Trump tente de grandir

Trump fusille les médias
(Photo AFP)

Donald Trump prononce ce soir, devant les deux chambres du Congrès réunies, son premier discours sur l’état de l’Union. C’est, pour lui, l’occasion de se mouler dans les institutions et d’affirmer une stature présidentielle jusqu’à présent très contestée.

LA COTE de popularité de M. Trump est de l’ordre de 38 %, pourcentage historiquement bas pour un président qui vient à peine d’entrer à la Maison Blanche. Il est vrai qu’il s’en est pris aux institutions, à la justice, aux médias avec une violence inconnue dans les annales. Il a jugé illégales les décisions des tribunaux qui ont rejeté son décret interdisant l’accès au territoire américain aux ressortissants d’un certain nombre de pays musulmans ; il a convoqué une conférence de presse uniquement pour abreuver d’injures les journalistes présents et il a même refusé d’inviter certains journalistes appartenant à des médias qui le critiquent trop souvent à ses yeux ; il accuse les chaînes de télévision et l’opinion elle-même de colporter de fausses nouvelles, par exemple sur le nombre de citoyens présents pour la cérémonie de son investiture ; il n’a cessé d’entretenir cette polémique puérile par des attaques renouvelées contre les journalistes. Sur Twitter, et malgré les conseils de ses proches, il continue à se livrer à une guerre verbale contre tous ceux qui n’ont pas l’heur de lui plaire.

Des dossiers compromettants.

Bref, à aucun moment, il ne s’est conduit avec la sobriété, le calme et la pondération d’un chef d’État. Il a rendu hystérique sa relation avec les médias. Il est clair qu’il ne supporte pas de n’avoir pas raison, qu’il est intolérant à toute critique, qu’il voit une agression dans chaque question qui lui est posée et il entretient une relation conflictuelle avec tous les relais d’opinion en se présentant comme leur victime.
Il est, par ailleurs, en infraction avec tous les usages et probablement avec la loi. Il n’a jamais publié ses déclarations fiscales. Il a attaqué les divers, nombreux et pléthoriques services de renseignements américains sous le prétexte qu’ils auraient menti quand ils ont signalé les interférences de la Russie dans le processus électoral américain, préférant accuser le parti démocrate d’avoir falsifié les résultats qui accordent à Hillary Clinton une avance de trois millions de voix populaires lors du scrutin du 6 novembre dernier. Dans « le Monde », un ancien journaliste américain de « Newsweek », spécialisé dans les affaires russes, Robert Littell, estime que la CIA et le FBI possèdent sur M. Trump assez de dossiers compromettants pour obtenir sa destitution s’il continue à les désavouer.

Mais les affaires marchent.

Cependant, le monde des affaires est vivement encouragé par la politique économique et financière attendue de M. Trump. Il va réduire considérablement l’impôt sur les sociétés ; il va également diminuer les impôts des foyers ; il va s’efforcer de contraindre les multinationales américaines à rapatrier les 2 000 milliards de dollars qu’elles possèdent hors des États-Unis ; il exerce des pressions sur les entreprises pour qu’elles re-localisent leurs activités sur le sol américain. Il est applaudi par les marchés financiers qui ne sont jamais aussi bien portés. Mais il est incapable de s’en tenir à une ligne politique claire et facile à suivre : considéré comme le meilleur ami occidental de Vladimir Poutine, il vient de décider l’augmentation de 10 %, soit 54 milliards de dollars, du budget de la défense, ce qui est certes un signal adressé à une Chine expansionniste mais oblige M. Poutine à entrer dans une course aux armements stratégiques que la Russie n’a pas les moyens de s’offrir. Ses envoyés spéciaux en Europe ont tenté de rassurer à la fois les membres de l’Union européenne et ceux de l’OTAN, ce qui, en gros, correspond à un revirement complet de sa politique à l’égard des Occidentaux. Une chose est sûre : il faudrait être un enfant pour faire confiance à un homme qui change d’avis comme de chemise et dit le lendemain le contraire de ce qu’il a dit la veille. De sorte que les amis traditionnels de l’Amérique observent les premiers pas de Trump avec une extrême prudence et que Moscou, qui croyait trouver en lui un partenaire fiable, se demande si Trump ne va pas lui faire ce que Reagan avait fait à l’URSS en la contraignant à réarmer alors qu’elle était économiquement à bout de souffle. L’URSS ne s’en est jamais relevée et M. Poutine, aujourd’hui, doit être inquiet.

RICHARD LISCIA

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