Tout peut basculer

Une foule dense hier au meeting de Hamon
(Photo AFP)

Le débat de ce soir sur TF1 apporte un puissant stimulant à la campagne électorale. Les trois débats prévus avant le premier tour ne manqueront pas d’influencer l’électorat et seuls émergeront de la mêlée les candidats auxquels leurs électeurs sont le plus fidèles.

ON NE S’ATTARDERA pas trop sur la décision de TF1 de limiter à cinq le nombre de participants au débat, alors que onze candidats ont été confirmés par le Conseil constitutionnel. La chaîne de télévision a d’excellentes raisons, pratiques et professionnelles, pour ne retenir que les candidats auxquels les enquêtes d’opinion donnent une chance de réaliser un score élevé. MM. Fillon, Mélenchon, Macron, Hamon, et Mme Le Pen n’en sont pas moins, sur le plan démocratique, les égaux des candidats dits « petits » parce qu’ils ne dépassent pas les 10 % dans les sondages. D’autant que l’incertitude des électeurs quant à leur choix définitif, le nombre apparemment élevé des abstentionnistes cette année, les « affaires » qui ont bousculé les convictions, le malaise général du public qui, au fond, ne croit pas trop à ce que lui disent les candidats, apportent les ingrédients nécessaires à des modifications dans l’ordre établi par les instituts d’opinion.

Quelque chose de tragique…

Sans jouer à me faire peur, j’ai le sentiment que quelque chose de tragique peut encore se produire dans le rapport de forces. Les démocrates français, la presse nationale et étrangère ont déjà écarté l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen (et même celle de M. Mélenchon). Mais pour entretenir leur insouciance, ils ne disposent que de paramètres qui vont rapidement devenir obsolètes. Pour au moins deux raisons : la première est que, dans une campagne aussi passionnée et qui oppose des idéologies aussi divergentes, les meetings, comme celui de M. Hamon hier, où il a remporté un indéniable succès, les débats et la force des arguments échangés, le climat général qui favorise le « tous pourris » et le populisme à la manière de Trump, tout cela contribue à des déplacements non négligeables d’un camp vers un autre et d’un candidat vers un autre. L’analyse la plus courante et certainement pas la plus nulle est que l’électorat de Mme Le Pen est soudé à elle à proportion de 80% et que, en gros, elle ne risque pas d’être déçue. L’électorat d’Emamnuel Macron, en revanche, est considéré comme le plus friable, le moins attaché à son candidat et celui qui risque de rejoindre un programme à la fois moins ambitieux et plus simple à comprendre que celui de M. Macron. Lequel a tiré son succès jusqu’à présent de sa volonté, partagée par beaucoup de François, d’éliminer les barrières idéologiques. Cependant, il peut répéter à l’envi qu’il est et de droite et de gauche, une partie de ses « fans » préfèreront peut-être, à la faveur des débats, s’inscrire dans un camp défini avec plus de précision.

Une campagne populiste.

La deuxième raison est que la campagne 2017 est totalement populiste. Sur ce positionnement, Marine Le Pen est concurrencée, à des degrés divers (et par ordre décroissant), par MM. Mélenchon, Hamon, Macron et Fillon. Ils ont tous des formules simplificatrices chaque fois qu’ils s’adressent à une foule acquise à leur cause. Et, en dépit de leurs différences considérables, ils sont unanimes à exalter la nation indivisible, à radicaliser leurs propos, à chanter la Marseillaise avec une belle vigueur. Même M. Hamon a montré hier qu’il était capable d’imiter M. Macron dans le genre du candidat qui hurle à en perdre la voix. Et M. Fillon, au Trocadéro, nous a fourni l’exemple inattendu d’un homme qui, cerné de toutes parts, en appelle au peuple pour se sortir de l’embarras. Sa phrase : « Je m’en remets au jugement du peuple » est un modèle de populisme. Il s’agit ni plus ni moins que d’être amnistié par les urnes quand on est poursuivi par la justice.
Cette dérive de la campagne est inédite : naguère, peu de candidats cédaient au populisme ; et elle est lourde d’incertitudes. Tout devient possible quand l’électeur peut changer d’avis chaque jour, quand, écoeuré, frustré, mécontent, il estime ne rien devoir à personne et ne court donc pas le risque de faire preuve de déloyauté ; et quand le choix d’un président dépend moins de ses idées et de sa capacité à les appliquer que des émotions que ses discours procurent au peuple. Les analyses valables jusqu’à présent devront donc s’adapter presque chaque jour à la versatilité de l’électeur.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Tout peut basculer

  1. Michel de Guibert dit :

    Je trouve pour ma part scandaleuse la décision de TF1 de limiter à cinq le nombre de participants au débat, alors que onze candidats ont été confirmés par le Conseil constitutionnel, et ce au nom de sondages d’opinion les plaçant plus haut…
    C’est un déni de démocratie, n’en déplaise au Conseil d’État !

    • Num dit :

      TF1 est une entreprise privée et a le bénéfice de la liberté de la presse. Ils sont donc ce qu’ils veulent et sont libres d’inviter qui ils veulent.
      Un débat à 11 aurait été inaudible et inintelligible voire ridicule. Les Francais se fichent pas mal de ce que pensent Asselineau, Cheminade & co qui n’ont aucune chance d’être le prochain président.

      • Michel de Guibert dit :

        « Les Français… » vous êtes leur porte-parole ?
        Pour ma part, ce que pense par exemple Jean Lassale m’intéresse !
        Plus généralement, ce peut être intéressant d’en écouter d’autres que le club des Cinq.

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