Christine Lagarde face à ses juges

Mme Lagarde à la CJR (Photo AFP)

Mme Lagarde à la CJR
(Photo AFP)

Depuis lundi, Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) et ancienne ministre de l’Economie de Nicolas Sarkozy, est jugée par la Cour de justice de la République pour « négligence » dans l’affaire Tapie. Elle risque un an de prison et 15 000 euros d’amende.

BERNARD TAPIE a obtenu en 2008, dans le cadre d’un arbitrage, la somme de 403 millions d’euros, censée l’indemniser pour la vente d’Adidas, organisée par le Crédit Lyonnais et qui, selon les dires de l’homme d’affaires, l’aurait lésé. L’indemnité qu’il a reçue et qui a été payée par le contribuable, car l’Etat était partiellement propriétaire du Crédit Lyonnais, a certes paru excessive et ruineuse pour la collectivité. Depuis, la justice a fourré son nez dans la transaction et a repris à M. Tapie la plus grande partie des sommes qu’il avait reçues. Puis, s’est posée la question des responsabilités de chacun des acteurs de l’affaire. Bernard Tapie a fait le siège de l’Elysée jusqu’à ce qu’il ait obtenu satisfaction. C’est le président de la République d’alors et son entourage qui ont décidé de confier l’affaire à une cour arbitrale, dont les membres par la suite, ont fait l’objet d’une enquête qui n’est pas terminée.

Un procureur très commode.

Le montant des sommes versées à M. Tapie étant énorme, l’opinion est fondée à exiger que toute la lumière soit faite. Le problème singulier de ce procès est néanmoins que le procureur chargé de porter l’accusation est si peu convaincu de la culpabilité de Mme Lagarde que, après avoir affirmé que le procès n’aurait pas dû lui être intenté, il s’apprête à demander un non-lieu. La CJR est une sorte de tribunal politique qui juge uniquement des responsables du gouvernement pendant l’exercice de leurs fonctions, mais, justement, il semble impossible d’établir une distinction entre décision politique prise au plus haut niveau et responsabilité individuelle d’un ministre appelé naturellement à se plier à la discipline gouvernementale.
A remarquer que Mme Lagarde n’essaie même pas de s’abriter derrière cet argument et continue de défendre l’idée qu’elle a oeuvré dans l’intérêt général, persuadée qu’elle est encore aujourd’hui que, si elle avait renvoyé l’affaire devant un tribunal traditionnel, le risque était grand de devoir verser encore plus d’argent à M. Tapie. Sans doute pense-t-elle qu’avec un procureur qui n’a pas du tout l’intention de réclamer une peine contre elle, elle joue sur du velours. Mais, face à la CJR, elle est très seule. Son chef de cabinet de l’époque, Stéphane Richard, aujourd’hui P-DG d’Orange, refuse de témoigner au procès de Mme Lagarde parce qu’il est poursuivi, toujours à propos de l’affaire Tapie, devant une juridiction normale et bénéficie du droit de ne pas aggraver son propre cas par son témoignage. Or il se trouve que la défense de Mme Lagarde repose partiellement sur l’idée qu’elle a confié le dossier à M. Richard et qu’elle se serait contentée de ses conclusions. Ce qui la conduit à reconnaître qu’elle aurait pu être plus vigilante.

« Négligence » et « légèreté ».

La directrice du FMI est précisément poursuivie pour « négligence » et « légèreté », motifs aux appellations apparemment bénignes, mais qui, appliqués à une ministre occupant l’un des postes les plus sensibles du gouvernement, acquièrent une forte sévérité. Il demeure que le procès n’a pas empêché Mme Lagarde de rester à la tête du FMI, ce qui n’a pas été le cas de son prédécesseur, Dominique Strauss-Kahn ; que le FMI souhaite ardemment qu’elle reste à son poste ; que c’est la deuxième fois qu’un directeur français du FMI a des démêlés avec la justice, ce qui fait mauvais effet ; qu’une condamnation de Mme Lagarde serait très préjudiciable pour la réputation de la France ; que, dans cette affaire, on peut considérer que Mme Lagarde et M. Richard n’ont été que des exécutants ; et qu’il n’est pas juste de s’en prendre à eux sans poser la bonne question : les coupables, s’il y en a, étaient-ils à Bercy ou à l’Elysée ?

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Christine Lagarde face à ses juges

  1. charly dit :

    Poser la question, c’est y répondre…et le coupable est à present retraité politique !

  2. DANTEC dit :

    Vous croyez que la justice a récupéré les 400 millions d’euros de M. Tapie, je n’en suis pas certain,
    car ce n’est écrit nulle part et je trouve M. Tapie trop silencieux, sachant que l’application d’une condamnation fiscale ne revient pas à la justice mais au fisc, donc au ministère des Finances. Je soupçonne ce dernier de trainer encore longtemps avant de récupérer la mise.

    Réponse
    M. Tapie n’est pas silencieux. Il a dit que le fisc lui avait tout pris et qu’il était lessivé. Les pouvoirs publics ont saisi divers biens de M. Tapie, notamment, un yacht et des villas. Je ne prétends pas avoir la liste des saisies, mais je sais qu’elles représentent une bonne partie des indemnités qui lui ont été versées. Je ne crois pas pour autant que M. Tapie soit ruiné.
    R. L.

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