Le Pen aux marches du pouvoir

Qui est-elle ?
(Photo S. Toubon)

Les nombreuses surprises de la campagne électorale ont presque masqué l’ascension de Marine Le Pen. Elle a bénéficié du malaise qui règne dans toute la classe politique, droite et gauche confondues. De sorte que, aujourd’hui, les enquêtes d’opinion lui accordent un score de 44 % au second tour. Encore un effort et elle sera élue présidente.

LES PARTIS de gouvernement s’y entendent à merveille pour favoriser l’OPA du Front national sur le pays. L’énorme déception infligée à ses électeurs par un François Hollande incapable de tenir ses promesses aura été le carburant de la montée de Mme Le Pen dans les sondages. L’échec de la gauche a suscité de nombreuses vocations et sa primaire a consacré les frondeurs, de sorte qu’elle propose aujourd’hui un programme qui n’est pas assez éloigné de celui de Jean-Luc Mélenchon pour sembler raisonnable et pas assez proche non plus pour que toute la gauche réunisse ses forces autour d’un seul candidat. C’est encore l’impéritie de la gauche qui a permis à Emmanuel Macron de faire cavalier seul sur le thème du changement, auquel néanmoins il n’a pas, à ce jour, donné beaucoup de consistance.

Même Macron est populiste.

M. Macron a lui aussi trouvé son inspiration dans le populisme qui séduit tant d’électeurs. Il s’y entend pour faire vibrer les foules, comme M. Mélenchon, mais avec d’autres idées et comme M. Hamon, qui n’est pas à proprement parler un grand orateur mais a gagné la primaire grâce à son époustouflante proposition de revenu universel. On a donc assisté à gauche à une surenchère populiste qui consistait à imiter les méthodes du Front national mais assaisonnées d’une compassion coûteuse, d’un aveuglement financier qui ne connaît plus de limites et d’une irresponsabilité que ni M. Mélenchon ni M. Hamon ne cherchent à cacher : ils ne perdront jamais des voix s’ils promettent toujours plus. Autrement dit, au moment où la France a furieusement besoin d’une réforme profonde pour affronter les dangers économiques et sociaux, l’extrême droite et la gauche proposent son affaiblissement.
Ce n’est pas parce que ces idées, qui ont germé dans un climat international marqué par l’avènement de Trump et par la folie du Brexit, sont désormais très répandues en France et séduisent de nombreuses catégories sociales que nous devions nous priver de les contester. Ce n’est pas parce que Trump a été élu qu’il ne fallait pas voter pour Mme Clinton. Ce n’est parce que le Royaume-Uni est tombé dans le piège du Brexit qu’il fallait soutenir le « oui ». Ce n’est pas parce que Mme Le Pen est aux marches du pouvoir que nous allons accepter son avènement avec fatalisme. Après tout, qui est-elle, sinon la fille d’un homme qui revendique son racisme et sa xénophobie ? Qui est-elle, sinon la représentante d’une dynastie aux finances mystérieuses et secrètes, fondée sur l’intolérance, la haine de l’autre et la peur de tout ? Qui est-elle sinon la tante d’une jeune femme prête à prendre sa place avec des idées proches d’une idéologie fascisante ? Qui est-elle, sinon la patronne d’un parti qui n’est pas, c’est le moins qu’on puisse dire, plus honnête que les autres mais qu’elle a toujours présenté comme un parangon de vertu ?

Mensonges éhontés.

Elle dénonce sans cesse le pourrissement et la nullité de la classe politique, mais quel gage d’intégrité nous offre-t-elle et quel programme, sinon un ouragan si violent qu’il mettrait la France à genoux, qu’il détruirait la classe moyenne, ruinerait les épargnants sans pour autant créer les emplois dont les Français ont tant besoin ? Je connais tous les facteurs qui ont encouragé le populisme en France, je sais toutes les raisons qui font que, pratiquement, aucun candidat n’ose faire campagne sans exciter peu ou prou les instincts de la foule. Mais, en somme, cette façon de faire ne repose que sur un treillis serré de mensonges. Mensonge sur notre capacité à dépenser sans compter alors que nous avons 2200 milliards de dettes ; mensonge sur une redistribution forcenée qui ruinera sûrement ceux qui ne demandent rien sans pour autant satisfaire les besoins des autres ; mensonge éhonté sur notre appartenance à l’Europe et à l’euro qui, loin de saper les forces de la France, sont ses meilleurs armes contre l’adversité.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Le Pen aux marches du pouvoir

  1. DANTEC dit :

    Le FN a un programme économique « extravagant, d’après la revue « Challenges », et il fait des promesses « délirantes » ; il faut le contrer. Concernant l’Europe dont il conviendrait de modifier certaines règles de fonctionnement, les candidats à l’élection présidentielle restent discrets. Quant à François Hollande, qui aurait dû profiter des mois qui lui restaient pour engager les réformes qu’il devait entreprendre, il se promène innocemment de ci de là.

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