Trump : moi et le chaos

Protestation à Los Angeles
(Photo AFP)

Le décret présidentiel signé par Donald Trump vendredi dernier et exigeant le refoulement à la frontière américaine de passagers en provenance de sept pays musulmans a déclenché la première crise sérieuse de sa présidence.

LA MESURE, qui a provoqué un chaos dans un certain nombre d’aéroports, entraîné des manifestations et soulevé de vives critiques dans la presse, sera néanmoins maintenue par le président Trump. Il a répondu que le désordre dans les aéroports était dû principalement à des problèmes informatiques, qu’il ne visait pas les musulmans mais le terrorisme, et il a limogé Sally Yates, qui assurait le ministère de la Justice par interim et refusait d’appliquer son « executive order ». Il a remplacé Mme Yates par Dana Boente, trumpiste bon teint, qui a déclaré qu’il appliquerait la décision du président, tandis que Barack Obama est sorti de son silence pour critiquer avec force une « atteinte aux droits civils fondamentaux ».
Les anecdotes de passagers maltraités par les services de police et de sécurité, pourtant censés respecter les droits humains, d’expulsions consécutives à une longue attente dans les locaux de la douane, de séparation des familles révèlent toute la brutalité d’une décision qui a été prise sans concertation aucune et sans respect des droits les plus élémentaires. Des détenteurs de cartes vertes, c’est-à-dire d’une autorisation à résider de façon permanente aux États-Unis, ont été contraints d’attendre pendant de longues heures avant que l’administration américaine, consciente de la gravité de la mesure, les autorise à entrer enfin sur le territoire américain. M. Trump ne semble pas avoir réalisé qu’un visa permanent ou même un visa tout court correspond à une document délivré par l’administration et qu’il ne peut être annulé qu’au terme d’une procédure judiciaire. Comme
au temps de Vichy, son décret avait effet rétroactif, supprimant un droit déjà accordé sans l’adoption d’une nouvelle loi.

Une atteinte aux intérêts américains.

Pour les Américains, la question porte moins sur les tourments infligés aux innombrables étrangers qui disposaient d’un droit de séjour que M. Trump a supprimé d’un trait de plume que le mal que l’executive order a fait aux institutions américaines et même aux intérêts bien compris du peuple américain. En effet, l’industrie des nouvelles technologies est constamment à la recherche de talents et il existe toute une batterie de visas qui lui permettent de faire venir des professionnels du monde entier sans lesquels elle ne peut pas se développer. Les grands groupes Internet lancent donc un cri d’alarme : il ne faut pas tarir la source de cerveaux étrangers. De la même manière, la politique mexicaine de M. Trump est destructive plus qu’aléatoire : la taxe de 20 à 30 % qu’il veut appliquer aux produits manufacturés en provenance du Mexique ne peut être payée que par le consommateur américain, qui subira une hausse sensible des prix. La fermeture de la frontière entre les deux pays privera les États-Unis d’une main d’oeuvre bon marché sans laquelle de nombreux États ne pourraient pas fonctionner. Dans le « New York Times », Paul Krugman, prix Nobel d’économie, s’est autorisé à donner un cours au président en lui expliquant les effets pervers du protectionnisme qui, infailliblement, se retourne contre le pays qui le met en oeuvre.

Le simplisme comme méthode de gouvernement.

Sur Twitter ou dans ses entretiens télévisés, Donald Trump a toujours une explication très personnelle du désordre qu’entraînent ses décisions. Il a voulu changer la face de l’Amérique en quelques jours grâce à l’application intégrale de ses promesses électorales. Le président qui ne s’embarrasse guère des documents et dossiers compilés par ses collaborateurs, dont l’attention et la concentration semblent limités au quart d’heure, qui est convaincu que les intellectuels et les journalistes coupent les cheveux en quatre et sont responsables de l’immobilisme gouvernemental, a érigé, au nom de la simplification, le simplisme en méthode de gouvernement. Tout à coup, les marchés qu’il enthousiasmait sont passés au scepticisme, puis l’inquiétude ; tout à coup, les taux d’intérêt remontent; tout à coup personne n’exclut plus une guerre commerciale dans le monde.
Ce qui est rafraîchissant, c’est que l’opposition se bat davantage contre les atteintes à la démocratie que contre la stupidité de mesures économiques dangereuses. D’une part, M. Trump exerce son pouvoir au mépris des dispositions de la Constitution et liquide purement et simplement ceux qui se dressent sur son chemin ; d’autre part, il a trouvé la parade à toutes les critiques : une sorte de vérité 2.0 à laquelle il a donné le nom de faits alternatifs. Il y aurait une réalité située dans la quatrième dimension et qu’on ne perçoit que si on est du côté de Trump. Les Américains et nous en avons pour au moins quatre ans. Dommage.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Trump : moi et le chaos

  1. Elie Arié dit :

    Nous nous trouvons dans une situation inédite : une grande démocratie comme les Etats-Unis gouvernée par un homme qui n’a pas la moindre idée de ce que sont la politique et l’ Etat de droit. Cela pourra-t-il durer quatre ans ?

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