Droite : le saut dans l’inconnu

Fillon a eu ce sourire moqueur pendant tout le débat (Photo AFP°

Fillon a eu ce sourire moqueur pendant tout le débat
(Photo AFP)

Le troisième et dernier débat avant le premier tour de la primaire de la droite a été comparable aux deux précédents, c’est-à-dire d’une assez bonne tenue, les candidats ayant évité de se livrer à une foire d’empoigne. Les questionneurs, en revanche, ont eu du mal à contrôler cette conversation à sept voix, l’un d’eux allant même jusqu’à railler la prétention de Bruno Le Maire à briguer la présidence.

NOUS SAVONS maintenant à peu près tout des intentions des candidats. L’exposé des programmes, notamment en politique étrangère, en économie et en éducation a apporté une confirmation plutôt que des surprises. François Fillon a été très clair, comme d’habitude, et son discours est convaincant. Il faut le noter, car l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy a fait une fin de course remarquable. Selon les sondages et, pour autant qu’ils soient significatifs, il est capable de se placer au second tour et il peut vaincre soit M. Sarkozy, soit Alain Juppé. Le pronostic a donc changé, mais il devient extrêmement difficile à établir. Au moment où des citoyens de droite et du centre s’apprêtent à voter, le résultat du premier tour reste un mystère complet.

Fillon peut l’emporter.

Tout dépendra en fait du nombre d’électeurs qui se rendront aux urnes. Une participation faible, inférieure ou égale à un million et demi de suffrages, indiquerait que seuls les militants et sympathisants des Républicains ont apporté leurs votes. Une participation plus large, comprise entre deux et trois millions, signifierait que d’autres sensibilités de la droite ont voulu peser sur le résultat. Dans le premier cas, M. Sarkozy ou M. Fillon ont des chances réelles. Compte tenu de sa brusque remontée dans les sondages, M. Fillon pourrait arriver en tête. Dans le second cas, Alain Juppé garde ses chances, mais il n’est pas impossible que son avance, qui semblait irrésistible jusqu’à présent, soit alors insuffisante pour qu’il soit investi.
En l’état actuel des choses, M. Juppé est victime de plusieurs nouveaux facteurs. La modération dont, à aucun moment, il n’a voulu se départir, joue peut-être contre lui si l’électorat souhaite plus de passion et d’émotion. Il s’est « clintonisé ». Il ne semble pas avoir vu venir la brusque ascension de M. Fillon et surtout, son équipe de campagne, comme dans le cas de Mme Clinton, n’a pas su lui suggérer une riposte fulgurante. Enfin, il n’est pas impossible que la candidature d’Emmanuel Macron l’ait rendu moins « désirable » aux yeux des électeurs. Les gens veulent des réformes, Juppé et Macron sont des réformateurs, mais le second est plus jeune, plus dynamique et n’a pas de passé politique. En outre, il se présente en dehors de la gauche. C’est un homme pour plusieurs partis. En tout cas, il s’efforce de l’être. Du coup il apparaît peut-être comme une alternative ultérieure à Alain Juppé.

Une lame de fond.

Il n’existe aucun moyen de comprendre pourquoi une partie du noyau dur des militants ou sympathisants LR décide de se rallier à M. Fillon, qui prend des voix chez l’ancien président mais aussi chez M. Juppé et chez M. Le Maire. Bien avant les débats, l’ancien Premier ministre avait mis au point un programme profondément réformateur, audacieux et complet. M. Juppé, qui tirait ce matin ses dernières cartouches, estime que ce programme est inapplicable à cause des vigoureuses résistances sociales qu’il va déclencher. Mais s’il y a une leçon à tirer de ce qui se passe en Europe et aux États-Unis, c’est que celui qui gagne est celui qui fait les promesses les plus folles. Empressons-nous de dire que M. Fillon n’est pas un populiste, n’est pas Donald Trump, et qu’il offre de sérieuses garanties quant à une gouvernance éclairée. Applicables ou non, ses idées semblent séduire énormément. Le résultat de la primaire de la droite pourrait être déconcertant, mais il sera aussi produit par la lame de fond qui soulève les opinions dans de nombreux pays occidentaux. J’ajoute que, justement, M. Juppé est considéré comme l’homme qui battrait le plus sûrement Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. M. Fillon peut-il en dire autant ? Or la défaite de la présidente du Front national est l’acte majeur que doit accomplir l’année prochaine l’électorat français. Ce qui se passera dimanche ne sera indifférent pour aucun démocrate.

RICHARD LISCIA

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