Bayrou renonce

Un immense sacrifice
(Photo AFP)

François Bayrou a annoncé aujourd’hui qu’il ne présenterait pas cette fois sa candidature à l’élection présidentielle au motif que l’offre politique est déjà trop dispersée. En revanche, il propose une alliance à Emmanuel Macron.

CONNAISSANT le personnage, plutôt imbu de sa personne et convaincu depuis des lustres qu’il a un destin national (Mitterrand le lui avait dit !), on ne peut qu’être saisi d’admiration devant son abnégation. Il vient de faire un geste d’une très grande générosité, qui témoigne que l’inquiétude que lui inspire la crise française le conduit non pas à tenter une fois de plus de conquérir le pouvoir mais de se mettre au service du mouvement avec lequel il estime avoir au moins quelques affinités. Il a à la fois levé le soupçon qui traîne au fond des esprits sceptiques, favorables à ses idées, subjugués par son honnêteté, mais agacés par sa vanité, et offert à M. Macron une chance supplémentaire de l’emporter dans une configuration où il faut bien dire que l’alignement des planètes joue pleinement pour l’ancien ministre de l’Economie. A quoi il faut ajouter que son ralliement à M. Macron est pour M. Bayrou la façon de confirmer qu’il est plus à gauche qu’à droite, qu’il combat donc M. Fillon, conformément à une évolution qui, il y a cinq ans déjà, le conduisait à appeler à voter Hollande, ce que M. Sarkozy, à juste titre, considéra comme une trahison. En outre, M. Bayrou, en soutenant Alain Juppé, a sûrement contribué à sa défaite, ce qui devrait faire réfléchir M. Macron, qui, même s’il n’est pas superstitieux, pourrait y voir un mauvais présage.

Une loi de moralisation publique.

M. Bayrou n’a sans doute pas foncé tête baissée dans l’offre qu’il fait à M. Macron et avait probablement informé au préalable son nouveau « partenaire » de ce qu’il allait dire en conférence de presse. Cela devrait signifier que M. Macron n’est pas foncièrement hostile aux exigences importantes posées par M. Bayrou. Lequel mérite d’autant plus notre admiration que sa première condition à une alliance avec le chef d’En Marche !, c’est l’adoption d’une loi de moralisation publique. On ne peut vraiment pas reprocher à M. Bayrou de prendre très au sérieux des affaires ou des scandales qui décrédibilisent la classe politique et ridiculisent notre démocratie. On ne peut pas davantage le blâmer d’avoir expliqué, sur un mode presque funèbre, que l’électorat français semble s’apprêter non seulement à choisir le parti de l’effondrement du pays, mais celui qui déchirerait l’Europe aussi. En peu de mots, et avec une très grande simplicité, François Bayrou a dressé de la crise nationale un tableau étourdissant et offert, par le biais de son propre effacement, un espoir à la nation.
Mais nous ne sommes sûrs de rien ; nous ne savons pas si Emmanuel Macron s’est hâté de manger son pain blanc (l’inattendu ralliement de M. Bayrou, qui l’avait critiqué à plusieurs reprises) en laissant de côté des exigences qui impliquent des tractations semées de divergences peut-être insurmontables. Mais il n’est pas impossible non plus que M. Macron, pour grossir son électorat, soit prêt à faire à M. Bayrou de très importantes concessions qui modifieraient son programme.

Non à la proportionnelle.

Car il y a au moins une exigence de M. Bayrou qui pose un sérieux problème : celle qui concerne l’introduction de la proportionnelle dans le scrutin des législatives et qui n’est pas autre chose qu’un retour à la IVè République. Le chef du MoDem a toujours réclamé la proportionnelle parce qu’il souhaite pour son parti un nombre de sièges plus élevé. Malheureusement, pour le bonheur de voir siéger des centristes, nous devons courir le risque d’assister à une invasion de députés du Front national. En outre, le scrutin proportionnel présente l’immense inconvénient de renvoyer le pays au système des partis que de Gaulle avait liquidé en fondant la Vè République. Quand les Hamon, Montebourg et Mélenchon réclament une VIè République, ils ne demandent pas autre chose que de nous renvoyer à la IVè et à l’instabilité politique permanente. M. Macron est peut-être d’accord mais l’électeur peut avoir une opinion différente. Je sais bien que la proportionnelle est infiniment plus juste que le scrutin majoritaire à deux tours, mais entre l’injustice et une France gouvernable, on est fondé à choisir la seconde.

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10 réponses à Bayrou renonce

  1. Liberty8 dit :

    Après tout le mal que M.Bayrou a dit sur M.Macron et en particulier ses « rapports avec la finance incompatible avec la mission présidentielle » voila qu’il découvre la lumière sur le chemin de Damas !
    Comme dirait M.Lagarde : il est passé d’un objectif présidentiel à un objectif de premier ministre. Ses troupes étant déjà passées du coté de M.Macron , il ne pouvait espérer que rejoindre le train en marche et pour une fois quitter un rôle de locomotive poussive à celui du wagon de queue.
    Je doute que son ralliement soit positif pour M.Macron. Il va au contraire lui compliquer sérieusement les choses

  2. Bastien dit :

    M. Bayrou a habilement habillé son renoncement à une quatrième candidature à l’Elysée (pas de troupes, pas d’élus et pas d’argent) en une alliance avec le banquier d’affaires de chez Rothschild : cet hologramme sans programme représentant de la haute finance (propos de François Bayrou ) pour un poste de Premier ministre ? Et surtout avec des députés élus à la proportionnelle et la fin de la Vème République. Quel grand homme d’Etat que cet homme-là !

  3. Andre MAMOU dit :

    Macron n’est pas obligé de tenir toutes les promesses faites à Bayrou ! Il peut remettre à la prochaine législature la proportionnelle qui rendrait le pays ingouvernable avec une centaine ou plus de députés FN ! Il faut empêcher qu’arrivent au pouvoir Marine Le Pen, Mélenchon, Hamon qui seraient les fossoyeurs de la République. LR+ UDI+ EM+ MoDem, plus les anciens vallsistes. La France serait transformée, modernisée et les extrémistes rejetés.

  4. Gosselin dit :

    M. Bayrou joue sa survie politique et rentre dans le système qu’il feint de combattre. La magouille politicienne. Triste spectacle que celui-là !

  5. Michel de Guibert dit :

    Verbatim 09/2016 de François Bayrou :
    « Je suis absolument sceptique sur cette affaire, et quand je dis sceptique, c’est le mot le plus modéré que je puisse choisir. Ça ne marchera pas, parce que les Français vont voir ce que cette démarche signifie, ce qu’il y a derrière tout ça, derrière cet hologramme.
    D’ailleurs c’est très simple: posez-vous la question du pourquoi ces heures et ces heures de télévision en direct ? Pourquoi ces couvertures de magazines, pourquoi ces pages et ces pages autours de photographies ou d’histoires assez vides ?
    Il y a là une tentative qui a déjà été faite plusieurs fois par plusieurs grands intérêts financiers et autres, qui ne se contentent pas d’avoir le pouvoir économique, mais qui veulent avoir le pouvoir politique.
    On a déjà essayé plusieurs fois… On a déjà essayé en 2007 avec Nicolas Sarkozy, et ça n’a pas très bien marché. On a essayé en 2012 avec Dominique Strauss-Kahn… Et ce sont les mêmes forces qui veulent réussir avec Macron ce qu’elles ont raté avec Strauss-Kahn.
    Je me suis toujours opposé au mélange des genres entre la décision politique, qui doit être d’ordre civique, et le monde des grands intérêts et celui de l’argent.
    Il y a la séparation de l’Église et de l’État. Moi je suis pour la séparation de l’État et de l’argent (…) Je ne suis pas pour que le pouvoir de l’argent prenne le pas en politique. Il faut en tenir compte, il faut le savoir il faut le connaître, il faut favoriser quand on peut l’activité et la création de richesses. Mais il ne faut pas que l’un ait le pas sur l’autre.
    Cela ne marchera pas. Je mènerai la bataille pour qu’il n’en soit pas ainsi, et il est absolument clair pour qui voit le déroulement des choses que c‘est une opération de ce genre dont il s’agit. »

    • ganja N dit :

      Absolument d’accord avec votre analyse.
      Cependant n’est-ce pas ces grands intérêts financiers qui manipulent le monde et envoient ces messages subliminaux au peuple qui les gobent ?
      A chacun d’être capable de vigilance pour ne pas tomber dans le piège de certains médias.

      • Michel de Guibert dit :

        Ce n’est pas mon analyse, je citais seulement les propos de François Bayrou il y a quelques mois !
        On a du mal à imaginer qu’il puisse maintenant se rallier à Emmanuel Macron, qu’il a si fortement critiqué, à juste titre, et avec lequel il n’a pas grand chose de commun…

      • Michel de Guibert dit :

        « La victoire possible du marcheur sur l’eau réjouit ces «intérêts financiers» que François Bayrou avait si bien identifiés il y a six mois… »
        Natacha Polony

  6. JMB dit :

    Toute évolution des institutions politiques françaises est disqualifiée par l’épouvantail de la proportionnelle. Les institutions de la IVè République ont été dévalorisées, de façon non innocente, par le pouvoir gaulliste. Les institutions de la Vè République ont été établies, dans le contexte de la guerre d’Algérie, pour la personnalité du général De Gaulle: aucun candidat n’a son envergure: après Napoléon, il y eut Napoléon le Petit, après De Gaulle, De Gaulle le très petit. La IVè République a permis la reconstruction de la France, cette période que l’on nomme “Les Trente Glorieuses”. Ce n’est pas si mal.
    Les institutions françaises sont en déficit pour la séparation des pouvoirs. Celle-ci est mieux respectée aux États-Unis. Si Trump a été élu par un suffrage indirect, dont le mode a été établi au XVIIIè s. et qui traduisait un méfiance pour le suffrage universel, le premier mois de sa présidence montre une indépendance de la justice qui ne semble pas être souhaitée sous nos cieux. Malgré une majorité républicaine au Congrès, un ministre n’a dû sa nomination qu’à la voix prépondérante du vice-président: les membres du Congrès étatsuniens ne sont pas des godillots. De plus, le président sera confronté à des élections de mi-mandat: il ne reçoit pas de blanc-seing pour 4 ans, encore moins pour 5 ans.
    La proportionnelle est naturelle par exemple en Israël, aux Pays-Bas, ce qui n’empêche pas ce pays d’avoir un PIB/habitant supérieur au nôtre, un taux de pauvreté moindre.
    Avec ou sans dose de proportionnelle, les institutions politiques françaises ne sont plus au standard démocratique du XXIè s.

    Réponse
    Vous venez de citer deux exemples, celui d’Israël et des Pays-Bas, qui ne sont guère concluants : en Israël, des partis minuscules pèsent dix fois leur poids dans les décisions du gouvernement et les Pays Bas s’apprêtent à mettre Geert Wilders (un genre de FN) au pouvoir. C’est à cause de la déstabilisation politique que je suis hostile à la proportionnelle.
    R.L.

    • Num dit :

      La solution c’est de garder le scrutin législatif tel quel (scrutin uninominal majoritaire à 2 tours, ne garder que les 2 premiers candidats du 1er tour) et de redonner la prééminence aux législatives en les plaçant avant l’élection présidentielle. Ainsi le premier ministre ne tire pas légitimité du président mais de l’assemblée, avec une majorité stable.
      Enfin, mettre fin à l’élection du président au suffrage direct. Tout ce bazar tous ces 5 ans qui tourne au concours de beauté et au combat de coqs est nuisible à la démocratie. Et en effet, il était adapté à de Gaulle mais pas à ses médiocres successeurs. Un suffrage indirect comme sous la IVe ou au début de la Ve serait préférable.

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