mais de personnes qui ne nous tirent pas dessus quand nous allons au café. Nous sommes très à l’aise avec des gens qui n’ont pas de Gaulois dans leur arbre généalogique, mais parlent comme nous, raisonnent comme nous, trouvent des affinités avec nous.

Le passé qu’ils n’ont pas.

Je n’ai pas cru bon de relever (jusqu’à aujourd’hui) les propos de M. Sarkozy. Je les ai tout de suite attribués à un dérapage verbal inspiré par la fatigue ou à une forme passagère d’infantilisme, comme si faire campagne, c’est s’adresser invariablement à des demeurés. Il y a une telle absurdité dans le désir d’inventer pour certains groupes sociaux ou ethniques le passé qu’ils n’ont pas et que, d’ailleurs, M. Sarkozy ne connaît que par les bandes dessinées, que le pays, croyais-je, allait rapidement passer à autre chose. Mais il y a une campagne électorale, n’est-ce pas ? Donc, M. Juppé n’a pas voulu ignorer ce qui est une bourde monumentale et il s’en est pris à M. Sarkozy sur ce point. Comme chaque fois qu’il va trop loin, M. Sarkozy a tenté de donner une explication à la remarque si originale qu’il venait de faire. Puis, il a été défendu par Mme Morano, dont la dialectique n’est pas toujours subtile et par Rachida Dati qui, au terme de sa réflexion et bien que ses racines se situent au-delà de la Méditerranée, a accepté le cadeau somptueux que M. Sarkozy vient de lui faire et endossé son patrimoine gaulois.

Des racines et des ailes.

Dans une critique en bonne et due forme, il serait dit que l’ancien chef de l’État s’est livré à un truquage historique sous le prétexte d’exiger des fraîchement naturalisés un tel patriotisme qu’ils se verraient sur-le-champ transfigurés par leur citoyenneté. Ou qu’il a passé les bornes, ou qu’il devient sénile, ou qu’il a pris quelques films comiques pour l’essentiel de la culture française. Ou encore, dans le genre superlatif, qu’il veut convertir de force ceux dont les ancêtres ne sont pas gaulois à une foi infondée, un peu comme l’Inquisition a converti les juifs espagnols. Mais, dans huit jours, que restera-t-il de ce galimatias ? Non, il vaut mieux prendre l’affaire avec le sourire et tolérer le goût de M. Sarkozy pour le cinéma pour enfants. Tout ça me fait penser au titre de l’émission « Des racines et des ailes ». C’est un très beau titre pour un programme qui décrit magnifiquement le patrimoine français. Mais, en réalité, c’est un proverbe juif, d’ailleurs superbe : « On ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes ». La société française ne peut pas changer les racines, car elles sont transmises. Elle peut, en revanche, aider tous ses enfants à déployer leurs ailes.

RICHARD LISCIA

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5 réponses à Les Gaulois et nous

  1. liberty8 dit :

    J’ai beaucoup aimé cet article plein d’humour.
    Je dois avoir quelques radicules gaulois, mais au moins la moitié du coté de César, bien que les carthaginois, certains gaulois, les lombards, les espagnols, les autrichiens, et même certains vikings et maures soient aussi passés par la botte.
    Pour la question des racines, on est vraiment sûr de rien … vraiment de rien du tout !
    Sourire du week end

  2. Lilith dit :

    Ce texte magnifique m’évoque le figuier des banians.
    Des racines et des branches partout, l’arbre est puissant.
    Moi aussi j’ai souri et un peu rêvé.
    Moi aussi je l’ai aimé.

  3. cro-magnon dit :

    Sarkozy, comme la plupart des gens, semble ignorer que l’on ne naît pas avec des racines mais qu’on les acquiert. Un enfant nait vierge d’ antécédents. Dès ses premiers instants, la famille et la société lui inculquent une religion, une culture, voire une nationalité. On le baptise, on le circoncit, on lui donne une langue dite maternelle, une identité, on le formate. Si, par accident, cet enfant était échangé, il serait totalement différent et aurait une identité différente. Les ancêtres ne se transmettent pas, ils s’acquièrent. Seules se transmettent des caractéristiques biologiques: couleur de peau, taille, propension à certaines maladies… Les ancêtres, la nationalité, la culture, la religion ne sont pas des caractères innés mais des caractères acquis.
    .

  4. JMB dit :

    Lors de l’accession de Léon Blum à la Présidence du Conseil, Xavier Vallat, futur commissaire aux Questions juives, déplora qu’il dirige « ce vieux pays gaulois ».
    Un article de la revue « L’Histoire », paru à la veille de l’élection présidentielle de 2012, et intitulé « Nicolas Sarkozy face à l’histoire », comportait un dessin où un libraire lui présentait un livre: « Vous avait peut-être lu cette excellente biographie de Napoléon ». Il lui était répondu: « Ça dépend laquelle ? Celle de Christian Clavier ou celle de Serge Lama ? ».

  5. mXmF dit :

    N’est-il pas plus simple de considérer cette réflexion comme symbolique : « les gaulois », comme le coq, est un symbole du peuple français ! Si l’on s’y intègre on est un français, c’est-à-dire qu’on se rallie à la culture française, à ses ancêtres les plus lointains, à sa mascotte (le coq). Étant moi-même d’origine germano-italienne récente, athée mais de culture protestante, pas sarkozyste du tout, je clame : « nos ancêtres les gaulois » par référence symbolique à tous ceux qui m’ont précédé ici et qui ont fait mon pays tel que je l’ai trouvé tout fait et que j’aime au point de me conformer à ses us et coutumes sans réserve. Tout en reniant pas mes racines bien sûr ! Et il n’est pas honteux de constater que ce pays est de culture gréco-romaine, de religion quasi exclusivement catholique sur le temps long, et qu’il a été peuplé depuis ses origines quasi exclusivement de gens dont la couleur de peau est le blanc. Cela ne porte aucune atteinte à tous ceux d’autres religions, couleurs de peau, cultures variées qui se sont intégrés plus tardivement à ce pays. Il est aujourd’hui plus diversifié mais ses pères fondateurs restent une référence qui n’est pas honteuse !

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