C’est Fillon !

Un triomphe (Photo AFP)

Un triomphe
(Photo AFP)

Le résultat des élections primaires de la droite et du centre apporte une triple surprise : l’élimination de Nicolas Sarkozy, la victoire très large de François Fillon sur Alain Juppé et une configuration du vote qui ridiculise les prévisions des instituts de sondage.

LA NON-QUALIFICATION de M. Sarkozy pour le second tour scelle la fin de la carrière de l’ancien président qui n’aura fait qu’un mandat et vient d’annoncer qu’il renonçait à la politique. Sa lourde défaite, avec seulement 20 % des suffrages, montre d’abord qu’une forte partie de l’électorat de droite ne souhaitait pas qu’il fût candidat, ce qui lui a été répété à satiété sans qu’il tienne compte de ce facteur très négatif. Ensuite, le retrait de M. Sarkozy constitue un avertissement à François Hollande : l’opinion ne veut pas non plus que l’actuel président se présente pour un second mandat. Si la gauche ne souhaite pas disparaître corps et biens lors des élections de 2017, elle aurait tout intérêt à se donner un autre chef de file.
La victoire de M. Fillon est plutôt un triomphe : plus de quinze points (le rapport étant 44-28) le séparent d’Alain Juppé, ce qui a donné naissance à des rumeurs sur un abandon du maire de Bordeaux. Mais M. Juppé, auquel s’est ralliée Nathalie Kosciusko-Morizet (2,6 %, quatrième, devant Bruno Le Maire), croit ou feint de croire qu’il peut, à son tour, faire mentir les prévisions et mener dans la semaine un combat « projet contre projet » susceptible de l’emporter contre le vainqueur du premier tour. D’une part, les différences programmatiques entre les deux hommes sont considérables, M. Fillon portant un projet nettement plus ancré à droite que celui de son rival ; d’autre part, si l’on s’appuie sur les chiffres, droite, centre et non-engagés confondus réclament une politique radicale de redressement économique, conforme à celle que propose l’ancien Premier ministre. En d’autres termes, il n’y a pas, dans la singularité des idées de M. Fillon (son souverainisme, l’Europe des nations, l’alliance avec Poutine), de quoi détourner les électeurs de droite, même si M. Juppé tente de le discréditer sur cette base.

Fillon grandi par les débats.

En outre, M. Fillon n’est pas Donald Trump. Sa candidature n’est pas loufoque, elle est sérieuse, sa campagne n’a pas été indécente, elle a été des plus élégantes (sauf peut-être quand il a mentionné les difficultés judiciaires de M. Sarkozy), et, pour finir, ce sont de toute évidence les débats qui ont déclenché sa brusque et irrésistible remontée dans les sondages, ce qui veut dire qu’il plaît quand il est mieux connu, alors que M. Juppé, il faut bien le dire, n’a pas le même impact sur le grand public. Le second tour risque donc d’être un exercice inutile, mais il n’est pas mauvais de recourir jusqu’au bout aux ressorts de la démocratie. Cette campagne des primaires de la droite et du centre, soulignons-le, aura été exemplaire. Certes, elle a été conduite avec des moyens insuffisants qui ont compliqué l’exercice du vote et fatigué les électeurs les plus âgés. Mais il est clair que, instaurées par la gauche, les primaires se déroulent dans une excellente atmosphère et ont apporté un plus à la démocratie.

Une mise en demeure à la gauche.

Alain Juppé peut soutenir que le programme de M. Fillon est « inapplicable », il demeure que c’est celui que veut l’électorat de droite, largement majoritaire aujourd’hui dans le pays, ce qui rend pratiquement impossible la tâche d’une gauche disqualifiée par le mandat de François Hollande, divisée en diverses tendances qui semblent irréconciliables, et imprévisible : tout est suspendu à la décision que le président de la République doit prendre en décembre. S’il renonce, il ouvrira la boîte de Pandore de toutes les ambitions et la multiplicité des candidatures, y compris celle de Manuel Valls et celle d’Emmanuel Macron. Si l’on tient compte de la volonté populaire telle qu’elle s’est exprimée lors du premier tour de la droite, les candidatures très à gauche ne risquent pas de faire le plein. Celles de MM. Macron et Valls seront les plus crédibles. Le problème pour eux sera la très forte crédibilité acquise par M. Fillon avec ses 44 %.
Bien entendu, il ne faut pas vendre la peau de l’ours. On ne sait rien du voeu populaire car les enquêtes d’opinion ont été mises en déroute tout autant que M. Sarkozy ou M. Copé (0,3 %) et risquent encore de se tromper. Le dernier sondage publié avant le scrutin accordait 32 % des suffrages à M. Fillon, soit 12 points de moins que son score réel. Il n’est pas totalement exclu que M. Juppé accomplisse l’improbable redressement qu’il promet pour dimanche prochain. Il n’est pas exclu que M. Hollande se présente. Il n’est pas exclu que l’aventure de M. Macron le conduise à de paradisiaques rivages. Ce que l’on peut dire aujourd’hui, c’est que les primaires sont un bon produit importé d’Amérique, et que nous en faisons un meilleur usage que les Américains eux-mêmes. Il apporte en tout cas à la campagne électorale une passion, des surprises, qui réhabilitent un peu la politique, surtout quand ses principes sont appliqués avec la plus grande intégrité.

RICHARD LISCIA

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6 réponses à C’est Fillon !

  1. liberty8 dit :

    Dans le « brouillard des primaires », le 16/11, j’avais donné ce pronostic avec Fillon gagnant à la fin.
    Juppé ne pourra pas réaliser un miracle. Les candidats ne sont pas propriétaires de leurs voix mais je vois mal les sarkozistes voter Juppé alors que Fillon a été toujours d’une fidélité sans faille pendant le quinquennat Sarkozy et que son programme est le plus proche. Les 2.5 % de NKM sont ridicules par rapport à l’avance de Fillon et de toute façon annulés par la consigne Lemaire.
    Les électeurs du centre ont déjà émis leur choix et les soi-disant électeurs de gauche ont obtenu ce qu’ils cherchaient : l’éviction de Sarkozy. Ils ne se déplaceront pas au second tour.
    Bref les jeux sont faits, quoi qu’on dise … J’aurais du parier, tiens !

    • Num dit :

      Idem pour moi…

      D’accord avec votre analyse, excepté sur: « les différences programmatiques entre les deux hommes sont considérables, M. Fillon portant un projet nettement plus ancré à droite que celui de son rival ». Les différences sont assez subtiles et marginales sur les programmes. S’il y a différence il y a, c’est plus sur le style.

      Réponse
      Je vous laisse juge de la polémique déjà lancée sur les engagements moraux de M. Fillon par M. Juppé.
      R.L.

      • Num dit :

        Polémique assez artificielle. Étonnant de la part de Juppé, d’habitude si mesuré, mais à qui le coup pris sur la tête dimanche semble faire perdre son sang-froid.
        Vous dites d’ailleurs finalement vous-même dans votre blog d’aujourd’hui qu’ils sont « proches » et que « rien de profond ne les différencie ». Ce qui est exact, à mon sens.

  2. phban dit :

    Rien n’est joué, les récents scrutins l’ont bien montré. Au deuxième tour, la configuration sera très différente, et il est fort possible que bon nombre de centristes et de socialistes modérés viennent prêter main forte à Juppé. D’autre part, une partie non négligeable de ceux qui ont voté Fillon l’a fait dans le but d’évincer Sarkozy. Que le meilleur gagne !

    • Num dit :

      Je pense au contraire qu’en critiquant le programme de Fillon avec un prisme de gauche, Juppé scie sa branche, à savoir l’électorat de droite. Il court à sa perte et commet un erreur stratégique. Je pronostique une amplification du score de Fillon au second tour.

  3. Hellier Pierre dit :

    Comme d’habitude très bonne analyse de M. Liscia.

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