Le siège de la Maison Blanche

Scandale et désordre
(Photo AFP)

La présidence de Donald Trump s’est transformée ces derniers jours en une sorte de happening imprévisible qui, pour la première fois, pose la question de son éventuelle destitution.

LE RECIT des plus récents démêlés du président Trump avec des institutions dont il semble ignorer les contraintes est en tous points édifiant : dans une séquence qu’il a délibérément ouverte, il a limogé, par une lettre comminatoire, le directeur du FBI, James Comey, dont le mandat courait jusqu’en 2023. Il invoque, comme raison officielle de sa décision, l’enquête du FBI sur emails d’Hillary Clinton, qui a probablement coûté à la candidate son élection. Le « Washington Post » révèle alors que, en réalité, le président s’inquiétait d’une autre enquête du FBI sur les relations de Michael Flynn, ancien conseiller sécurité de M. Trump, avec le gouvernement russe. La proximité de M. Flynn avec Moscou était considérée comme une menace sur la sécurité des Etats-Unis. Bien entendu, M. Trump dément les informations du « Post », mais, au Congrès, y compris dans le camp républicain, on se demande si M. Trump n’a pas pris des risques inconsidérés : il aurait transmis, uniquement pour se mettre en valeur, à Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, des renseignements sur l’activité des terroristes de Daech, qui lui auraient été confiés par Israël.

Les révélations de la presse.

Hier, le « New York Times » a révélé que, dans des conversations avec M. Comey antérieures à son limogeage, en février, M. Trump a demandé au directeur du FBI de mettre un terme à son enquête sur Michael Flynn. La réponse a été négative, ce qui aurait aussitôt déclenché son éviction. La Maison Blanche a démenti cette information, tandis que M. Comey s’enferme dans un mutisme absolu. La seule question qui vaille concerne la culpabilité du président : avait-t-il le droit, ou non, de peser sur le directeur du FBI pour qu’il renonce à une enquête et avait-il le droit de le limoger pour s’assurer que ne seraient pas livrés au public les éléments d’information que pouvaient réunir les enquêteurs ? Il faut encore que les révélations des journaux américains soit officiellement confirmés, ce qui passe par la nomination d’un procureur spécial indépendant, en capacité de convoquer les acteurs de la séquence russe, dont M. Comey, pour qu’ils s’expriment sous serment. Il faut ensuite démontrer que M. Trump a outrepassé ses droits, ce qui n’est pas, sur le plan constitutionnel, aussi évident quel croient les nombreux ennemis de M. Trump.

Scandale et désordre.

Ce qui joue contre le président, en définitive, c’est autant l’arrière-plan de sa présidence où s’accumulent des problèmes graves, que son mode de gouvernement qui a le parfum entêtant du scandale. Donald Trump, pour le décrire simplement, c’est le désordre. C’est un programme en partie non appliqué, et dévastateur pour l’écologie et les démunis pour la partie qui est mise en oeuvre. C’est une gouvernance conflictuelle qui dresse contre lui non seulement l’opposition démocrate mais nombre de républicains, profondément inquiets de l’amateurisme, de l’ignorance des fonctionnalités de Washington, de la puérilité de son triomphalisme permanent, de l’absence de cap politique, d’une communication débridée, incontrôlée, fondée essentiellement sur Twitter, de l’improvisation accompagnée par sa propre évaluation des mesures qu’il prend, et qu’il considère comme des succès personnels.
Une entreprise de destitution, menée par le Congrès reste improbable. Il n’est pas certain non plus qu’elle soit souhaitable, dans la mesure où elle aggraverait le désordre allègrement institué par M. Trump. D’aucuns pensent qu’il est assez borné pour ne pas se rendre compte des atteintes aux droits auxquels il se livre. Il est vrai qu’il ne lit pas, qu’il ne se plonge pas dans les dossiers et que la télévision est sa source principale d’information. Mais il a déjà fait quelques expériences, concernant l’immigration et l’assurance-maladie, qui lui ont permis de comprendre les limites posées à son pouvoir. Trump est le produit d’une aberration du fonctionnement de la démocratie. Le peuple souverain a élu un homme non seulement immoral mais incompétent. Il va, hélas, en payer le prix.

RICHARD LISCIA

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