Paris vaut bien une vignette

Une économie des bons sentiments (Photo AFP)

Une économie des bons sentiments
(Photo AFP)

A partir du 16 janvier prochain, tout véhicule circulant à Paris devra avoir une vignette certifiant qu’il n’est pas considéré comme facteur sérieux de pollution. Le système mis en place est un modèle bureaucratique pour tous ceux qui aiment avoir une vie compliquée.

LA MAIRE de Paris, Anne Hidalgo, dispose au Conseil de la capitale d’une majorité qui lui permet de signifier leur sort à tous les Franciliens sans qu’ils puissent donner leur avis. C’est ainsi qu’elle a interdit à la circulation une partie de la voie sur berge rive droite, provoquant un ralentissement sensible de la circulation dans toute la capitale, souvent au-delà du périphérique. Mme Hidalgo a un noble objectif : elle veut à tout prix dépolluer la capitale où les niveaux de dioxyde de carbone et de particules sont insupportables certains jours. Forte d’un argument imparable, elle exerce sur l’économie francilienne un diktat qui impose des restrictions graves à la bonne marche du trafic, c’est-à-dire de l’économie.

La bonne idée.

Les dispositions qu’elle a fait adopter comprennent la création d’une vignette, moins chère, il faut le dire que celle que Laurent Fabius a abolie il y a longtemps : 4,18 euros, port compris. Pour l’obtenir, il faut se rendre sur un site gouvernemental, donner un certain nombre d’indications, comme son adresse email et les coordonnées du véhicule figurant sur la carte grise, payer au moyen d’une carte bancaire et attendre que la vignette arrive pas la poste. Selon sa couleur, mais en vérité selon l’âge du véhicule, vous pourrez ou non circuler dans Paris certains jours de forte pollution, ou peut-être pas si la qualité de l’air est assez mauvaise pour interdire purement et simplement l’utilisation d’une automobile, d’un camion ou d’une motocyclette.
Anne Hidalgo a ainsi réinventé cette contradiction française en vertu de laquelle l’achat d’une voiture constitue un acte de civisme dès lors qu’il aide l’industrie et l’emploi, mais en même temps une atteinte à la santé publique dès lors que l’usage de la même voiture entraîne une aggravation de la pollution. Depuis les Trente glorieuses, les pouvoirs publics ont toujours considéré l’automobiliste comme une vache à lait, en lui faisant payer par des taxes multiples aux montants élevés son désir de circuler librement sur le territoire sans dépendre d’un horaire de train ou d’autobus. La Mairie de Paris nous suggère fortement, aujourd’hui, d’abandonner l’automobile au profit des transports en commun, ce qui n’est pas possible pour le plombier qui a des rendez-vous aux quatre coins de Paris et doit transporter son barda, ni pour les personnes âgées vivant en banlieue et obligées de prendre un bus, un train et un métro pour rejoindre le cabinet d’un médecin. Au fond, Anne Hidalgo rêve d’un Paris sans voitures. Reste à savoir si son rêve n’est pas le cauchemar des usagers.

Un risque pour l’économie.

Avec le temps, on pourra évaluer l’impact de la vignette parisienne sur l’économie d’Île-de-France. On calculera la diminution du produit intérieur brut ou la réduction du nombre d’emplois. On saura aussi si la puissante et très idéaliste inspiration de Mme Hidalgo aura purifié l’air que d’autres activités que la circulation polluent à l’envi. On verra si ces touristes dont nous réclamons la venue avec insistance depuis que les attentats les ont éloignés de la capitale française seront encouragés par la difficulté à se rendre de la tour Eiffel à l’Arc de Triomphe. On confiera peut-être à une batterie de psychanalystes le soin de traiter la détresse des hôteliers et des restaurateurs et, si l’on compte moins de maladies dues à la pollution, on risquera d’assister à l’émergence de nouvelles pathologies parmi divers agents économiques : ils auront été ruinés par la contraction du tourisme, par celle de la consommation des Parisiens eux-mêmes et par ces mesures que dicte le désir de bien faire mais incompatibles, nous semble-t-il, avec les besoins d’une société déjà très affaiblie par un chômage tenace.

RICHARD LISCIA

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4 réponses à Paris vaut bien une vignette

  1. Andre MAMOU dit :

    On pourra toujours avoir une voiture à Paris : il suffit d’acheter ou de louer une voiture électrique ( 400 kms d’autonomie) ou alors une voiture hybride ou même une voiture traditionnelle mais seulement à essence.
    Car la grande vérité que l’on dissimule est la suivante : ce sont les voitures diesel qui polluent même celles munies de pot catalytique. On ne peut pas le dire trop haut car la France fabrique des voitures diesel et raffine du gazole. Elle importe même du super. La vignette est une invitation NON PAS à abandonner la voiture mais à rouler sans polluer et sans envoyer des micro particules diesel dans les bronches des enfants. Il faut que les automobilistes comprennent et que les industriels aient le temps de transformer leur produit et leurs chaînes de production. Il faut aussi taxer le gazole comme l’essence au lieu de le laisser 15 % moins cher . Hidalgo voit juste mais agit précipitamment et ELLE n’est pas soutenue par VALLS et par Ségolène Royal qui voient en ELLE une concurrente.

  2. Num dit :

    Bel article. Vous êtes particulièrement inspiré en ce moment.

  3. bareau dit :

    fluctuat nec mergitur // liberté égalité fraternité .

  4. du Bouetiez dit :

    Je décrète que dans mon village de Trifouillis les Oies, pour le traverser, il vous faudra acquérir un pass ( tailles différentes suivant la voiture, son ancienneté et son carburant ). Il vous en coûtera 15 €.
    En cas de non-conformité, il faudra payer une amende de 75 €, sans compter 4 points de perdu sur le permis.

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