L’âme damnée de Sarkozy

Buisson tente de tuer le frère (Photo AFP)

Buisson tente de tuer le frère
(Photo AFP)

Quand on lit Patrick Buisson (La Cause du peuple) ou qu’on l’écoute à la télévision, on décèle un caractère incapable de reconnaître ses fautes, un homme qui s’arroge le droit de juger les autres malgré ses propres travers, mais aussi un vaniteux qui se croit investi d’une mission et ressent comme une brûlure l’humiliation de sa condamnation pour avoir enregistré Nicolas Sarkozy et Carla Bruni sans leur accord.

LE PERSONNAGE est à la fois intriguant et inquiétant. Son comportement, son goût du secret, la jubilation qu’il tire de son influence d’autrefois sur le pouvoir, sa loyauté à géométrie variable (Je sers le président mais je l’enregistre à son insu), les divers avantages financiers qu’il a obtenus de son séjour à l’Élysée donnent de lui une image sulfureuse et dangereuse. C’est un corrompu qui croit avoir autorité pour dénoncer toutes les formes de corruption de la classe politique, sans même essayer de concilier l’usage direct et abondant qu’il a fait de ce climat où tout était permis et le manteau blanc de la vertu dans lequel il se drape depuis qu’il a été évincé avec fracas de la sphère exécutive. Avant même de poser la question sur les dommages que la publication de son livre risque de causer à un Sarkozy en campagne pour son élection, on constate que, décidément, l’ancien président était mal entouré, qu’il était fasciné par un individu que d’autres auraient vivement écarté et que son dispositif reposait, au moins partiellement, sur des gens peu recommandables.

Méchanceté pure.

Il n’est pas difficile à M. Sarkozy et à son entourage de minimiser l’impact du livre de M. Buisson : tant de défauts, de penchants alarmants, de colère, de rancoeur, de hargne, de méchanceté pure suffisent à montrer qu’il ne faut pas le prendre au sérieux. Le problème vient de l’accumulation des charges pesant sur l’ex-chef d’État. Les multiples poursuites dont il fait l’objet, mais assortis de non-lieux presque aussi nombreux, indiquent soit une fâcheuse tendance à passer au-dessus des lois, soit une concentration, anormale et politiquement inspirée, des médias et de la justice sur une présidence où les spécialistes du complot ont cru voir une foule d’aspects maléfiques. M. Sarkozy a sauté beaucoup de haies pendant son parcours, mais il pourrait bien en accrocher une ou deux avant les élections générales de 2017. Si « La Cause du peuple » n’ébrèche pas le vigoureux soutien qu’il trouve chez les militants de son parti, elle s’ajoute à un nombre infini de soupçons qui, sans remettre en cause son talent et son leadership, peuvent diriger le gros de l’électorat vers un homme moins controversé.

Un Sarkozy médisant.

L’ennui, avec les accusations de Buisson, c’est qu’elles sont crédibles, malgré l’absence de preuves : sachant ce que l’on sait de la guerre qui a opposé M. Sarkozy à Dominique de Villepin, on n’est pas trop surpris de ce que le ministre de l’Intérieur de 2005 (Sarkozy) ait laissé à dessein des émeutiers sévir pour en finir avec le Premier ministre (Villepin) et son CPE (Contrat de première embauche). Méthode peu reluisante, mais qui n’est pas incompatible avec ce que l’on sait du cynisme de M. Sarkozy. Lui et Buisson se ressemblent d’ailleurs : ils s’entendaient, semble-t-il, sur quelques manipulations et, quand ils se sont querellés, ce fut violent. Le premier a traduit le second en justice, le second règle ses comptes. On n’est plus à Paris, on est chez les Borgia. La seule force des « révélations » de Buisson, c’est ce que l’on sait déjà du tempérament de Nicolas Sarkozy. Qui, le connaissant un peu, s’étonnerait de ce qu’il ait tenu des propos ravageurs sur ses propres collaborateurs et amis ? Le défaut principal de M. Sarkozy, c’est la médisance. Il dit du mal des gens même en public. C’est sa manière à lui de se distinguer : le monde étant peuplé de faibles âmes, un homme aussi courageux que lui ne peut devenir que le chef suprême. Buisson baigne dans la même émotion, le même mépris des autres, le même souci de vaincre, quel qu’en soit le prix. Il tente de tuer le frère.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à L’âme damnée de Sarkozy

  1. liberty8 dit :

    Tout simplement : on appelle cela un pervers narcissique

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